Johnny Rougeau intronisé au Temple de la renommée de la lutte


Patric Laprade
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Après plusieurs années d’attente, l’ancien lutteur et promoteur Jean «Johnny» Rougeau a enfin été intronisé, hier, au Temple de la renommée de la lutte.
Si pour plusieurs amateurs de lutte, le seul Temple de la renommée connu est celui de la WWE, il n’est pas le plus crédible. Les choix sont faits de façon aléatoire, entre autres, selon l’endroit où le WrestleMania est présenté.
Le plus crédible en matière de lutte professionnelle est celui que chapeaute le journaliste Dave Meltzer du Wrestling Observer Newsletter. Des centaines d’historiens, de journalistes et de lutteurs, du passé comme du présent et de partout dans le monde, votent chaque année depuis 1998 afin d’y reconnaître les plus méritants. C’est celui qui ressemble le plus, par son fonctionnement et ses membres, aux Temples de la renommée du hockey et du baseball.
Depuis plus de six ans, je milite pour l’introduction de Johnny auprès de mes collègues. En 2018, j’avais écrit un long texte sur sa carrière, afin de faire réaliser aux membres du comité que Johnny avait été un des lutteurs les plus populaires de l’histoire du Québec, mais qu’il avait aussi connu du succès aux États-Unis en début de carrière.
Et finalement, cette année, ce fut sa consécration. Alors qu’il faut 60% des votes pour y faire son entrée, Johnny en a obtenu 62,7% cette fois-ci. L’an dernier, il n’avait obtenu que 47% des votes.
En compagnie de Roman Reigns
Il devient le sixième Québécois à y être intronisé, après Mad Dog Vachon, Pat Patterson, Yvon Robert, Chris Benoît et Hans Schmidt. Plusieurs Québécois d’adoption en font également partie tels qu’Édouard Carpentier, le Géant Ferré et le promoteur Eddie Quinn.
Rougeau y fait son entrée en compagnie du gérant Bobby Davis, des lutteurs japonais CIMA et Shingo Takagi, du luchador Los Hermanos Dinamita, du lutteur anglais Johnny Saint, du lutteur américain Paul Orndorff et de trois lutteurs plus contemporains, Roman Reigns et les Young Bucks, Matt et Nick Jackson.
J’ai souvent écrit sur Johnny Rougeau dans ma chronique ici à TVA Sports. Autant sur le lutteur, le promoteur, l’homme de hockey que l’être humain qu’il était. Mais permettez-moi quand même de vous rappeler quelques-uns de ses faits d’armes en quelques paragraphes.
Un des plus populaires
Après avoir fait ses débuts en 1951, entraîné par son oncle maternel Eddie Auger, le charisme et la personnalité de Johnny font qu’il devient rapidement l’un des lutteurs les plus populaires partout où il passait: Minneapolis, Baltimore, Boston, le Texas, la Floride et bien sûr, Montréal.
Si bien que le légendaire Yvon Robert le prend sous son aile et que Johnny devient son dauphin. Toutefois, au début des années 1960, Radio-Canada arrête de présenter la lutte sur ses ondes et s’ensuivent des années de vaches maigres que même Robert, à titre de promoteur, ne peut contrer.
Après avoir fait ses dents dans le milieu du divertissement avec son cabaret le Moccambo, Johnny décide, en 1965, d’ouvrir sa propre organisation de lutte. Il convainc Télé-Métropole (TVA aujourd’hui) de présenter son produit et les As de la Lutte présenteront Sur le matelas tous les samedis après-midi pendant une dizaine d’années.
Des records d’assistance
Avec des lutteurs tels que Baron Von Raschke, Abdullah the Butcher et Ivan Koloff, le succès est au rendez-vous. D’ailleurs, la rivalité entre Johnny et Koloff atteint des sommets jamais égalés en 1968. Leur match en avril bat le record d’assistance pour de la lutte au Forum; et en novembre, après les rénovations qui ont permis d’ajouter des sièges dans l’amphithéâtre, les deux gladiateurs établissent un autre record, attirant 20 890 adeptes, soit la plus grande assistance de lutte en Amérique du Nord en 1968. Ensuite, en 1969, une finale au Forum entre Johnny et Abdullah accueille 17 000 curieux: encore une fois, la plus grosse assistance de lutte sur le continent cette année-là.
Puis, en 1972, lors d’un spectacle présenté au stade du parc Jarry, 26 237 amateurs se présentent pour voir trois Rougeau en action. En effet, en finale, Johnny affronte Abdullah the Butcher, alors que dans les demi-finales, le frère de Johnny, Jacques, affronte le Sheik, tandis que le neveu de Johnny et fils de Jacques, Raymond, affronte Don Serrano. Jacques avait commencé à lutter dans les années 1950, mais ne trouvait pas le métier assez payant. C’est son frère qu’il le ramène à la lutte dans les années 1960. Raymond, quant à lui, a débuté à l’âge de 16 ans en 1971 et deviendra le fils que Johnny n’aura jamais eu.
En 1976, Johnny vend les As de la Lutte et se concentre sur le hockey junior, dans lequel il est engagé depuis la fin des années 1960. Il sera aussi garde du corps de René Lévesque, devenant l’un de ses proches confidents. En 1981, il devient président de la LHJMQ, mais peu de temps après, on lui diagnostique un cancer du foie. Il décédera le 25 mai 1983. Ses funérailles, trois jours plus tard, attireront plus de 7000 personnes, soit parmi les plus grosses funérailles dans l’histoire de la lutte professionnelle.
La fierté de Raymond
Lorsque j’ai communiqué la nouvelle à Raymond, j’ai immédiatement senti de la fierté dans sa voix. Il faut savoir que Raymond appréciait beaucoup son oncle. Il était d’ailleurs aux côtés de Johnny lorsqu’il a poussé son dernier souffle.
«Je ne peux que ressentir de la fierté et c’est un honneur pour moi et la famille Rougeau», confirme Raymond. «C’est un honneur bien mérité. Mon oncle Jean a été plus qu’un lutteur. Il a été garde du corps de René Lévesque, candidat aux élections, président de la LHJMQ, entraîneur du National de Laval, propriétaire d’un club qui a connu beaucoup de succès: c’était un homme qui avait beaucoup de cordes à son arc. Bien évidemment, c’est comme lutteur qu’il s’est fait connaître. Il avait un charisme, un charme, une personnalité attachante et il était doté d’une grande classe. C’est toute une fierté d’apprendre cette nouvelle-là.»
Le premier des Rougeau
Bien qu’il fût un lutteur de deuxième génération (considérant son oncle Eddy Auger), Johnny a été le premier à avoir porté le nom Rougeau dans le monde de la lutte. Après lui se sont succédé son frère Jacques, ses neveux Raymond, Jacques et Armand, sa nièce Joanne, de même que ses petits-neveux Jean-Jacques, Cédric et Émile, faisant de la famille Rougeau la plus grande famille de lutteurs de l’histoire du Québec.
Sur un plan plus personnel, je partage les mots de Raymond: il s’agit d’un honneur très mérité et d’une fierté pour le Québec et sa riche histoire en lutte professionnelle. Je me sens choyé d’avoir contribué, avec mes mots, à son intronisation.
Merci Johnny!