#JesuisPetry
Reculons seulement de 24 mois, Jeff Petry a terminé 13e dans la course au trophée Norris, juste devant Roman Josi


Jean-Nicolas Blanchet
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J’ai de la misère à comprendre pourquoi autant de gens détestent Jeff Petry.
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Je doute qu’il porte le chandail du Canadien à nouveau. Il risque d’être échangé une fois de plus avant le début de la saison. Je présume que ça ne lui tente pas vraiment de jouer ici.
Et les fans ne sont pas trop intéressés non plus.
Mais je me demande pourquoi il est passé aussi vite d’un joueur adulé qu’on voit dans les annonces québécoises de McDonald’s à un ennemi des partisans du CH.
C’est fou comment ç’a dégringolé vite, son affaire.
Reculons seulement de 24 mois. Jeff Petry a terminé 13e dans la course au trophée Norris, juste devant Roman Josi.
Quelques semaines avant, vous vous rappelez ce qu’il avait fait pour rester dans le match au match numéro 2 de la série contre Vegas?
Son petit doigt s’était cassé alors que sa main était restée coincée dans une ouverture de la baie vitrée prévue pour les photographes. C’était dégueulasse comme blessure.
Il avait ensuite lui-même replacé son doigt en pensant qu’il était seulement disloqué, mais il était plutôt fracturé. Ça prenait une opération et deux mois d’absence.
Il a réussi à le replacer, mais ça faisait tellement mal qu’il a perdu connaissance. Il a fixé deux doigts avec du ruban et il était de retour.
Les yeux rouges
La douleur a toutefois tellement été intense quand il s’est évanoui que des vaisseaux sanguins dans ses yeux ont éclaté. C’est pourquoi on le voyait avec ses yeux rouges.
Cette année-là, Petry a fait 42 points en 55 matchs. Il jouait près de 25 minutes par match en séries. Peu importe votre opinion sur Petry, il a été sensationnel.
Oui, même quand il était dominant, Petry avait souvent tendance à gâcher des avantages numériques avec ses bons vieux lancers balayés dans le haut de la baie vitrée ou dans la visière de ses propres joueurs devant le but adverse.
Mais il était infatigable, il patinait comme le vent, s’en sortait défensivement et faisait bien paraître une attaque plutôt ordinaire en créant plein de revirements.
Ce n’est pas un joueur de hockey
Sa plus grande qualité, à mon avis, c’est qu’il est un athlète d’exception.
Ce n’est pas un joueur de hockey. C’est un athlète.

Il aurait probablement pu jouer dans n’importe quel sport au niveau professionnel. Il aurait pu faire comme son papa et choisir le baseball par exemple.
Un athlète qui n’est pas un joueur de hockey à la base, ça donne aussi les lacunes de Petry: de mauvaises décisions avec la rondelle, du jeu collectif brouillon, des apparences de nonchalances...
Mais ça donne aussi un joueur qui peut faire des choses dont d’autres ne sont pas capables.
Autrement dit, un gars comme Petry, ça nous fait lever de notre siège pour les bonnes et les mauvaises raisons, contrairement à Brett Kulak et Jordie Benn.
Personne ne comprenait comment Petry pouvait être aussi ordinaire un an après son année exceptionnelle de 2021.
Sa femme voulait quitter Montréal, c’était difficile d’être seule avec les trois enfants (le couple en a quatre aujourd’hui) durant la pandémie. Elle dénonçait les mesures sanitaires au Canada.
On peut être d’accord ou pas avec elle. Mais pour un père de famille, on peut très bien comprendre que c’est difficile. Et ça explique un peu plus pourquoi son jeu était affecté.
La déclaration contre Ducharme
Puis il y a eu cette fameuse déclaration avant Noël: «On dirait qu’il n’y a pas de structure sur la glace».
Il a par la suite affirmé qu’il ne visait pas son entraîneur Dominique Ducharme, mais c’était la perception de tout le monde. Et plusieurs amateurs lui en voulaient.
On dénonce souvent le manque de transparence des joueurs du CH, qu’ils ont la langue de bois, qu’ils ne disent jamais le fond de leur pensée. Petry a toujours été plutôt transparent avec les médias.
L’équipe était horrible. Lui était horrible. Il a dit ce qu’il pensait et il a été critiqué. C’est un peu dommage, surtout que c’était difficile de ne pas lui donner raison.
Je n’idolâtre pas Petry non plus. Je ne dis pas qu’il faudrait retirer son numéro au Centre Bell, mais il n’a rien fait pour mériter de se faire détester autant que ça. Et il s’est donné pour le club.
La saga Kassian
Il y a un incident, à mon avis, qui justifie que les fans du CH ne portent plus Petry dans leur cœur. C’était en janvier 2022, quand Zack Kassian a décidé d’aller démolir le gardien Samuel Montembeault derrière son filet. Petry s’était approché de Kassian, sans plus.
Dominique Ducharme, en entrevue après le match, avait dit qu’il aurait voulu voir cinq de ses joueurs aller dans le coin où était Kassian.
Car il n’y a pas que Petry qui n’a rien fait. Ryan Poehling, Brett Kulak et Laurent Dauphin n’ont rien fait non plus.
L’aréna était vide en raison des mesures sanitaires, plusieurs défenseurs du CH étaient déjà blessés et Petry n’est pas un bagarreur.
C’était gênant et il aurait dû faire quelque chose. Petry l’a regretté. Il a dit qu’il n’avait pas vu le contact. Peut-être qu’il ne voulait pas se faire casser la gueule.
Bref, on en veut à Petry parce qu’il a refusé de se battre. Parce que c’est exactement ça qui se serait produit s’il était allé bousculer Kassian. Dominique Ducharme a dit qu’il ne demandera jamais à un de ses joueurs d’aller se battre, mais tout le monde sait que c’était ce qui allait arriver à Petry s’il avait sauté sur Kassian.
Je crois qu’une majorité de partisans au Québec sont contre les bagarres, mais que la majorité des partisans croient aussi que Petry aurait dû sauter sur Kassian. Et je ne juge personne, je suis dans le même bateau.
Par contre, est-ce que cet incident gâche tout ce que Petry a fait de bon pour le CH? Je ne crois pas.
Il a fait 31 points l’an passé et a terminé avec un différentiel dans le positif au sein d’une équipe qui en a arraché. Je ne crois pas qu’il est si fini que ça, Petry.