Jesse Ylonen dans le «laboratoire Martin St-Louis»


Anthony Martineau
Partager
Quelques heures après la sélection de Jesse Ylonen, au repêchage de 2018, l’ancien directeur au recrutement du Canadien Trevor Timmins lançait ceci : «il possède un talent offensif et une vitesse phénoménale. Son potentiel maximal est très haut.»
Juraj Slafkovsky le résumait récemment à la perfection : chaque joueur suit sa propre courbe de développement. Certains explosent dès leur arrivée chez les professionnels, alors que d’autres ont besoin de plus de temps avant de répondre aux attentes placées en eux. Il existe aussi une autre catégorie composée de patineurs qui, pour plusieurs motifs, n’atteindront jamais la terre promise.
En ce 7 décembre 2023, on compte maintenant 1993 jours depuis le moment (23 juin 2018) où Ylonen a été repêché par le CH.
Évidemment, le premier réflexe de bien des gens est de se fier aux statistiques offensives, pour évaluer la progression d’un jeune attaquant. Cette année, un rapide coup d’œil à la fiche hockeyDB de l’attaquant de 24 ans nous permet de constater qu’il ne compte que quatre points en 16 matchs.
Mais un regard approfondi au jeu du Finlandais révèle quelque chose de beaucoup plus positif. Quelque chose qui laisse croire qu’il pourrait fort bien appartenir à la deuxième catégorie énoncée plus haut.

À chaque duel ou presque, Ylonen trouve le moyen d’épater, que ce soit en se servant de sa vitesse pour attaquer la zone ennemie, ou en décochant un rapide et vif lancer dont il maîtrise bien la technique. Malgré ce que disent les chiffres, il y a sans aucun doute une amélioration sur le plan de l’attaque, ou du moins sur la façon du jeune homme de se comporter offensivement parlant.
«Il a un bon lancer, de bonnes mains et beaucoup de confiance devant un gardien», a lancé Martin St-Louis, jeudi matin, au sujet de son attaquant.
D’ailleurs, jeudi soir contre les Kings, ce dernier a été utilisé pour une quatrième partie consécutive sur l’avantage numérique. Il y avait aussi obtenu quelques présences l’an dernier.
Dans le «laboratoire Martin St-Louis»
En 2020, lors d’une entrevue avec l’auteur de ces lignes, Ylonen avait lancé ceci : «je sais qu'un jour, je marquerai ma part de buts avec le Canadien».
Trois ans plus tard, il en compte 11 en 71 matchs dans la LNH, dont seulement trois en 19 duels cette saison.
Mais objectivement, il n’est pas simple d’afficher de gros chiffres avec un temps de jeu moyen de 10 :33 par soir. Surtout aux côtés de joueurs de soutien.
«On sait ce qu’il peut nous amener en zone adverse. Mais il doit continuer à développer l’autre partie de sa game. Mieux il jouera sur 200 pieds, plus il pourra exploiter son talent, a affirmé son entraîneur, expliquant ainsi (en quelque sorte) la faible utilisation de son patineur malgré une belle présence offensive. C’est ce que je recherche chez lui. Cela dit, il n’est pas loin (du niveau espéré par les instructeurs en termes de polyvalence). Il est en progression.»
Ce genre de discours rappelle celui utilisé par «MSL» au sujet de Justin Barron. L'an dernier, le défenseur (qui a toujours été reconnu pour son offensive) était au départ utilisé avec parcimonie. On a voulu, chez la Sainte-Flanelle, prendre le temps d'en faire un arrière plus efficace partout.
Aujourd'hui, il est l'un des défenseurs les plus constants de l'organisation en termes de production, depuis janvier dernier.

Jesse Ylonen se fait rassurant : il a toujours en tête d’être un joueur offensif pour le Tricolore. Mais Martin St-Louis et lui ont clairement établi entre eux un plan à long terme. Un plan qui oblige le jeune homme à revisiter sa façon d’aborder un match de hockey.
«Je veux être clair : c’est vraiment un objectif pour moi de produire avec le CH. Mais présentement, je me concentre davantage sur le fait d’être un joueur complet. Martin a été un excellent joueur dans cette ligue. C’est très bien de pouvoir compter sur lui pour nous diriger. Il me conseille sur plein de petites choses auxquelles je ne pense même pas. À long terme, ça fera une grosse différence.»
Et quelles sont ces «petites choses», au juste?
«Je sens que j’ai encore besoin d’améliorer ma force brute, affirme le sympathique athlète. Je veux être meilleur dans mes batailles pour la rondelle. Quand tu commences à te distinguer dans ce genre de situations, tu as inévitablement plus de chances de produire offensivement.»
Les éloges de Struble
Plus tôt que tard, les Brendan Gallagher, Tanner Pearson et Joel Armia de ce monde quitteront le navire tricolore, laissant du même coup des chaises (ah, ces fameuses chaises!) vacantes. Un jeune comme Jesse Ylonen pourrait fort bien en bénéficier pour s’établir sur le top 9.
D’ici là, le processus suit son cours. Et dans le vestiaire du Canadien, on semble convaincu que le jeune homme aura plus tôt que tard un grand impact offensif.

«À 100%, lance sans détour Jayden Struble. Je ne le connaissais pas vraiment avant d’arriver ici, mais il a vraiment de belles aptitudes. Il peut changer sa vitesse d’approche en deux temps trois mouvements et met ses rivaux sur les talons. Il est spécial, à ce niveau. Il aussi très créatif. Son talent est indéniable.»
Le talent est là. Le désir d’en faire plus aussi.
Laissons maintenant Ylonen poursuivre son travail dans le «laboratoire Martin St-Louis», un lieu où plusieurs autres patineurs du CH ont, en moins de deux ans, connu les joies d’une éclosion.