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Voici Jérémy Gohier, 14 ans, l’autre «géant» du basket à 7 pi 3 po dans les gymnases du Québec

Avec son gabarit hors du commun et ses habiletés, il vise rien de moins que la NBA

Photo portrait de François-David Rouleau

François-David Rouleau

2025-02-01T05:00:00Z

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À 7 pi 3 po, Jérémy Gohier est un spécimen rare qui fait tourner les têtes sur tous les parquets où il drible le ballon et «dunk» au panier. Si sa taille est valorisée dans son sport, elle est toutefois un véritable défi dans la vie quotidienne. Du haut de ses 14 ans et 2,22 mètres, il essaie de voir la vie du même œil que n’importe qui. Plongeon dans l’univers d’un espoir de la NBA en 2030.


Dans le gymnase de l’école secondaire George-Vanier, à Laval, un joueur détonne parmi les ados de 12 à 15 ans réunis à l’entraînement. Du haut de ses 7 pi et 3 po, Jérémy Gohier vient tout juste de souffler ses 14 bougies. Et déjà, le gentil et légèrement timide géant est considéré comme un superbe espoir de la NBA... en 2030.

Comme n’importe quel enfant ou ado adepte du ballon orange, il en rêve. Cet objectif est encore minuscule dans sa mire, mais il met tout le travail nécessaire pour s’y rendre.

Il n’avait pas 13 ans que les experts, les vautours et les «marchands de rêve» tournaient déjà autour lors des tournois pour l’attirer dans leur système ou leur programme, tant à travers le Canada qu’aux États-Unis ou ailleurs dans le monde.

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Photo Pierre-Paul Poulin
Photo Pierre-Paul Poulin

Mais Jérémy a grandi dans le programme des Nobel de l’Association de basketball de Laval (ABL) depuis son premier entraînement, à l’âge de 6 ans. Il s’y est développé en tissant de solides liens avec les dirigeants et entraîneurs. Pas question de partir avant le temps et de brûler les échelons jusqu’au sommet de son échelle, la NBA.

Quand un colosse comme Jérémy entre dans une pièce, c’est évidemment très impressionnant. On oublie vite qu’il n’a que 14 ans et qu’il est passé de l’enfance à l’adolescence il n’y a pas si longtemps. Très tôt dans sa vie, il a reçu un diagnostic de surcroissance infantile.

Sa mère, Geneviève, plaisante en confirmant qu’elle n’a rien ajouté dans son biberon. Mais plus sérieusement, qu’il a grandi à vitesse grand V en étant suivi étroitement par les experts en endocrinologie. Ceux-ci confirment qu’il est en pleine santé.

À son dernier jour du primaire, Jérémy Gohier a obtenu son diplôme à 12 ans alors qu’il mesurait 6 pi et 11 po. Il est accompagné par sa mère, Geneviève.
À son dernier jour du primaire, Jérémy Gohier a obtenu son diplôme à 12 ans alors qu’il mesurait 6 pi et 11 po. Il est accompagné par sa mère, Geneviève. Photo fournie par GENEVIÈVE BROSSEAU
Un maladroit

Deux semaines avant Noël, Le Journal a passé une demi-journée avec lui dans son milieu pour le voir en action. À son arrivée à notre rencontre, il est entré dans le petit local de son école en baissant la tête pour éviter de s’assommer sur l’imposte de la porte.

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Il a ensuite jeté un coup d’œil autour de lui. Entouré de chaises et de pupitres, il a plutôt naturellement décidé de s’asseoir sur une table à la hauteur de ses genoux! Ce qui a fait ricaner sa mère ainsi que son conseiller et entraîneur à l’ABL, Emmanuel Borno. Pour ensuite répondre à nos questions, il s’est installé sur une chaise prenant aussitôt des allures de chaise de garderie!

«Jérémy, parle-nous de toi. Tu joues au basket parce que tu aimes ça ou parce que tu es grand?»

Il a engagé la conversation avec aisance.

«Je suis un maladroit dans la vie de tous les jours, mais je ne le suis vraiment pas au basket. J’ai commencé à pratiquer ce sport quand ma mère me l’a proposé à 6 ans. Ce n’était pas parce que j’étais grand, mais plutôt pour que je jou[ais] à quelque chose. Là, si on me donnait 1 M$ pour que je fasse autre chose, ce serait un gros non. Le basket, c’est dans mon cœur, c’est en moi. C’est ma vie.»

Ses parents le confirment, il en mange matin, midi et soir. Il en rêve ensuite la nuit.

La tête haute

Celui surnommé «Jay» s’est habitué aux regards insistants, persistants et ébahis des gens qu’ils croisent partout. Il se sent bien dans sa peau et valorisé par son sport, même si parfois ces regards le «gossent» et qu’il voudrait répondre à d’autres questions que celles concernant sa taille et son âge. Il est aussi fatigué de devoir, sur demande, présenter ses pièces d’identité avant des matchs pour prouver son âge.

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«Je suis fier d’être grand. Mes différences ne me dérangent pas. C’est un avantage dans mon sport. Je suis plus impressionnant. J’ai plus d’aura, dit-il le sourire en coin en parlant de sa prestance et de sa confiance. Mais je ne suis pas un animal de cirque, une star ou LeBron James. Je suis Jérémy.»

Photo Pierre-Paul Poulin
Photo Pierre-Paul Poulin

Il admet que, des fois, le souhait d’être de la même taille que ses amis lui traverse l’esprit. «Je me dis que je voudrais une vie plus normale et ne pas être grand. C’est un sentiment qui m’habite un court moment, et après, il part, et je suis correct.»

Sa mère et son père, Félix, ont toujours insisté pour qu’il vive une vie très normale et joyeuse. Chez les Gohier et les Brosseau, sa taille n’est même pas un sujet de conversation. Dans son petit monde, il est perçu comme n’importe quel ado et ne reçoit aucun traitement de faveur.

Un moment en mémoire

«C’est pour ça qu’il est capable d’être si libre, si naturel et si souriant, relate Borno, qui l’imagine encore entrer dans le gym à ses tout débuts. Pour nous et ses coéquipiers, c’est simplement Jay. On l’oublie, mais il reste encore un enfant.»

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Comme le dit cependant la maman, fiston ne veut pas taper la barre des 8 pi. Pourtant, il ne contrôle pas sa croissance.

Alors, pourquoi?

«Parce que ce serait trop facile au basket, donc j’arrêterais de jouer», répond Jérémy d’un trait. Il croit arrêter de pousser à 7 pi 6 po.

«Jay, crois-tu que les gens t’observent présentement pour ton jeu ou ta taille?» lui lance-t-on.

«À cause de ma grandeur parce que je suis jeune. Et ça, je dois dire que ça vient avec une certaine pression, surtout lorsque je joue aux États-Unis, raconte celui qui idolâtre le jeu du réputé Français mesurant près de 7 pi 4 po Victor Wembanyama, des Spurs de San Antonio.

J’espère que plus tard, ce sera pour mes habiletés, parce que t’sais, je suis quand même bon et je travaille très fort», enchaîne-t-il avec le regard taquin.

«Impressionnant»

Justement, c’est là qu’il se démarque des autres grands bonhommes comme lui, indiquent ses entraîneurs et conseillers, Emmanuel Borno et Daniel Mulumba.

Photo Pierre-Paul Poulin
Photo Pierre-Paul Poulin

«Ce qui est très spécial chez lui, ce sont ses habiletés par rapport à sa grandeur. Pour un gars de 7 pi 3 po, il joue comme un gars de 6 pi 7 po. Il est rapide et flexible. Il présente une bonne motricité et une excellente mobilité. Et comme il joue depuis longtemps, il a une vision et une anticipation du jeu incroyables. Il est vraiment impressionnant, explique calmement Borno. On nous dit qu’il est le real deal à cause de tout ça.

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«Il ne faut pas trop s’emballer. On doit rester terre à terre, enchaîne-t-il. Parce qu’il est très grand, rien n’est garanti qu’il se rendra à la NBA, même si on se le fait tout le temps répéter. Il doit continuer à travailler fort et à rester dans le droit chemin.

«Jay ne veut pas juste l’atteindre, il veut aussi en être le meilleur.»

Avec les plus vieux

Quittons ce rêve de la NBA et redescendons alors à Laval. En raison de son gabarit, Jérémy évolue à un niveau plus élevé au basket scolaire du programme George-Vanier. Étudiant de secondaire 2, il en affronte de secondaire 4 âgés de 16 ans. Idem dans l’élite au civil avec les Nobel de l’ABL. Il se mesure à des joueurs plus vieux, plus matures et plus développés physiquement.

Il ne marque pas 100 points par match, mais il sait se démarquer autrement que par sa taille.

«C’est un joueur respectable, affirment Borno et Mulumba. Le potentiel est immense. Il n’est pas encore la superstar et le meilleur de l’équipe. Ça, ça le garde terre à terre. Il fait par contre une nette différence dans un match.»

MARTIN ALARIE / JOURNAL DE MONTREAL
MARTIN ALARIE / JOURNAL DE MONTREAL

«Parmi tous les joueurs hypertalentueux qui sont passés dans notre programme, c’est lui qui a le plus de potentiel», ajoutent ceux qui ont dressé une barrière de protection autour de leur athlète.

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La NBA a évolué au fil des décennies. Même si les très grands joueurs ont la cote, leur avenir n’y est pas assuré. Encore faut-il qu’ils soient en mesure de performer. À cet égard, il suffit de rappeler l’essai infructueux de Sun Mingming chez les Lakers de Los Angeles en 2005. Le Chinois mesurait 7 pi 9 po.

Feu nourri

Présentement, ils sont plus d’une trentaine mesurant 7 pi et plus.

L’entourage de Jérémy ne lui met aucune pression pour qu’il atteigne son objectif ultime. Son père, Félix, dit constamment jaser de basket avec lui. Il veut s’assurer qu’il est heureux en continuant de «mettre du bois dans le feu de son rêve».

Sa mère, elle, souhaite une vie remplie d’épanouissements et d’expériences grâce à son sport.

«Si tout ça mène à la NBA, tant mieux. C’est la finalité. Mais il y a tellement d’autres façons d’être heureux.»

Jérémy en chiffres

  • 14 ans
  • 7 pi et 3 po – 242 lb
  • Amplitude verticale: 282 cm (9 pi et 3 po)
  • Envergure des bras: 218 cm (7 pi et 1,75 po)
  • Longueur des mains: 25,4 cm (10 po) (de la base de la paume au bout du majeur)
  • Largeur des mains: 27 cm (10,5 po) (du bout de l’auriculaire au bout du pouce)
  • Grandeur de souliers: 20 ou 21 (selon les manufacturiers)

En guise de comparaison...

Données anthropométriques * de Zach Edey
  • Canada
  • 22 ans
  • Choix de 1er tour, 9e au total, repêchage NBA 2024
  • Grizzlies de Memphis
  • Taille: 223 cm
  • Amplitude verticale: 292,1 cm (9 pi et 7 po)
  • Envergure des bras: 240,7 cm (7 pi et 10,75 po)
  • Longueur des mains: 25,4 cm (10 po) (de la base de la paume au bout du majeur)
  • Largeur des mains: 27,3 cm (10,75 po) (du bout de l’auriculaire au bout du pouce)

*Lors des mesures du NBA Combine 2024

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