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Je suis allée à une soirée speed dating bondage à Québec

Photomontage Marilyne Houde
Photo portrait de Léa  Martin

Léa Martin

2024-02-19T19:24:15Z

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BILLET - On compte près de 200 personnes dans la communauté du ligotage à Québec selon les bénévoles des Rendez-vous cordiaux. Je suis allée à la rencontre de certains membres du groupe qui explore différentes formes d’intimité lors d’une soirée de speed dating de bondage.  

Mardi soir, en prenant le bus pour me rendre à la soirée qui se tenait dans un quartier résidentiel de Québec, j'ai croisé un de mes voisins. C’est normal, Québec, c’est un peu un gros village. 

Il allait voir une game des Remparts. «Puis toi, qu’est-ce que tu fais dans le coin?», me demande-t-il. «Oh, je vais à une soirée de speed dating de ligotage», ai-je tout bonnement répondu. «Ok, cool! Comment ça?», dit-il un sourire en coin.  

La première fois que j’ai entendu parler de ce qu’on appelle le «bondage japonais» je devais avoir 13 ou 14 ans. Je regardais l’émission Sexe autour du monde avec mon meilleur ami en mangeant des ramens sur TV5.  

Je me souviens avoir été fascinée d’apprendre que des gens s’adonnaient à ce genre de pratique. Je crois bien que c’était mon premier contact avec l’univers BDSM, avec les publicités de jouets sexuels qui passaient après Call TV vers 1h30 du matin.  

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C’est en fouillant dans les différents évènements Facebook à la recherche d’évènements de speed dating pour écrire un sujet Saint-Valentin que je suis tombée sur les Rendez-vous cordiaux : «des activités éducatives pour apprendre le ligotage érotique (shibari, kinbaku) dans la ville de Québec», peut-on lire sur leur page Facebook. 

Pourquoi pas vous emmener avec moi dans la découverte de cet univers que j’observe de loin, sans jamais avoir osé y toucher, me suis-je dit.  

La soirée 

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Je monte les escaliers où trainent plusieurs paires de bottes. On dirait un peu que l’on entre dans un appartement. À l’entrée, je suis accueillie par Sam et Bunny: « comment veux-tu qu’on t’appelle ce soir?», me demandent-elles. «Euuh Léa c’est correct.» 

Je suis un peu gênée. Un groupe de gars qui se tiennent debout me regardent.  

Les organisatrices me donnent une étiquette avec mon nom suivi de la lettre «B», pour «bottom». Ça veut dire que je souhaite être attachée plutôt que d’attacher quelqu’un. Comme je n’ai jamais fait ça, je ne voulais pas prendre le risque de décevoir quelqu’un. 

Le concept de la soirée est simple: les bottoms sont assis à différentes stations et les tops (les personnes qui préfèrent attacher leurs partenaires) passent deux minutes avec chaque potentiel partenaire.  

À la fin de la soirée, tout le monde récupère une enveloppe à son nom. À l’intérieur, les personnes qui ont aimé notre profil y ont glissé leurs coordonnées. Après, c’est à nous de décider si on a envie ou non de les revoir. 

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On doit être une dizaine de personnes assises. Sur ma petite chaise grise, je commence à avoir les mains moites. Je remarque les crochets au plafond et aux murs pour y accrocher des cordes. Pas de panique! Ce soir, personne ne s’attache: on est là pour faire connaissance. 

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«Qu’est-ce que tu viens chercher dans la corde?», me demande mon premier interlocuteur. Dans le milieu, c’est comme ça qu’ils nomment la pratique.  

J’avoue qu’au début, je ne sais pas trop quoi répondre. Je lui dis que je suis débutante. Je suis impressionnée par l’aisance qu’ont ces personnes d’exprimer ce qu’ils cherchent et ce qu’ils veulent sans pour autant l’imposer à autrui. 

Plus la soirée avance et plus je trouve les mots pour m’exprimer. Ça peut sembler ridicule, mais il est rare que l’on nous demande réellement ce que l’on cherche dans les différentes relations qui constellent nos vies.  

Les sources d’intérêt de mes nouvelles rencontres sont multiples. «Je cherche une connexion émotionnelle», «j’ai envie d’essayer de nouvelles pratiques, comme la suspension», «ça fait 17 ans que je suis dans le BDSM», «je viens de commencer et j’aime vraiment la communauté». 

Le potentiel amoureux de ces rencontres n’est pas implicite: certaines personnes sont célibataires, en relation polyamoureuse, en relation ouverte ou juste à la recherche de nouvelles amitiés.  

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Bunny et Sam le confirment: la corde crée des relations très intimes entre les partenaires, mais elles ne sont pas toujours de nature sexuelle.  

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«Beaucoup de choses vont venir attirer les gens, explique Bunny. Déjà, il y a le côté esthétique de la chose, parce que les gens trouvent ça beau. Il y a l’idée de restriction, les jeux de soumission et de domination, la connexion qu’on crée avec notre partenaire.»  

«Il a aussi des gens qui viennent faire de la corde parce que ça les soulage de certains maux, ajoute Samy. On a une personne qui vient à nos activités qui souffre de fibromyalgie et quand ses jambes sont soulevées, suspendues, ça lui fait beaucoup de bien.» 

Les mots d’ordre pour les bénévoles qui organisent les Rendez-vous cordiaux, c’est bienveillance et sécurité.  

Mardi soir, les gens ont toutes sortes d’âges, d’identité de genre, d’orientations sexuelles ou de types de corps. Presque personne ne se demande ce que l’on fait dans notre vie professionnelle. On se définit par nos envies, nos passe-temps et nos passions.  

Dans une société où l’on se trouve de plus en plus dans de l’entre-soi, c’est rafraichissant et ça fait du bien. Pour être bien sincère, je ne pensais pas sortir aussi légère de cette soirée pleine d’étrangers.  

Je ne vous dirai pas combien de petits papiers j’ai reçus dans mon enveloppe, mais je vous ferai signe lorsque j’en aurais appris plus sur l’art de la corde.  

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