Je suis allé voir le documentaire Melania au cinéma comme un gros loser fasciste et voici mes impressions


Philippe Melbourne Dufour (Le Sac de Chips)
Partager
Dans une publicité tristement célèbre diffusée dans les cinémas américains AMC, Nicole Kidman livrait un plaidoyer prétentieux sur l’importance de voir les films sur grand écran.
J’ai tendance à être en accord avec l’actrice australienne. Je trouve sincèrement qu’aller au cinéma est l'un des divertissements les plus importants auquel l’humain peut prendre part.
«Somehow, heartbreak feels good in a place like this.»
• À lire aussi: Marina Orsini est allée voir le docu Melania et voici ce qu’elle en a pensé
Mais pas aujourd’hui.
Alors que le monde va de plus en plus mal, on aurait pu croire que j’aurais choisi d’aller voir un film qui allait me changer les idées. Mais non.
Sur ordre de mon patron, je me suis rendu au cinéma Banque Scotia de Montréal pour passer 104 minutes avec Melania Trump, la première dame des États-Unis d’Amérique.
Eh oui, je devais aller voir le documentaire Melania, réalisé par la vidange humaine Brett Ratner, à qui on doit les films Rush hour, et qui a été accusé d’agression et de harcèlement sexuel par plusieurs personnes.
Donc. Melania.
Alors que son despote de mari est en train de mener une guerre contre son propre peuple, on nous offre un beau film de propagande sur une «grande dame». «It’s giving Leni Riefenstahl» comme les jeunes disent...
Ce n’est vraiment pas comme ça que je souhaitais passer le 75e anniversaire de Phil Collins.

À la surprise de personne, jeudi, quand j’ai acheté mon billet pour la toute première représentation du lendemain, jour de grande première, seulement un autre siège était déjà vendu dans la salle.
Une petite curiosité par rapport à l’identité de l’autre cinéphile m’a alors envahi.
Est-ce que je vais avoir affaire à un crackpot MAGA, ou encore pire, à un fan de Brett Ratner? Est-ce que c’est comme moi, un «journaliste» qui est forcé d’aller aux vues pour écrire un billet que personne ne va lire?
Je suis arrivé au cinéma (où j’ai travaillé pendant une bonne partie de ma vingtaine) un peu d’avance, question d’avoir le temps de me promener un peu et d'admirer les affiches de films à venir.
À mon arrivée, je me suis dit que bien que c’était pratique de pouvoir acheter des billets en ligne, ça me manque quand même d’avoir un morceau de papier que je peux donner à quelqu’un pour qu'il le déchire.
«Melania, salle 4», m’a dit l’employé qui a scanné mon téléphone. J’ai eu envie de préciser que c’était Benoit qui m’avait obligé à venir le voir. Mais je ne l'ai pas fait.

Arrivé dans la salle, j’ai ressenti des sentiments partagés. J’étais dans un endroit que j’aime, mais au lieu de l'effervescence et de l’excitation que je ressens habituellement dans les minutes avant qu’un film commence, je me sentais triste et anxieux.
De plus, pour ajouter à mon mal existentiel, avant le début de la représentation, j’ai eu droit à des bandes-annonces de films à caractère patriotique et chrétien: Young Washington et I Can Only Imagine. Je vais au cinéma assez régulièrement et je n’avais jamais vu ces bandes-annonces auparavant.

Quand la projection a débuté, nous étions 17 personnes dans la salle.
Bon, astheur, parlons du film.
Melania documente la vie de Melania Trump durant les 20 jours menant à l'assermentation de son époux Donald John Trump pour son deuxième mandat non consécutif en tant que Leader of the free world.
Je vais tenter de mettre mes positions politiques de côté pour être le plus objectif possible. Après tout, c’est mon travail.
C’était un des pires films que j’ai vus de ma vie. Même pire que Sex and the City 2, celui où Carrie et les girls vont à Abou Dabi.

Le très dégueu Brett Ratner ne nous a rien donné de moindrement intéressant au point de vue réalisation, sauf quelques petits moments avec un effet de vidéo super 8.
Le film s’ouvre sur des plans de drone de Mar à Lago alors que la pièce Gimme Shelter des Rolling Stones joue. Ce n’est pas la seule chanson populaire qu’on pourra entendre. On devine qu’une grande partie du budget de 40 millions de dollars a été consacré aux droits musicaux.
La première moitié du film consiste principalement à montrer Melania avoir des rendez-vous avec des gens qui semblent stressés par sa présence, dont un décorateur, des designers de mode et Brigitte Macron.
On voit aussi la création de l’étrange chapeau qui avait fasciné le web l’an dernier.

On traite beaucoup du deuil de sa mère, qui est décédée un an auparavant. Cependant, on ne montre pas vraiment d’images d’elle et on donne très peu de détails sur sa vie.
Évidemment, on en profite aussi pour faire un peu de propagande pro-Israël.
La dernière partie du film se concentre surtout sur le jour d’assermentation de Trump. Cependant, on ne montre pratiquement rien qu’on n’avait pas déjà vu. Sauf peut-être Donald qui fouille dans le frigo à deux heures du matin.
Observations en vrac:
À un certain moment, on peut voir le couple présidentiel se promener dans les coulisses d’un événement officiel alors que la pièce Then He Kissed Me de The Crystals joue. Étrange parallèle, mais ok. N’est pas Scorcese qui veut.
L’artiste préféré de Melania est Michael Jackson. Étrange parallèle, mais ok.
Le père de Melania ressemble beaucoup à Donald

***
Eugénie Lépine-Blondeau était dans la même salle que moi.