«Je ne peux plus porter ses choix sur mes épaules», confie Alexandra Mongeau, la fille de Maurice «Mom» Boucher

Frédérique De Simone
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Alexandra Mongeau n’avait que huit ans lorsque son père, Maurice « Mom » Boucher, a été arrêté pour la première fois pour le meurtre des agents correctionnels Diane Lavigne et Pierre Rondeau.
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Isolée et tenue à l’écart de la vérité pendant une bonne partie de sa jeunesse, puis entraînée dans les activités illicites de son père, la fille de l’ancien chef des Hells expose, dans son ouvrage autobiographique Mon père, Mom et moi, les dommages d’une enfance marquée par la criminalité, l’isolement, l’exclusion sociale, la stigmatisation et la distorsion de l’amour filial.

« C’est difficile pour un enfant de grandir dans un monde où le crime prévaut. Tu n’as pas l’impression d’avoir ta place ou d’être apprécié à ta juste valeur », a-t-elle dit en entrevue avec l’Agence QMI, espérant cette fois briser le cycle de la violence et de la criminalité tout en faisant œuvre utile.
« Pour mon père, le crime prenait une place énorme dans sa vie. Dans ma jeunesse, à plusieurs reprises, j’ai essayé de lui montrer que j’aurais voulu être sa priorité », a-t-elle ajouté.
Coécrit avec la journaliste Isabelle Marjorie Tremblay, le livre raconte de manière intime, sans complaisance, sa version de l’histoire et retrace le parcours de son père, de son enfance à son arrivée à la tête des Hells Angels, en passant par la guerre des motards jusqu’à sa condamnation à la prison à vie.
Elle partage également les nombreuses lettres qu’il lui a écrites depuis le pénitencier où il a été incarcéré, des photos de famille et des bribes d’histoires que sa famille lui a racontées.

« Je ne peux plus porter ses choix sur mes épaules, parce que je me dois de vivre ma vie et d’être là pour mes enfants, leur donner ce que j’aurais voulu que mon père me donne », a-t-elle poursuivi.
Les autrices du livre ont également prévu l’ajout de notes cliniques rédigées par des criminologues et une psychologue spécialisées auprès d’une clientèle infantile, afin d’aiguiller le lecteur dans l’analyse de certains mécanismes qui ont pu se construire au fil de sa vie.
« L’écriture du livre m’a amenée vers de grandes réflexions, à faire un travail sur moi. Ce livre a été la thérapie de ma vie », a confié Alexandra Mongeau, expliquant avoir attendu d’avoir la maturité et la lucidité nécessaires avant de briser le silence.
« J’ai eu beaucoup de colère envers mon père quand tous les événements sont arrivés. J’ai aussi été aux premières loges pour voir comment la colère et la vengeance pouvaient détruire un homme. Je me suis promis que jamais je ne serais à cette place », a-t-elle dit à l’Agence QMI.

Une enfance trouble
Ayant grandi dans un foyer où la violence et l’alcool étaient omniprésents, Maurice Boucher a subi de l’intimidation scolaire ainsi que des abus de la part de certains prêtres et curés durant sa jeunesse, révèle Alexandra Mongeau dans son livre.
Après ses premières ripostes violentes dans la cour d’école, le jeune garçon s’est ensuite construit une réputation de dur à cuire. À 18 ans, il n’en peut plus d’être dans la confrontation avec son père. Il déménage dans un petit logement et cumule les petits boulots. Au même moment, il commence à commettre des vols de voitures et des hold-up dans des dépanneurs. Il devient progressivement trafiquant de drogue et accumule les méfaits et les condamnations.
À peine sorti de prison, il se joint aux Hells Angels en 1986, trois ans avant la naissance d’Alexandra.
« Jamais je ne me suis sentie en danger en sa présence. Au contraire. Et pourtant, il mettait quand même nos vies en danger au quotidien avec ses choix de vie », écrit la femme de 36 ans dans son livre.
Elle raconte aussi avoir grandi avec un père peu présent, qui menait une double vie – sa mère étant la maîtresse du caïd –, dans une maison encerclée de caméras et truffée de cachettes qu’elle n’avait pas le droit d’explorer, puisqu’il y dissimulait toutes sortes d’armes, entre autres des pistolets, des bombes et des mitraillettes.
Mon père, Mom et moi
Alexandra Mongeau et Isabelle Marjorie Tremblay
Les Éditions de l’Homme
232 pages