«Je ne m’attendais pas à avoir cette carrière-là»: Patrick Hivon, en vedette dans la série policière «Détective Surprenant: la fille aux yeux de pierre»


Maxime Demers
Partager
Se décrivant comme «un hyperactif» et comme «quelqu’un d'impatient dans la vie», Patrick Hivon a souvent été insatisfait par son métier de comédien, surtout quand il trouvait que les choses n’allaient pas assez vite à son goût. Mais à l’aube de la cinquantaine et après avoir accumulé près de 25 années d’expérience au petit et au grand écran, l’acteur a appris à aborder son travail avec plus de sérénité.
«C’est l’expérience qui m’a apporté cet équilibre-là, confie Patrick Hivon en entrevue au Journal, à l’occasion de la sortie de la série policière Détective Surprenant: La fille aux yeux de pierre, dont il tient le rôle principal.
«Je me suis souvent fâché contre ce métier-là. Parce que je n’avais pas ce que je voulais, ou que ça se passait pas comme moi, je le voulais. Mais je me rends compte aujourd’hui que même si je suis quelqu’un de très rapide et de très impatient dans la vie, je me vois plus comme un gars de marathon.
«Ce qui est le fun avec l’expérience, c’est que tu ne peux plus t’enfler la tête avec ça parce que tu l’as durement acquise, ajoute-t-il après avoir marqué un court silence.
«Maintenant, quand il m’arrive de belles affaires, je suis plus heureux et j’en profite vraiment naïvement comme un gars qui reçoit un beau cadeau.»
À 48 ans, Patrick Hivon se dit donc «très heureux» du chemin parcouru (ou couru, dans son cas) depuis sa sortie de l'École nationale de théâtre du Canada, en 2000. «Je ne m’attendais pas à avoir cette carrière-là. Je ne pensais pas que j’aurais droit à ça», laisse-t-il tomber.
Ce qui le rend le plus fier, c’est d’être encore là après toutes ces années.
«Je suis surpris et je me considère chanceux de faire encore ce métier-là. Je pensais que je me saboterais. Je pensais que je pognerais les nerfs et que je dirais : de la marde, je m’en vais de là.
«Ce qui m’a vraiment aidé, c’est quand j’ai appris à différencier l’humain que je suis et le gars qui va à la job. Depuis que je vois ça comme ça, mon travail est tellement plus facile. Je m’applique le plus que je peux et j’essaie d’être le plus généreux possible.»
Un polar sur les îles

Du film À l’origine d’un cri de Robin Aubert à la série dramatique La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé de Xavier Dolan, Patrick Hivon a souvent été abonné aux personnages de bums ou d’écorchés. Pour la série Détective Surprenant: La fille aux yeux de pierre, qui débarque sur Club illico le 7 décembre, l’acteur a eu la chance de défendre ce qu’il décrit comme «le premier vrai rôle de policier de sa carrière».
«J’avais déjà joué des policiers, mails c’était des rôles qui n’étaient pas dans le feu dans de l’action de l’enquête, précise-t-il.
«C’était donc un beau défi à relever. J’aimais bien le côté polar de la série et aussi la façon dont c’est écrit et adapté pour l’écran. Tout se tient bien. Ce n’est pas sensationnaliste pour être sensationnaliste. Je trouvais que c’était crédible et vraisemblable et que les personnages sont bien dessinés.»
Adaptée du roman On finit toujours par payer, premier tome de la populaire série de l’auteur Jean Lemieux relatant les enquêtes du détective Surprenant, la série transporte le spectateur dans l’univers «clos et venteux» des Îles-de-la-Madeleine, au milieu de l’automne.
Alors que le village de Cap-aux-Meules est secoué par la découverte du cadavre de la fille du maire (Milya Corbeil Gauvreau), le sergent-détective André Surprenant (Patrick Hivon) doit renoncer à ses vacances pour enquêter sur ce meurtre sordide avec l’aide de sa collègue, Geneviève Savoie (Catherine Brunet), et de policiers inexpérimentés.
La série Yannick Savard (Nous, Piégés) a été tournée aux Îles-de-la-Madeleine le printemps dernier, bien avant que les touristes prennent d’assaut l’archipel pendant la belle saison.
«Personnellement, je ne suis pas fort sur le tourisme de masse, alors je trouvais ça ben le fun de ne pas être aux îles pendant la belle saison et de pouvoir côtoyer les gens qui vivent là-bas à l’année longue», indique Patrick Hivon.
«Les Îles qu’on voit dans la série, ce ne sont pas les Îles des cartes postales. Les personnages ont le vent dans la face, la peau qui brûle. C’est un climat rude, sablonneux, tout est fragile là-bas. Je trouvais ça le fun de montrer ça.»
Comme il aime le faire avec tous les rôles qu’il joue à l’écran ou sur les planches, Patrick Hivon a mis beaucoup d’accent sur les failles du personnage de Surprenant.
«Yannick [Savard, le réalisateur] voulait filmer des vrais humains, explique l’acteur. Il voulait que ce soit des policiers qui ont du cœur, des émotions. Ça ne doit pas être facile de devoir enquêter sur la mort d’une jeune fille dans un endroit où tout le monde se connaît. Ça remue toute une communauté. Yannick a mis beaucoup d’emphase là-dessus et ça faisait mon affaire. J’ai toujours trouvé que c’est dans leurs failles qu’on reconnait l’authenticité des personnages.»
La série Détective Surprenant: La fille aux yeux de pierre débarque sur Club illico le 7 décembre.
Patrick Hivon en cinq rôles marquants
La pièce Le Langue-à-langue des chiens de roche (2001)
«C’est un moment mémorable pour moi, parce que c’était mon premier engagement professionnel. J’avais adoré le personnage. Au fil des années, j’ai eu des rôles extraordinaires au théâtre. Il y a eu Simon dans Les Feluettes, Julien dans Laurier Gaudreault... Le théâtre, pour moi, c’est ultime expression pour un acteur. Sauf que ça prend beaucoup de courage. Et moi, je n’en ai pas toujours. Au théâtre, je suis un peu chicken. Mais pour moi, le théâtre, c’est l’ultime expérience, pour l’acteur mais aussi pour le public.»
À l’origine d’un cri (2010)
«C’est un film important pour moi. L’expérience de tournage avec Robin Aubert était spirituelle, comme un pèlerinage. Je ne pourrais pas juste vivre des expériences comme ça parce que ça deviendrait banal. C’est le genre de chose qui arrive très rarement dans une carrière.»
Providence (2005)
«Providence m’a permis d’apprendre énormément sur le jeu devant la caméra. Quand tu interprètes le même personnage pendant une période de sept ans, tu commences à le connaître et tu peux te permettre d’essayer certaines affaires, toujours avec l’accord du réalisateur.»
L’œil du cyclone (2022)
«Ce qui est le fun avec ce rôle, c’est qu’il a mis de l'avant un côté plus loufoque de ma personne qui est peut-être plus fidèle à ce que je suis dans la vie. Ça m’a fait du bien de faire ça et c’est le fun de voir que les gens apprécient de me voir dans ce genre de rôle. C’est le fun de changer. Cela dit, je ne serais pas heureux à faire juste de la comédie. Ce que j’aime le plus dans mon métier, c’est de promener entre les genres tout en essayant de rester vrai là-dedans.»
La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé (2022)
«Cette série-là, ç’a été intense au bout. Xavier [Dolan] est quelqu’un de très intense. En plus, on défendait quelque chose qu’on avait déjà joué au théâtre et un projet théâtral qui avait été très important pour moi. C’était comme un petit chemin de croix. Tu portes une croix et tu vas te faire crucifier avec. Ce n’était pas toujours évident à porter. Mais je ne peux pas me plaindre qu’il n’y avait pas de viande autour de l’os. Il y en avait, du stock. Ç’a été un terrain de jeu exceptionnel.»