Ils n’ont pas dormi de la nuit, ont le moral au plus bas : des Iraniens témoignent de leur lassitude et confusion lundi après une série d’attaques directes entre leur pays et Israël, les premières depuis deux mois.
« Rien n’est clair. Les gens ne savent pas quoi faire, les gens sont en colère », remarque Maryam, une comptable de 41 ans, interrogée par l’AFP au centre de Téhéran, place Valiasr.
Elle évoque « une sensation d’incertitude » après la reprise de frappes dimanche soir dans la capitale, ripostes israéliennes à des tirs de missiles contre l’État hébreu.
« En fin de compte, il faudra bien décider si on est en guerre ou en paix », ajoute-t-elle, s’exprimant avant que l’Iran n’annonce un arrêt de l’opération militaire contre Israël alors que les tractactions diplomatiques se poursuivent pour trouver un accord.
« L’économie est paralysée, la société souffre de stress post-traumatique, le moral est au plus bas. Personne ne sait ce que demain nous réserve », se lamente également Farhad, chef cuisinier de 35 ans.
Depuis dimanche soir, l’Iran a tiré une trentaine de missiles contre l’État hébreu selon un responsable militaire israélien, en réponse à une frappe israélienne contre la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah pro-iranien, dans laquelle deux personnes sont mortes et 20 ont été blessées.
Israël a indiqué de son côté avoir frappé et détruit des systèmes de défense en Iran, où des explosions ont été entendues, notamment dans la capitale.
Ces hostilités ont été d’une intensité plus vue depuis la trêve entrée en vigueur le 8 avril, dans ce conflit déclenché par les États-Unis et Israël contre la République islamique, le 28 février.
« Nous n’y pouvons rien »
« Après l’attaque d’hier soir, je n’ai pas pu dormir de la nuit », raconte une autre Maryam, en déplorant que « tout aille vers la destruction et le néant ».
« J’espère que Dieu nous viendra en aide », souffle cette artiste téhéranaise de 36 ans.
La vie dans la ville oscillait entre normalité et tension.
Si des terrasses de cafés étaient bondées par un temps ensoleillé, certains automobilistes prenaient leurs précautions en rejoignant des files d’attente pour un plein d’essence.
La circulation était moins dense que d’ordinaire dans la capitale iranienne lundi, certains habitants semblant être restés chez eux. Une camionnette, chargée de cartons de livraison, n’avait aucun mal à circuler sur une artère habituellement bondée, tandis que des deux-roues se faufilaient à toute allure au milieu des voitures à l’heure du déjeuner.
« Aujourd’hui, on a entendu beaucoup de bruits (d’explosions) à Téhéran, surtout dans le sud » de la capitale, raconte Mahtab, coiffeuse de 62 ans. « J’ai tremblé pendant une heure. Si ça continue, nous allons quitter à nouveau Téhéran », comme au début de la guerre, dit-elle.
En ces quelques mois, « j’ai complètement changé. Seule mon identité est restée la même. Je n’espère plus rien, que ce soit en matière politique, économique, ou d’aide internationale », confie à Mahsa, une ingénieure chimiste de 31 ans, habitant Ispahan (centre) et jointe par une journaliste de l’AFP basée à Paris.
« Au début, nous avons eu peur de la guerre, mais nous, les Iraniens, sommes connus pour notre flexibilité, et nous nous sommes adaptés », souligne pourtant Amir Hossein, un informaticien téhéranais de 24 ans.
« Ce sera la même chose lors de la prochaine guerre, parce que nous n’y pouvons rien », conclut-il.
