Jacques Moisan sort de sa retraite pour nous donner des nouvelles
Daniel Daignault
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Jacques Moisan célèbrera en mai son 85e anniversaire, et il y a maintenant un peu plus de 25 ans qu’il a pris sa retraite. «Je l’avoue, je trouve que ça a passé vite. Quand on pense à ça, ma conjointe et moi, on se dit que ça n’a pas de bon sens: on est en 2026 et il nous semble qu’on vient d’arriver à l’an 2000! Alors oui, ça passe vite.»
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«J’ai une très bonne mémoire, dit-il, je me souviens même de mes premiers moments à la radio, à Québec, en 1959. Je revois le visage de mon patron, on était trois à travailler à la salle des nouvelles, je me rappelle parfaitement de tout ça. Même chose pour mon premier voyage au Vietnam pour le travail, en 1969 – j’y suis allé trois fois –, j’ai encore en mémoire tous les détails de ce séjour là-bas.»
Journaliste, correspondant à l’étranger, chef d’antenne à TVA et collaborateur à Salut Bonjour, Jacques s’intéresse toujours à l’actualité, mais, de son propre aveu, moins assidûment qu’avant. «En tout respect pour les médias et les journalistes qui font leur métier dans un contexte absolument infernal, je ne me retrouve pas dans la façon de faire de l’information aujourd’hui. Je trouve qu’il y a une tendance au sensationnalisme, inconsciemment ou de façon volontaire. À l’âge que j’ai, j’ai du recul, et je te dirais que “dans mon temps”, pour utiliser une expression vieillotte, on se contentait de donner l’information, les détails crédibles et tout ça, et ensuite, c’était aux gens de se faire une opinion. S’ils voulaient en savoir davantage, il y avait d’autres médias, c’était plus élaboré dans la presse écrite. Et à l’époque, il n’y avait pas Internet. Les gens faisaient un effort pour s’informer. Moi, ma grande récompense était de préparer mes bulletins de nouvelles de façon à ce que ce soit accessible pour tous les téléspectateurs, quel que soit leur niveau social. C’était important pour moi de développer l’intérêt pour l’information chez ceux qui avaient moins d’éducation et de formation, sans décourager les universitaires, par exemple. Je m’arrangeais toujours pour être middle of the road, comme on dit. Je recevais des commentaires de gens qui m’écrivaient que je leur avais donné le goût de s’informer et d’apprendre des choses.»
Une retraite bien méritée
Ce genre de commentaires constituait pour Jacques une belle marque de reconnaissance, lui confirmant qu’il accomplissait bien son travail. «Sur les réseaux sociaux, il y a tellement d’interventions de tout le monde sur n’importe quoi, tu ne sais plus qui dit vrai. Moi, je vais sur des sites où je sais que je peux être certain que le contenu est fiable, mais je ne m’éparpille pas pour essayer de trouver des informations un peu partout, comme sur Facebook.» Vingt ans après avoir décidé de raccrocher son micro, l’ancien journaliste confie qu’il avait commencé à songer à la retraite quelques années avant l’an 2000.
«J’ai eu une vie professionnelle assez trépidante, merci! Il y a des années où, en mettant ça bout à bout, j’étais absent presque six mois sur douze. J’étais heureux comme un poisson dans l’eau, mais je pensais à ma conjointe, qui était seule pendant ce temps-là. Elle assurait l’éducation des enfants et l’entretien de la maison pendant mes absences. Ma femme m’a toujours soutenu, elle ne m’a jamais mis de bâtons dans les roues ou demandé d’être plus présent. Elle savait que j’aimais mon travail, elle a toujours respecté mes choix, et je lui en serai reconnaissant jusqu’à la fin de mes jours. On a célébré nos 65 ans de mariage, ma belle Lise et moi, et ajoute à ça quelques années de fréquentation. On a eu deux fils, cinq petits-enfants et quatre arrière-petits-enfants. Mes deux fils n’ont jamais voulu travailler dans mon domaine, et mon “bébé”, Éric, est maintenant à la retraite. Il était cadre à Hydro-Québec, alors que mon autre fils, Patrick, possède son entreprise.»
Tellement de souvenirs
Lorsqu’il travaillait sur le terrain, au cours de ses affectations dans différents pays, Jacques a vécu beaucoup de choses. «J’étais souvent dans des situations dangereuses, et les moyens de communication de l’époque n’étaient pas forts! Une fois, je m’en allais au Vietnam et on avait fait escale à Tokyo durant quelques jours. J’avais téléphoné à ma femme pour lui dire où j’étais rendu, et je me souviens que pour avoir un tarif qui avait de l’allure, il fallait appeler après minuit, heure de Tokyo. Un appel d’environ trois minutes coûtait presque 15 dollars. Et c’était en dehors des heures de pointe des tarifs.»
Aujourd’hui, Jacques prend les choses comme elles viennent et ne se casse plus la tête. «J’ai toujours dit que je n’avais pas de plan de match, mais je ne m’ennuie pas du tout. Les projets compliqués, ça ne me tente plus. J’ai essayé plein de choses, vécu beaucoup d’expériences, et ça me va. Ma femme et moi avons beaucoup voyagé, même quand je travaillais, et avons passé quelques hivers en Floride. J’ai aussi travaillé durant sept ans à la radio, à Rythme FM, après avoir pris ma retraite. Maintenant, c’est au jour le jour, on se lève le matin et on se demande ce qu’on va faire... Ça peut être aller voir des amis, faire des courses, ou faire un casse-tête tranquillement pas vite. On est privilégiés: on a une excellente santé, c’est notre plus grande richesse. On se garde en forme, on fait nos longueurs dans la piscine, je vais faire du vélo au gymnase», raconte Jacques, qui habite dans une résidence pour retraités de la Rive-Nord.
Un homme occupé
L’homme a ainsi su demeurer actif et il s’est notamment tourné vers l’animation d'événements peu après avoir pris sa retraite. «En fait, un an ou deux avant de prendre ma retraite, j’ai commencé à m’orienter pour animer des congrès, des colloques, puis j’ai parti ma compagnie et fait des conférences. C’était très diversifié: les gens me demandaient surtout de raconter ma carrière et les expériences que j’ai vécues ainsi que ma perception du vieillissement. J’en ai fait pas mal, et quand est arrivée la pandémie, c’est devenu plus compliqué. Même chose pour les voyages. Alors aujourd’hui, ma femme et moi ne voyageons plus — on l'a tellement fait!» En tout, Jacques a visité une cinquantaine de pays pour son travail, en plus d’avoir passé ses vacances à l’étranger à de nombreuses reprises. «Il n’y a que l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud où je ne suis pas allé», ajoute-t-il.
À la place, Jacques Moisan s’est tourné vers l’écriture. Au cours des derniers mois, il s’est consacré à la rédaction d’un livre — ses mémoires, en quelque sorte. «Ça ne se veut pas une œuvre littéraire: je raconte ce que j’ai vécu, comme la couverture de la guerre au Vietnam, qui a été marquante pour moi, ou quand je suis allé à Moscou et en Afrique. Il y a les voyages qu’on a faits, ma femme et moi, entre autres en Suisse italienne, qu’on a tellement aimée. Je raconte aussi des moments où je me suis retrouvé dans le feu de l’action, comme lorsque j’étais en ondes et qu’on a appris que des policiers pourchassaient O.J. Simpson sur une autoroute, et je commentais la situation en direct sur les images qui provenaient de CNN», évoque-t-il. On a déjà hâte de lire ça!