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Jacques Michel: Le parcours et la vie d'un artiste engagé

Victor-Léon Cardinal

2026-03-15T10:00:00Z

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Le 5 mars nous quittait le chanteur Jacques Michel, qui comptait parmi les icônes incontournables de la musique québécoise. Voici un aperçu de la vie et du parcours de cet artiste engagé, talentueux et ambitieux.

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Après s’être battu trois ans contre un cancer, Jacques Michel s’est éteint paisiblement à l’âge de 84 ans, entouré de ses proches. Originaire d’Abitibi-Témiscamingue, le chanteur vivait depuis près de 35 ans à l’île d’Orléans, en compagnie de son épouse, Louise Vaillancourt. L’artiste, qui a fait appel à l’aide médicale à mourir, laisse dans le deuil son épouse, sa fille unique, Sophie Rodrigue, et son petit-fils, Étienne, âgé de 20 ans.

Des racines profondes

Il était une fois un artiste de talent, engagé et fier de ses racines. Né Jacques Rodrigue, le 27 juin 1941, à Sainte-Agnès-de-Bellecombe, en Abitibi-Témiscamingue, Jacques Michel grandit dans cette petite municipalité. Sa mère étant de santé fragile, le jeune garçon passe beaucoup de temps avec ses grands-parents, qui exercent une influence cruciale dans son développement et sa vie. En sixième année, il rencontre Mme Chartrand, une institutrice qui lui transmet son amour pour la langue française. Cette influence déterminante l’encourage à développer ses talents d’auteur-compositeur autodidacte.

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L’artiste nous confiait en 2021 qu’il avait toujours maintenu un lien privilégié avec sa région natale, où il avait acquis en 2019 un boisé situé au bord du lac de son enfance. « C’est là que j’ai poussé et que j’ai pris racine. Autrefois, mon père y travaillait comme contracteur forestier pour la Canadian International Paper Company. Quand je regarde le lac, je revois mon père traverser la baie dans son hors-bord. J’ai quitté l’Abitibi à 13 ans avec mes parents et je trouve toujours ça extraordinaire d’y revenir. »

Un fusil contre une guitare

À 16 ans, alors qu’il est établi en Estrie, le jeune homme s’enrôle chez les militaires, au sein des Fusiliers de Sherbrooke. « Je n’aurais jamais été officier, car je n’avais pas fait de cours universitaires. Un jour, j’ai eu le choix entre l’armée et la musique. Au lieu d’un fusil, j’ai pris une guitare, mais j’ai mené le même combat, je pense », confie-t-il, dans le documentaire Jacques Michel : Trouver sa lumière, qui est disponible sur Tou.tv Extra. 

L’artiste ambitieux se met alors à faire le tour des salles et des cabarets de sa région en reprenant des succès de Charles Aznavour et de Gilbert Bécaud, et en interprétant ses premières compositions.

Des distinctions rares

Après s’être distingué sur les scènes locales au cours des années 1960, Jacques Michel gagne en 1970, à Spa en Belgique, le Grand prix de la Communauté radiophonique des programmes de langue française, pour sa chanson Amène-toi chez nous. Cette même année, il remporte le deuxième prix au Festival de la chanson populaire de Tokyo, au Japon, pour son immortel succès Un nouveau jour va se lever

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De retour au Québec, après un passage en France, l’artiste lance ses albums Citoyen d’Amérique, en 1970, et S.O.S, en 1971. Il devient alors rapidement l’un des porte-étendards de la jeunesse indépendantiste de l’époque.

Veuf du jour au lendemain

En 1975, le chanteur vit le décès tragique de sa femme, Claire, alors que leur fille, Sophie, n’a que 16 mois. « Claire a été hospitalisée dans les environs du 18 mars et elle est décédée le 2 avril 1975. En quelques jours, elle nous a filé entre les mains. Lorsque ses poumons ont été libérés, ce sont ses reins qui ont cessé de fonctionner. On n’a finalement jamais su de quoi elle était décédée. À son décès, j’ai placé Sophie dans une garderie. Suite aux funérailles, je suis allé chercher ma fille, et nous sommes rentrés tous les deux à la maison, à North Hatley. C’était traumatisant pour ma fille de ne plus voir sa mère. Je venais, pour ma part, de perdre la femme que j’aimais. J’ai essayé d’être la mère et le père en même temps. C’est bien d’avoir une responsabilité quand tu perds une personne que tu aimes. Ça t’aide à rester vivant. Tu as un devoir vis-à-vis de quelqu’un. Moi j’aimais la vie et j’y ai repris tranquillement goût », a-t-il confié.

Un couple créatif

Et puis, à l’été 1976, il fait la rencontre de la parolière Ève Déziel, qu’il épouse deux ans plus tard. Cette dernière, qui partage aujourd’hui sa vie avec le chanteur Michel Rivard, a d’ailleurs récemment tenu à rendre hommage à son ex-époux suite à son décès. « J’ai appris le métier sous son œil rigoureux. Jacques était un tra-vail-lant. Il passait des mois reclus dans son studio, entouré de ses nombreux dictionnaires, chinant LE mot juste avec la patience et la ténacité d’un collectionneur de perles rares chez un antiquaire. (...) Tu aimais le rhum St-James et la voile. Tu aimais l’amour, l’odeur des voitures neuves et la quiche de Dame Jacqueline. Tu aimais ta fille et le vernis bien appliqué sur les doigts des femmes. L’hiver te rendait morose, la chaleur et la mer te calmaient. À chacun son refrain », a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.

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Ève Déziel et Jacques Michel, qui ont été mariés durant 10 ans, ont conçu ensemble l’émission Le village de Nathalie, mettant en vedette Nathalie Simard, diffusée de 1985 à 1988, à TVA. Ils ont créé aussi Sur la rue Tabaga, diffusée à Canal Famille, de 1989 à 1995. Le chanteur, qui cosignait les scénarios, a écrit une centaine de chansons pour ces émissions jeunesse qui ont marqué à jamais les jeunes Québécois de l’époque.

Un ami, un mentor

Nathalie Simard, qui a travaillé avec lui sur Le village de Nathalie, a d’ailleurs tenu à remercier Jacques Michel, dans un long message partagé sur les réseaux sociaux. « Tu vas énormément me manquer, mon cher ami. Dans ma vie, tu as été une figure si importante. Une figure paternelle, fraternelle à la fois. Tu as été un mentor, un guide, toujours bienveillant, toujours juste. À travers tes conseils, à travers tes mots, tu as su m’accompagner. Tu as toujours su être présent. Merci pour ta fidélité. Merci pour ton amour. Merci pour ton appui infini. Aujourd’hui, tu as choisi de mettre un terme à cette souffrance, à cette maladie qui a grugé ton énergie pendant ces trois dernières années. Tu as choisi de quitter ce monde pour un monde meilleur. Un monde, je l’espère de tout cœur, où il n’y a plus de douleur. », a-t-elle écrit

Une décision réfléchie

Au milieu des années 1980, après avoir fait paraître 15 albums et composé près de 300 chansons, Jacques Michel décide de quitter la scène pour de bon. « J’étais alors occupé avec mes émissions de télévision. De plus, je savais que je n’allais pas chanter toute ma vie. Je ne m’amusais pas sur scène moi, je travaillais », souligne-t-il.

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L’artiste continuera néanmoins d’écrire des chansons pour d’autres artistes, dont Nicole Martin, Johanne Blouin et Nathalie Simard.

Un nouveau jour

À cette époque, le chanteur a une véritable passion pour la navigation, qu’il pratique depuis déjà 10 ans. Il décide alors de partir à l’aventure autour du monde. À l’automne 2012, il quitte Gibraltar à bord de son voilier pour traverser l’Atlantique. Une traversée qui se passera sans encombre et dont il en retirera une grande fierté.

Sur le plan personnel, l’artiste rencontre en 1991 Louise Vaillancourt, qu’il épouse en 1993. Les amoureux s’installent sur l’île d’Orléans, un endroit pour lequel le chanteur développe un grand attachement.

Un répertoire vivant

Bien que Jacques Michel soit demeuré loin de la scène durant près de 30 ans, ses chansons ont toutefois continué de vivre sans leur interprète. Ce fut notamment le cas de ses chansons Amène-toi chez nous, reprise par Wilfred LeBouthillier, et Pas besoin de frapper, par Sylvain Cossette, qui ont connu du succès sur les ondes radio au début des années 2000. Il en va de même pour son succès Un nouveau jour va se lever, qui a été repris en 2004 comme chanson thème de Star Académie, à TVA.

Un retour inespéré

Alors qu’il avait depuis longtemps rangé sa guitare, Jacques Michel retrouve la flamme pour le métier de chanteur au printemps 2014, dans le cadre d’une soirée hommage qui lui est rendue dans sa région natale, au Festival des guitares du monde. « Ce soir-là, j’ai renoué en même temps avec la scène, mes racines et mon enfance. De jouer à cet événement, en compagnie des frères Marco et Yves Savard, m’a convaincu de revenir. Depuis ce temps, j’éprouve toujours le même plaisir à remonter sur scène que ce soir-là. » 

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L’artiste décide alors de lancer en 2015 un tout nouvel album ayant pour titre Un nouveau jour. Et en 2019, il récidive avec Tenir, son 17e et dernier album de chansons originales en carrière. L’artiste aura ainsi donné un peu plus de 40 spectacles jusqu’à son tout dernier tour de piste qui a eu lieu à l’été 2025.

Le départ d’un grand homme

Tout au long de sa vie et de sa carrière, Jacques Michel a reçu de nombreuses distinctions, dont plusieurs prix de La Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SOCAN). 

En 2007, il est fait chevalier de l’Ordre national du Québec, et en 2018, il est nommé Patriote de l’année pour l’Abitibi-Témiscamingue et le Nord du Québec. De plus, en 2020, il remporte le prix Sylvain-Lelièvre remis par la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec (SPACQ), pour l’ensemble de sa carrière. Artiste libre, engagé, humaniste et rassembleur, Jacques Michel a ainsi marqué l’histoire du Québec par ses mots et sa musique. Outre ses plus grands succès, nous lui devons aussi les chansons Sur un dinosaure, Salut Léon, Chacun son refrain, Lettre à une immigrante et bien d’autres.

Conformément aux dernières volontés exprimées par l’artiste, ses funérailles se tiendront dans la région de Québec, au début avril. Nous adressons à sa famille et à ses proches nos plus sincères condoléances.

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