«J’en ai marre»: Denis Shapovalov lance un profond cri du cœur et explique pourquoi il est aussi en voix sur les réseaux sociaux


Jessica Lapinski
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NEW YORK | Il y a des gens qui sont plus à l’aise à exprimer leur frustration derrière leur clavier qu’en personne. Denis Shapovalov n’en fait pas partie. Il n’a fallu qu’une question au Canadien, dimanche, à New York, avant qu’il ne commence à se vider le cœur pendant plusieurs minutes sur ce qu’il qualifie de «manque de constance» dans l’application des règles au tennis.
Un manque de constance qui, affirme-t-il, brise le rêve «de tous les joueurs» en ce moment. «Il est où, le leadership [au sein des circuits de tennis]?» s’interroge-t-il.
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«Ça ne me dérange pas d’en parler. J’ai du fun à faire ça. [...] Il y a plusieurs joueurs qui me remercient dans le vestiaire parce qu’eux n’osent pas parler», a d’ailleurs répondu «Shapo» aux deux journalistes venus à sa rencontre et qui, à un moment, lui ont proposé de parler de sujets plus «légers».
Deux poids, deux mesures
Il n’a jamais craint les mots, Shapo, mais, depuis les dernières semaines, il utilise le porte-voix que peut constituer le réseau social X afin de dénoncer toutes les situations qu’il estime injustes.
Et il a renchéri pendant plusieurs minutes, dimanche, à deux jours de son entrée en scène aux Internationaux des États-Unis.
Mardi, dans la foulée de l’annonce des deux contrôles positifs pour dopage de Jannik Sinner (dont le numéro 1 mondial a été blanchi), l’Ontarien de 25 ans a écrit que «différentes règles s’appliquent à différents joueurs».
Different rules for different players
— Denis Shapovalov (@denis_shapo) August 20, 2024
En fait, ce qu’il déplorait, c’est que d’autres aient été contraints, par le passé, de demeurer loin du circuit durant plus d’un an après un test positif à une substance prohibée, le temps de prouver leur innocence.
Puis, samedi, quand le jeune Alex Michelsen a pu poursuivre son match à Winston-Salem, même s’il avait atteint avec une balle une personne dans les estrades dans un geste de frustration – un geste pour lequel l’arbitre avait le pouvoir de le disqualifier –, Shapovalov a suggéré qu’il devrait peut-être mettre en évidence son message précédent sur son profil. Afin qu’il soit bien en vue.
I might have to pin this tweet soon 🎪 https://t.co/owmxAJixlT
— Denis Shapovalov (@denis_shapo) August 24, 2024
Pas assez pour payer son staff
Bien sûr, le cas de Michelsen est plus personnel. Shapovalov, lui, a été disqualifié à Washington il y a deux semaines, après avoir fait usage d’un langage vulgaire sur le terrain.
Alex Michelsen launched a ball into the stands in anger and hit a fan
— The Tennis Letter (@TheTennisLetter) 24 août 2024
The umpire went to check on the fan and the fan said they were okay
Alex avoids being defaulted from the match
Players have been defaulted for less
Make it consistent
pic.twitter.com/IUslCSx74L
«Mais ce n’est rien contre ces joueurs en particulier, que ce soit dans le cas de Jannik ou d’Alex, a-t-il insisté dimanche. Ce sont de bons gars. [...] En fait, je ne me souviens pas d’avoir déjà visé un joueur en particulier.»
«Sauf que [ma disqualification] était tellement injuste, J’avais connu un bon tournoi à Washington, a ajouté le Canadien, qui y a été exclu en quarts, mais en raison du montant de l’amende [près de 50 000$], à la fin, j’étais dans le négatif, financièrement.
«Je n’avais pas touché assez pour payer mon staff avec les gains du tournoi.»
Des «bébés gâtés»
Bref, Shapo est frustré. «J’en ai marre, a-t-il laissé tomber. On a besoin de quelqu’un qui va faire appliquer les règles de manière juste. On a besoin de quelqu’un qui va aider les joueurs. Parce que personne ne protège les joueurs, en ce moment.»
Et même lorsque les joueurs dénoncent, ils se font rabrouer, affirme-t-il. Que ce soit par les médias ou sur les réseaux sociaux.
«Iga Swiatek a dit une fois que le calendrier était trop chargé et soudainement, elle était un bébé gâté, déplore Shapovalov. Mais elle n’a rien dit de mal. Le calendrier, il est incroyablement long.»
«C’est pourquoi je parle et je vais continuer à le faire, parce que j’en ai assez», ajoute-t-il.
Tous les joueurs «se sentent ainsi»
Le petit Denis qui rêvait d’être un joueur de tennis ne s’imaginait jamais en venir à ce point, reconnaît Shapovalov.
«Il y a quelques années, Daniil Medvedev a dit après un match [sa finale perdue aux Internationaux d’Australie, en 2022] qu’il avait cessé de rêver», a-t-il évoqué.
Le Russe, qui avait été conspué par la foule tout le long du tournoi, avait dit qu'il jouait désormais pour lui, pour sa famille et pour faire vivre sa famille, notamment. «Il arrive un moment où un enfant cesse de rêver. Ce moment, il m'est arrivé aujourd’hui», avait alors dit l’ex-numéro 1 mondial.
«Je pense que tous les joueurs se sentent ainsi, en raison [de ce qu’est le tennis], a déclaré Shapovalov dimanche. En grandissant, on ne sait pas à quoi on doit s’attendre. C’est dommage.»
«Je ne pense pas qu’il s’agisse de changements si durs à effectuer. Mais on a besoin de quelqu’un qui va écouter les joueurs, écouter leurs besoins.»