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«J’ai autant de peurs que de tendresse»: Nathalie Doummar donne la parole aux hommes dans sa nouvelle pièce «Frères»

Photo portrait de Frédérique De Simone

Frédérique De Simone

2026-04-17T17:35:00Z

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Après le succès de sa pièce Mama (2022), Nathalie Doummar poursuit l’exploration de sa mythologie familiale en donnant cette fois la parole aux hommes, dans sa nouvelle création Frères.

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Issus de la même famille égypto-québécoise que les femmes de Mama, les huit cousins, frères, fils et beaux-frères se retrouvent cette fois entre eux pour un week-end de gars dans un chalet de Cacouna, dans le Bas-du-Fleuve, quatre ans après la mort de l’un des leurs.

PHOTO FOURNIE PAR LE THÉÂTRE JEAN-DUCEPPE
PHOTO FOURNIE PAR LE THÉÂTRE JEAN-DUCEPPE

Le huis clos familial devient rapidement l’occasion pour ces messieurs d’échanger, avec une bonne dose d’humour, sans stagner en surface, sur des sujets du quotidien comme leurs relations avec les femmes, leur salaire annuel et leurs investissements, ou encore leur rapport au succès, à la validation, à la foi, ainsi qu’à la hiérarchie, à la paternité et à leurs émotions.

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Âgés de 23 à 65 ans, ils sont joués par Manuel Tadros (en alternance avec Jean-François Casabonne), Paul Ahmarani, Mustapha Aramis, Neil Elias, Ariel Ifergan, Jean-René Moisan, Nour Shoukry et Antoine Yared.

Ils ont chacun leur personnalité, leur système de valeurs, leurs préoccupations et leur façon bien à eux d’être des hommes. Quand l’un des leurs vit des moments plus difficiles, ils sont aussi présents pour se serrer les coudes... à leur façon.

PHOTO FOURNIE PAR LE THÉÂTRE JEAN-DUCEPPE
PHOTO FOURNIE PAR LE THÉÂTRE JEAN-DUCEPPE

« Il y a pas mal de clashs. Ils sont tous très différents les uns des autres. Il y a un rapport à la religion qui est quand même différent entre les deux générations. Le rapport aux femmes aussi », a notamment souligné la dramaturge, qui cosigne cette mise en scène avec Jean-Simon Traversy, à l’Agence QMI.

Grande observatrice du monde qui l’entoure depuis qu’elle est toute petite, Nathalie Doummar, qui, pour créer ses personnages, s’est inspirée de sa propre famille – notamment de son jeune frère et d’un groupe d’amis d’adolescence –, a vu dans cette rencontre familiale un terreau fertile à explorer pour alimenter des réflexions et faire évoluer des débats de société.

« On parle beaucoup de féminisme et des déséquilibres entre les hommes et les femmes. C’est très présent dans le discours ambiant. Et c’est tellement complexe parce qu’il y a un éventail de façons d’être un homme », a-t-elle soutenu en entrevue, admettant que c’est ce qu’elle avait eu envie de mettre en lumière avec cette pièce.

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PHOTO FOURNIE PAR LE THÉÂTRE JEAN-DUCEPPE
PHOTO FOURNIE PAR LE THÉÂTRE JEAN-DUCEPPE

« J’avais envie d’aller décortiquer un peu, de dépeindre un portrait plus vaste, qui ressemble davantage à ma perception de la masculinité », a-t-elle ajouté, confiant ressentir parfois autant de désespoir face aux discours masculinistes que de tendresse à l’égard des hommes qui sont passés dans sa vie.

« J’ai autant de peurs que de tendresse. Je suis inquiète pour mes filles. Je suis inquiète pour mes droits. Mais je connais aussi des hommes qui sont tellement rassurants, qui sont de véritables complices, qui sont doux, qui sont solides dans ma vie », a-t-elle poursuivi.

Construite d’un heureux mélange de comédie et de dramatique, la pièce propose une incursion toute simple dans cette famille qui s’apprête à vivre un moment bouleversant.

« C’est ma première mise en scène. Et Jean-Simon Traversy, qui fait ça depuis très longtemps, a accepté de faire ça avec moi. C’est super parce que ça me permet de réfléchir avec mes acteurs sur certaines spécificités de la culture, qui est quand même particulière ».

PHOTO FOURNIE PAR LE THÉÂTRE DU RIDEAU VERT
PHOTO FOURNIE PAR LE THÉÂTRE DU RIDEAU VERT

L’auteur-compositeur-interprète Étienne Coppée signe, pour sa part, les intermèdes de la pièce. Faisant partie des meubles, un peu comme s’il était l’âme de ce chalet, il permet au spectateur d’atteindre la vulnérabilité des personnages avec la douceur de sa musique.

Notre critique

Une belle profondeur

Avec Frères, Nathalie Doummar présente non seulement un éventail assez fidèle des différents modèles masculins que l’on retrouve dans la société, mais démontre aussi l’étendue de son talent, écrivant aussi bien la comédie que le drame. Sa galerie de personnages, aussi multiples que savoureux, pose un regard lucide et bienveillant sur la masculinité contemporaine sans tomber dans la caricature, mais participant à une réflexion plus large.

Malgré quelques échanges qui s’étirent par moments, le rythme soutenu et les changements de ton judicieux parviennent à maintenir l’attention du spectateur tout au long des 105 minutes que dure la pièce, sans jamais l’alourdir. On assiste à des critiques et à des débats intelligemment amenés, qui surfent souvent sur la mince ligne du malaise et de l’inconfort sans toutefois la franchir. 

On en ressort plutôt en riant à gorge déployée, gracieuseté de Bob, l’excellent pivot comique qu’incarne Paul Ahmarani, un homme d’apparence aigrie et conservatrice. Manuel Tadros, ainsi que ses partenaires de jeu Neil Elias et Antoine Yared, qui campent ses fils, apportent quant à eux une belle profondeur.

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