Italie 2026: Mikaël Kingsbury est prêt à gagner pour ses derniers Jeux olympiques
Le king pourra skier pour la première fois devant son fils en Italie

Richard Boutin
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Alors qu’il s’apprête à s’élancer pour ses derniers Jeux olympiques en carrière, Mikaël Kingsbury est revenu sur ses différentes expériences depuis ses débuts en 2014 à Sotchi, où Alexandre Bilodeau avait défendu son titre olympique avec succès et le roi des bosses avait procuré un doublé au Canada.
Ouvreur de piste lors des Jeux olympiques de Vancouver en 2010, le roi des bosses a remporté l’or en 2018 à Pyeongchang ainsi que l’argent en 2014 à Sotchi et en 2022 à Pékin.
« Tes premiers Jeux olympiques, c’est comme lorsque tu vas à Walt Disney pour la première fois, image-t-il. C’est spécial quand tu reçois tes vêtements de l’équipe canadienne. Tu as regardé les Jeux à la télévision toute ta vie et c’est unique d’y participer pour la première fois. La pression se ressent. »

Alors que Bilodeau était le favori et le champion en titre en 2014, Kingsbury s’est retrouvé à son tour dans le siège du conducteur quatre ans plus tard. « Avant d’arriver en Corée du Sud, j’avais remporté 13 des 14 dernières étapes de la Coupe du monde, souligne-t-il. J’étais de loin le favori et le “poster boy” de l’équipe canadienne. C’était la médaille d’or, et rien d’autre n’aurait été à la hauteur des attentes à mon endroit. »
En 2022, la pandémie avait compliqué les choses pour tout le monde. « Ce fut des Jeux stressants, précise-t-il. On ne contrôlait rien. J’étais encore le favori comme en 2018. J’avais laissé certaines choses sur la table en misant sur des sauts avec un coefficient moins difficile que mes adversaires. »
Toute sa famille présente
À quoi s’attend Kingsbury pour ce dernier tour de piste sous les anneaux ? « Je sais que ça va être mes derniers Jeux et c’est vraiment différent des autres. Toute ma famille sera présente. Mon frère sera sur place pour la première fois. Ça va être le fun de skier devant eux. C’est spécial que tout le monde soit présent. Ça ne m’ajoute aucune pression supplémentaire. »

Habitué des Jeux, Kingsbury vivra deux premières en Italie. Il aura l’occasion de se produire devant son fils Henrik, né en août 2024, et la compétition en parallèle a été ajoutée à la programmation olympique, au grand bonheur des bosseurs qui auront deux occasions de se faire valoir.
Aux côtés de Kingsbury depuis ses débuts avec l’équipe nationale, Michel Hamelin a vu une évolution importante depuis que son protégé est devenu papa. « Mik est maintenant capable de décrocher plus facilement, explique-t-il. Il retourne à la maison entre les camps et s’occupe de sa famille au lieu d’être en attente du prochain camp. »
Hamelin note également une plus grande maturité. « Il prend des décisions plus intelligentes. Dans le passé, il aurait accepté plus difficilement de devoir se retirer d’une épreuve comme ce fut le cas à Ruka en début de saison. Il aurait voulu courir en Finlande, mais il a réalisé rapidement que c’était la bonne décision à prendre de se retirer. »
Hamelin estime qu’il s’agira des Jeux où Kingsbury se retrouvera dans le meilleur état d’esprit. « Parce qu’il ne cible pas le Globe de cristal et qu’il est plus mature, ça va être ses Jeux les plus sains, affirme-t-il. Il est prêt à gagner deux médailles. »
Les dernières bosses du king
Détenteur de presque tous les records imaginables en bosses et tout récemment auteur d’une 100e victoire en Coupe du monde en carrière, Mikaël Kingsbury laissera un héritage gigantesque quand il accrochera ses skis.
Avec 100 victoires en Coupe du monde, neuf titres de champion mondial, une médaille d’or olympique et 29 globes de cristal à son palmarès, Kingsbury a dominé son sport comme personne.
Alors qu’il tentera de devenir le premier bosseur à mériter une médaille dans quatre Jeux olympiques et de rejoindre Alexandre Bilodeau avec deux titres olympiques, Kingsbury identifie deux aspects dont il est particulièrement fier.

« Mon plus gros héritage est ma constance au fil des ans, mentionne-t-il. Dans le passé, le vainqueur du globe de cristal terminait au 10e ou 12e rang l’année suivante. C’était des montagnes russes. Je suis toujours demeuré dans le top trois avec des chances de gagner chaque année. Il est arrivé souvent que je n’étais pas rattrapable dès la mi-saison. »
« C’est plus facile d’atteindre le sommet que d’y rester, ajoute le bosseur de 33 ans. Je ne croyais pas être capable de le faire. C’est incroyable de rester aussi longtemps au sommet. Il y avait un petit stress l’été, quand je me retrouvais dans le gymnase. Je me demandais comment j’allais faire pour répéter les résultats de l’année précédente. »
Kingsbury a transformé son sport. « Ma mégafierté est d’avoir changé notre sport, affirme-t-il. La compétition et la préparation mentale ont complètement changé. Les autres pays ont copié nos méthodes d’entraînement et on avait toujours un pas d’avance. »
Où se situe-t-il parmi les plus grands sportifs de l’histoire ? Le Journal l’a consacré meilleur athlète du dernier quart de siècle lors d’un top 25 publié pendant la période des Fêtes.

« C’est difficile à dire... qui mérite le numéro un, quand tu te compares avec des athlètes comme Georges St-Pierre et Martin Brodeur, souligne-t-il. Je suis trop dans le moment présent pour y aller de comparaisons et, de toute façon, c’est difficile de comparer des pommes et des oranges. J’ai réalisé des choses spéciales que personne n’a réussies. Des choses que je me demande si on va revoir de mon vivant. »
Pas la grosse tête malgré ses succès
Malgré ses succès, Kingsbury est toujours demeuré d’une grande modestie. « Je suis resté la même personne qu’à mes débuts. Le succès ne m’a jamais monté à la tête. J’aime parler au monde et je suis très humble. J’en ai croisé des athlètes, au fil des ans, qui n’ont pas réussi le un dixième de ce que j’ai fait, et ils se croient les kings du monde. »
Michel Hamelin estime que Kingsbury se retrouve parmi le groupe très restreint des meilleurs athlètes de tous les temps. « Mik se compare aux plus grands des autres sports, affirme l’entraîneur de l’équipe canadienne. C’est comme si je coachais Tiger Woods. Dans un sport où il est très difficile d’être constant, Mik est l’athlète le plus constant de tous. »
Hamelin louange l’attitude du roi des bosses. « Mik laisse parler ses actions, autant dans le gymnase qu’en ski. C’est un gars innovateur. »
Coéquipier de Kingsbury depuis quatre ans, Julien Viel ne tarit pas d’éloges à l’égard du bosseur de Deux-Montagnes. « Mik est le meilleur athlète de tous les temps en sport individuel, affirme le vainqueur de la Coupe du monde de Val Saint-Côme en parallèle. Le deuxième est Tiger Woods. C’est beau de le voir. »
Viel dit s’être inspiré de Kingsbury. « J’avais 9 ou 10 ans, et il gagnait déjà des Coupes du monde. Je le voyais comme un modèle. Il a contribué à ma progression parce que j’ai eu la chance de me comparer au meilleur au monde. C’est une chance unique. J’aimerais le battre avant qu’il ne parte à la retraite. »