Italie 2026: Marion Thénault, la prodige envahie par la peur après une débarque
La sauteuse a su se relever après une blessure importante à la tête

Richard Boutin
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Médaillée de bronze aux Jeux olympiques de Pékin en 2022 à l’épreuve par équipe mixte alors qu’elle évoluait sur la scène internationale depuis seulement un an, la sauteuse Marion Thénault a vécu des moments difficiles dans son parcours vers Milan-Cortina.
« Le chemin menant à mes deuxièmes Jeux a été complètement différent, mentionne-t-elle d’entrée de jeu. À Pékin, j’étais nouvelle dans le sport et je découvrais cet écosystème. Ma naïveté comportait des avantages. »
Plus expérimentée, Thénault a toutefois dû composer avec de nouvelles réalités au cours du présent cycle olympique. « Il y a eu mes deux chutes et mes blessures à la tête ainsi que la pression de porter le maillot jaune de meneuse au classement de la Coupe du monde pour la première fois. Ce fut complètement différent, mais l’essence n’a pas changé. Ma passion est demeurée la même. »

Si vous connaissez moins son parcours, nous avons publié il y a an un reportage qui exposait pourquoi elle n’est pas une athlète comme les autres. Étudiante en génie aérospatiale, elle a commencé le ski acrobatique sur le tard et tente de devenir la première athlète carboneutre. Vous pouvez tout lire ça ici.
Une chute importante en décembre 2023 à Ruka en Finlande où elle a subi une commotion cérébrale a été très difficile à surmonter.
« Mon retour après ma chute a été vraiment difficile, souligne l’ancienne gymnaste. Quand je me suis réveillée après avoir perdu conscience, j’étais confiante de retourner au sommet, mais je ne savais pas c’était quoi les séquelles mentales d’une telle expérience.
« J’ai été envahie d’une peur envahissante et paralysante, de poursuivre Thénault. J’ai eu besoin d’un an pour me retrouver mentalement. J’ai effectué un travail significatif entre janvier 2024 et janvier 2025. Je suis plus forte. Je suis vraiment fière. Ce fut quatre années très formatrices et je suis très contente de mon cheminement. »
Pas de recette magique pour vaincre la peur
Thénault ne cache pas que la peur est encore au rendez-vous, mais elle parvient à la contrôler. « C’est un mythe de penser que la peur va disparaître et qu’il y a une recette magique, mentionne-t-elle. C’est important que tu sois patiente et que tu y ailles une étape à la fois. Pendant ma réhabilitation, j’ai appris la patience et la nuance.
« C’est long parce que tu ne connais pas la suite, de poursuivre Thénault. Si tu avais la certitude que tout rentrerait dans l’ordre, ça serait plus facile de patienter. Tu vis des doutes. C’est pourquoi ça rend le succès plus incroyable et que ça goûte meilleur. »

Cette fameuse peur a aussi des avantages. « La peur te permet d’être plus vive d’esprit, d’être plus aiguisée. Quand tu es dans les airs, tu es tellement concentrée que tu as l’impression que le saut dure 15 secondes alors que la durée n’est que de trois secondes. Tu es en parfait contrôle et c’est un sentiment incroyable. »
Le plus gros défi
Quel est le principal défi d’un athlète après une chute importante ? « Pour Marion, elle doit avoir confiance qu’elle peut exécuter le saut à son niveau, mentionne l’entraîneur-chef de l’équipe canadienne, Jeff Bean. La joie de gagner et l’esprit de compétition de Marion sont très forts. Quand elle est en mission, ça aide à surmonter les craintes. Les défis rencontrés vont nous aider aux Jeux. »
En décembre 2025 à l’entraînement, encore une fois en Finlande, Thénault a subi une deuxième commotion cérébrale. Absente en Chine pour la deuxième étape de la Coupe du monde, elle a renoué avec la compétition à Lac-Beauport en janvier et remporté la médaille de bronze lors de la première étape en misant sur des sauts comportant deux périlleux et non trois.
À Livigno où se dérouleront les épreuves de sauts et de bosses, Thénault a l’intention de sortir ses gros sauts bien au parfum que la tâche sera ardue. « Si c’était facile, ça serait plate et je ne le ferais pas. Ça me met au défi. Parce que le niveau est rendu tellement élevé, il n’y a pas une Coupe du monde où la gagnante n’a pas réussi un triple périlleux. »