Italie 2026: Kim Boutin, l'olympienne qui aide les jeune mères vivant des situations difficiles
La patineuse a débuté sa carrière dans le domaine de l'éducation spécialisée

Richard Boutin
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Incertaine du moment où elle accrocherait ses patins, Kim Boutin a vécu un véritable coup de cœur qui l’a rassurée lors d’un stage dans le milieu communautaire à l’automne 2023.
Ce stage à L’Envol, programme qui accueille sur la Rive-Sud de Montréal de jeunes mères jusqu’à 25 ans et leurs enfants, a permis à Boutin de retrouver des valeurs qui étaient enfouies en elle parce qu’elle évoluait dans un milieu ultra-compétitif.

« Tant que tu n’as pas vécu le quotidien des jeunes mères, tu n’es pas certaine d’être heureuse dans cet environnement », souligne-t-elle. « Il y a une part d’insécurité. Je me suis donnée à 100 % dans le patin, mais je ferai autre chose une grande partie de ma vie quand je vais me retrouver dans le monde réel. »
« Je sais maintenant que je vais être heureuse en éducation spécialisée », de poursuivre Boutin. « La clientèle est très diversifiée et les besoins sont grands. Je vais terminer mes études après ma carrière. »
Cette expérience auprès des jeunes mères qui vivent des moments difficiles a été salutaire pour la quadruple médaillée olympique. « C’est un travail où tu aides beaucoup les gens et cela m’a apporté de la sagesse et une ouverture à l’égard de mes coéquipières. Cette ouverture permet de développer une chimie d’équipe beaucoup plus forte. On se [re]connaît plus. »
Cette chimie améliorée aide dans les moments plus difficiles. « Quand tu vis un échec ou une déception, c’est rassurant d’avoir tout le monde autour de toi. C’est vraiment moins effrayant. »
Une Kim très différente
Responsable du stage de Boutin en plus de lui avoir enseigné lors de sa première session, Caroline Pinard estime que la patineuse se retrouve dans un domaine qui lui convient très bien même s’il est très différent du milieu du sport de haut niveau.
« La Kim compétitive sur la glace n’est pas celle qu’on voit à L’Envol », mentionne Mme Pinard. « Nous sommes dans un milieu simple, inclusif alors que Kim est une battante dans le sport. »
L’adaptation a été facile selon sa responsable de stage. « Kim est simple, authentique, facile d’approche et ultra-ouverte. Elle est empathique et va vers les gens. Elle possède une grande capacité d’observation et elle aime prendre soin des gens. Les gens s’attachent à elle. »
Mme Pinard comprend très bien que cette expérience aura été profitable à Boutin sur le plan personnel. « Elle a réalisé qu’elle n’était pas seulement une patineuse et qu’elle était bonne dans autre chose », explique-t-elle. « Elle a réalisé qu’elle était à sa place. Kim possède une belle fraîcheur et une belle candeur qui lui ont permis de s’intégrer facilement. »
Après les Jeux de Pékin en 2022, Boutin a fait l’impasse sur les étapes de la Coupe du monde de l’automne pour se concentrer sur son parcours en études spécialisées. Elle a couronné son retour en remportant l’or au championnat mondial de 2024 pour les 500 m, le premier titre de sa carrière.
Heureuse, Boutin avait prouvé qu’il était possible de concilier les études et les performances sur la glace. « Tu dois communiquer tes ambitions avec tes entraîneurs sinon tu ne seras jamais sur ton X, que ce soit dans le sport ou les études. On a réduit le régime d’entraînement et j’ai pu me fixer des objectifs réalisables. »
Convaincue d’avoir trouvé une carrière qui lui plaira, Boutin pense néanmoins garder un lien avec le patinage de vitesse. « Je vais terminer mes études, mais je laisse la porte ouverte. Le sport de haut niveau demeure une option. »
La plus grande fierté de Kim Boutin n’a aucun lien avec ses nombreuses médailles

Alors que le rideau tombera sur une belle et longue carrière d’ici quelques semaines, la patineuse de courte piste Kim Boutin identifie un aspect qui la rend particulièrement fière de son cheminement marqué de succès exceptionnels, mais aussi de moments très difficiles.
La plus grande fierté de Boutin n’est pas ses quatre médailles olympiques, son titre de championne du monde et n’a rien à voir avec ses performances sur la glace.
« Ce dont je suis le plus fière dans ma carrière est d’avoir démontré qu’il est possible d’être heureuse et de pratiquer un sport de haut niveau, exprime Boutin. J’ai trouvé cet équilibre et prouvé que je pouvais faire les deux. »

Triple médaillée aux Jeux olympiques de Peyongchang en 2018, Boutin est revenue bouleversée de la Corée du Sud où elle a reçu des insultes et des menaces de mort après sa médaille de bronze au 500m quand la favorite locale Choi Min-jeong a été disqualifiée. Elle a dû fermer ses réseaux sociaux pour se concentrer sur les trois autres épreuves.
Situation infernale
Si elle a complété la saison 2018 comme prévu et brillé de tous feux au cours de la saison 2019-20 avec neuf podiums, dont sept victoires, à son épreuve de prédilection du 500m, la native de Sherbrooke évoluait dans un cadre malsain malgré ses succès.
Ses efforts et la pression attachés à son désir brûlant de se retrouver sur la plus haute marche du podium lui ont fait perdre l’amour de son sport.
« J’ai bien performé, mais je vivais beaucoup d’anxiété en raison des menaces reçues, raconte-t-elle. Il a fallu que je fasse un gros travail pour me désensibiliser de l’anxiété de performance. Les yeux étaient braqués sur moi et le stress de performance était difficile. Je ne comprenais pas pourquoi je réagissais aussi fort. »
« Je n’avais pas le choix de modifier le cycle de quatre ans sinon j’aurais pété au froid, d’ajouter Boutin. Les comparaisons avec nos coéquipières que l’on vit au quotidien, ça peut devenir lourd. »
Une pause essentielle
Elle s’est accordé une longue pause avant les Jeux de Pékin. « En 2022, j’étais heureuse, mais je ne sentais pas que j’avais poussé la machine à fond pour performer aux Jeux, résume-t-elle. J’ai profité des Jeux pour vivre une belle expérience. Huit mois avant Pékin, je ne patinais pas. J’étais trop anxieuse pour sortir de chez moi. Manger était devenu difficile. »
« À Pékin, je n’avais aucun objectif de performance et je me disais advienne que pourra, de poursuivre Boutin. C’était déjà gros que je sois aux Jeux. J’étais prête physiquement, mais je n’avais pas eu la préparation optimale. J’étais contente de ma médaille de bronze. »
À Milan pour une expérience totale
Pour ses derniers Jeux, Boutin veut vivre pleinement l’expérience olympique. « Je ne veux pas être centrée uniquement sur ma petite personne, résume-t-elle. Je veux ressentir une énergie plus globale. Je veux avoir les yeux ouverts sur ce qui m’entoure. Je veux apprécier davantage chaque moment. Ce n’est pas évident quand ça va mal, mais c’est l’objectif. »
« Les performances sont importantes, de poursuivre Boutin, mais pas au détriment de l’expérience. Je veux avoir du plaisir. Il y a eu un petit relâchement physique au cours des deux premières années du cycle qui a été payant. J’ai foncé lors des deux dernières années en me disant que c’était mes derniers Jeux. »
Quadruple médaillée olympique, Boutin aimerait monter sur le podium au relais, elle qui a subi une commotion cérébrale et ressenti des malaises au dos dans les derniers mois menant à Milan Cortina.
« C’est incroyable, je n’ai aucune médaille au relais. J’aimerais vivre de beaux moments en équipe. »
À Pékin, le Canada se dirigeait vers une médaille au relais 3000m après une belle remontée, mais un dernier échange chaotique a permis à la Chine de se sauver avec le bronze. Le Canada avait été disqualifié en 2018 à Pyeongchang.