Iran: une guerre lointaine qui fait mal au portefeuille

Michel Girard
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Nous ne sommes pas en guerre. Nous ne dépendons pas du pétrole iranien. Le détroit d’Ormuz peut fermer sans bloquer une seule goutte d’essence destinée au Québec. Et pourtant, ce sont encore les automobilistes québécois qui écopent.
À des milliers de kilomètres du conflit déclenché par le président américain Donald Trump, la facture s’est rendue jusqu’à la pompe — sans détour.
En cinq jours à peine, la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran a fait grimper le prix de l’essence ordinaire d’environ 15 cents le litre, une hausse de près de 10 %. Résultat : dans plusieurs stations de la grande région de Montréal, le compteur dépasse maintenant 1,67 $ le litre, preuve que sur le marché du pétrole, la peur voyage toujours plus vite que le pétrole lui-même.
On est des victimes collatérales parce que le prix de l’essence au Québec est basé sur l’évolution des prix de l’essence au Port de New York. Pourtant le Canada est lui-même un gros producteur de pétrole.
Que le prix du pétrole canadien (Western Canadian Select) se négocie à escompte, soit 24 % de moins que le cours du Pétrole Brent (référence mondiale) ou 22 % de moins que le Pétrole WTI (référence américaine), ça n’a aucune importance pour déterminer le prix de l’essence vendue au Québec.
Bête de même ! C’est ça la mondialisation pétrolière, laquelle permet aux grandes sociétés pétrolières de se remplir les poches dès qu’un des pays producteurs réduit sa production, par la force ou pas.
SECOUSSES BOURSIÈRES
Le déclenchement de la guerre contre l’Iran risque-t-il d’entraîner la Bourse dans un nouvel épisode de « Bear market » où les grands indices boursiers chuteraient de 20 % ou plus par rapport à leurs récents sommets historiques ?
Si le prix du baril de pétrole devait exploser de 75 à 100 %, cela entraînerait vraisemblablement le monde dans une récession mondiale, qui, à son tour, pourrait entraîner la Bourse dans un marché baissier. Mais on est loin de ce scénario catastrophique.
Depuis l’attaque contre l’Iran, samedi dernier, le baril de pétrole Brent a bondi de 28,7 % (de 70,78 $ à 91,07 $), celui du WTI américain de 37,6 % (de 64,18 $ à 88,30 $) et celui du pétrole canadien WCS de 29,9 % (de 52,86 $ à 68,66 $).
Et on a eu droit cette semaine à des baisses boursières marquées. Au cours de la pire séance mardi dernier, les indices ont accusé, lors des creux de la journée, des reculs allant de 4 à 8 % face aux récents sommets. Voici les reculs en question :
- S&P/TSX Toronto : - 4,1 %
- S&P 500 New York : - 4,2 %
- Dow Jones : - 5,7 %
- NASDAQ : -7,9 %
Des rebondissements ont suivi par la suite... et d’autres baisses. La Bourse joue au YOYO.
L’actuelle tourmente boursière n’en serait qu’à ses débuts.
LE PASSÉ SERA-T-IL GARANT DE L’AVENIR ?
Si cela peut vous rassurer, sachez qu’il est très rare de voir les chocs géopolitiques (guerres et crises) déclencher un « Bear market ».
Le stratège en chef des actions américaines chez Morgan Stanley, Mike Wilson, affirme qu’historiquement, les événements de risque géopolitique n’ont pas conduit à une volatilité soutenue pour les actions, de rapporter le site américain MarketWatch.
À la fin des 12 mois qui ont suivi le déclenchement des 22 guerres et crises répertoriées dans le monde depuis 1950, le S&P 500 a bouclé la période avec 15 hausses (moyenne de + 19,3 %) et 7 pertes (moyenne de - 15,1 %).
Les plus lourdes pertes ont été enregistrées à la suite du déclenchement en octobre 1973 de la guerre de Yom Kippour (- 43,2 %) et du déclenchement en octobre 2001 de la guerre en Afghanistan (- 26,7 %). Les cinq autres baisses ont varié de 2,1 % à 12,3 %.
LE PÉTROLE SOUS HAUTE SURVEILLANCE
Le mot de la fin : il faudrait que les prix du pétrole augmentent fortement (75 % à 100 %) et de façon persistante, pour que la guerre contre l’Iran puisse entraîner la Bourse dans un scénario baissier et mettre en danger le présent cycle économique, laisse entendre Mike Wilson, le stratège de Morgan Stanley.
Souhaitons qu’il ait raison !