Intelligence artificielle: les cégeps toujours «dans le brouillard»
Une initiative vient d’être lancée pour mieux encadrer l’utilisation de l’IA en enseignement supérieur

Daphnée Dion-Viens
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À l’approche de la rentrée collégiale, les profs et étudiants attendent toujours des balises claires afin de mieux encadrer l’utilisation de l’intelligence artificielle et espèrent qu’une initiative lancée par Québec mardi permettra d’y arriver rapidement.
«Vaut mieux tard que jamais», laisse tomber Benoît Lacoursière, président de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), qui représente la majorité des profs de cégep de la province.
La ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry, a annoncé mardi la création d’une instance de concertation nationale sur l’intelligence artificielle en enseignement supérieur qui aura pour mandat de «développer une vision commune et [de] définir des principes directeurs de base à l’égard de l’utilisation responsable, éthique, durable et sécuritaire de l’IA en enseignement supérieur».
Des experts de même que des représentants des établissements, des étudiants et des syndicats participeront à cette instance. Aucun échéancier n’a toutefois été fixé.
Les syndicats d’enseignants et les étudiants, qui réclament des balises nationales depuis plus d’un an, accueillent favorablement cette initiative, attendue depuis longtemps. Ils espèrent maintenant que les travaux débuteront rapidement.
Explosion des cas de tricherie
Le temps presse, puisque les outils d’intelligence artificielle se sont multipliés au cours de la dernière année tout comme les cas de tricherie en classe, soulignent-ils.
Des enseignants rapportent maintenant avoir des doutes sur l’intégrité d’une forte proportion de travaux remis par leurs étudiants, pouvant aller jusqu’à 30% des copies dans certains cas, indique Youri Blanchet, président de la Fédération de l’enseignement collégial (FEC-CSQ).
Or le recours à ChatGPT et à d’autres robots conversationnels est toujours aussi difficile à prouver, si bien que peu de choses ont changé depuis un an dans le réseau collégial, affirme-t-il.
«C’est encore le brouillard et à géométrie variable», indique M. Blanchet.
L’encadrement de l’intelligence artificielle peut varier d’un établissement à l’autre, et même d’une classe à l’autre, puisqu’elle repose sur les épaules des profs, qui se sentent souvent bien seuls pour faire face à cette réalité, explique-t-il.
La Fédération étudiante collégiale dénonce aussi les «inégalités» persistantes dans le réseau à ce chapitre. «C’est incohérent qu’à un cégep, on nous enseigne l’utilisation éthique de ChatGPT, tandis que dans un autre, on fait référence à cet outil comme “celui dont on ne doit pas prononcer le nom”», affirme son président, Antoine Dervieux, qui estime que l’IA doit être vu considéré comme un «outil» plutôt qu’un «ennemi».
De son côté, la ministre Déry se défend de ne pas avoir agi assez rapidement. «C’est un travail qu’il fallait faire en étape», a-t-elle affirmé mardi en entrevue au Journal. Une journée de réflexion a été organisée en mai 2023 et un rapport sur les enjeux entourant l’IA en enseignement supérieur a été rendu public en avril, souligne-t-elle, estimant que les établissements sont maintenant mieux outillés qu’avant pour faire face à ces enjeux.
Mme Déry affirme par ailleurs être «très ouverte» à l’intégration de contenus concernant l’utilisation éthique de l’IA dans les cours de philosophie, comme le propose la Fédération étudiante collégiale.