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Ingrid Falaise unit sa voix à celle de Ruba Ghazal dans un cri du cœur lancé à la première ministre du Québec

Marie-Claude Doyle

2026-04-30T10:00:00Z

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Le 21 avril dernier, la cheffe parlementaire de Québec Solidaire, Ruba Ghazal, a lancé un cri du cœur à la première ministre Christine Fréchette dans une lettre ouverte, l’exhortant à agir concrètement afin de protéger les femmes et de mettre fin aux féminicides. Un appel qui a résonné chez plusieurs personnalités, dont Ingrid Falaise. Les deux femmes espèrent que cette prise de parole trouvera écho auprès du gouvernement.

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En seulement 48 heures, Ruba Ghazal a récolté plus de 600 signatures de personnalités de toutes les sphères pour sa lettre ouverte à la première ministre, Christine Fréchette. Parmi les signataires, on comptait Guylaine Tremblay, Fred Pellerin et Karine Vanasse. « J’ai été extrêmement touchée et même bouleversée par l’appui que ce cri du cœur a obtenu. Ça m’a fait comprendre que je ne suis pas la seule à être indignée face à autant de féminicides dans le Québec, en 2026. On est plusieurs — pas seulement des femmes, mais des hommes aussi — à partager cette indignation, à trouver que c’est insupportable qu’il y ait autant de femmes qui tombent aux mains de leurs conjoints ou ex-conjoints, parce qu’elles sont des femmes. » Le constat a de quoi donner froid dans le dos. Depuis janvier, on dénombre neuf féminicides au Québec, soit le chiffre total pour 2025. Le dernier en liste est survenu le 15 avril, jour de l’assermentation de la nouvelle première ministre du Québec, Christine Fréchette. « Si j’ai lancé ce cri du cœur, c’est pour demander à la première ministre du Québec, Christine Fréchette, la deuxième femme première ministre dans notre histoire, d’agir pour protéger la prochaine victime, qui est encore en vie pour l’instant », explique la co-porte-parole de Québec Solidaire. Ce que la politicienne demande est l’adoption de la loi Gabie Renaud, à la mémoire de cette victime, tuée l’an dernier par son conjoint, un multirécidiviste en matière de violence conjugale. La loi est inspirée de la loi de Clare en Angleterre, qui permet aux femmes d’avoir accès aux antécédents de violence conjugale de leur partenaire. La première ministre s’est d’ailleurs engagée devant son nouveau conseil des ministres, le 21 avril dernier, à l’adopter. « Elle a aussi dit qu’il y aurait plus de ressources, mais ce n’est pas clair combien. En ce moment, 50 % des femmes qui appellent à un centre d’hébergement se font dire qu’il n’y a pas de places. » Financer les maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale fait également partie des mesures proposées, tout comme la création d’un ministère des Droits des femmes et de l’Égalité. Cette demande n’a toutefois pas été concluante puisque madame Fréchette a décidé de conserver le Secrétariat à la condition féminine, qui n’a pas autant de pouvoir qu’un ministère.

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Dans son appel lancé à la première ministre, madame Ghazal a offert sa collaboration. « J’ai espoir que le fait d’avoir une femme comme première ministre pourra nous amener à aller de l’avant et à avoir de l’ambition pour les femmes, et à protéger leur sécurité. Dans le passé, il y a eu plein de dossiers, notamment pour mourir dans la dignité et pour l’équité salariale, qui ont permis des avancées parce qu’on a travaillé ensemble, les femmes, à l’Assemblée nationale, même si on n’était pas dans les mêmes partis politiques. Je pense qu’il n’y a pas de plus important enjeu que celui de prévenir les féminicides en travaillant encore ensemble, de façon non partisane. »

Ingrid Falaise : « C’est une urgence nationale »

Militant depuis des années contre la violence conjugale, l’autrice, animatrice, actrice et conférencière Ingrid Falaise est de ceux qui ont signé la lettre ouverte de la co-porte-parole de Québec Solidaire, Ruba Ghazal, adressée à la première ministre Christine Fréchette. Elle a aussi pris la parole le 21 avril dernier, devant les bureaux montréalais de cette dernière, pressant le gouvernement québécois à agir face aux nombreux féminicides survenus. « Je trouve ça bien que cet élan-là vienne du milieu politique. Ça a un impact parce que ce sont les décideurs, mais les décideurs, c’est aussi la population. On est plus de 600 à s’être mobilisés pour crier haut et fort que ça suffit et qu’il faut faire quelque chose », a-t-elle témoigné.

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Revendiquer des actions

Il y a des années, Ingrid Falaise aurait très bien pu faire partie des tristes statistiques. « On parle des féminicides parce que c’est fatal, mais on ne parle pas des tentatives de meurtre, des étranglements. Tout le contrôle coercitif qui est installé en amont, c’est de ça qu’il faut qu’on parle et il faut qu’on mette en place des outils de protection. Le constat est effroyable parce que ça fait 10 ans que j’en parle, que je fais des documentaires, des séries. J’ai fait beaucoup de prises de parole et il n’y a pas une journée qui passe sans que je reçoive un message d’une femme qui est prise au piège de la violence conjugale, du contrôle coercitif. »

Questionnée à savoir ce qui explique qu’on a l’impression de reculer plutôt que d’avancer par rapport aux mesures pour contrer la violence conjugale, elle mentionne que les politiciens doivent en faire une priorité. « Si c’était des hommes qui se faisaient assassiner par des femmes dans un contexte de violence conjugale, je suis certaine que des actions beaucoup plus rapides auraient été posées. Il va falloir que la première ministre du Québec nous place en priorité. C’est effroyable ce qui se passe. Depuis 2020, il y a eu 85 féminicides et 13 infanticides. C’est énorme ! C’est des chiffres criants ! Il y a eu des avancées, mais ce n’est pas assez. » Parmi les avancées, elle souligne l’implantation des bracelets antirapprochements, qui permettent de géolocaliser les personnes accusées de violence conjugale afin de protéger les victimes, mais également le fait qu’on ne parle plus de crime passionnel, mais bien de violence conjugale. « Mais il faut faire plus. On devrait mettre en place des tribunaux spécialisés. Il y a eu des projets pilotes pour ça, mais où en sommes-nous ? Je comprends que ce n’est pas facile et que c’est long parce que ça demande de changer un système déjà établi, mais son prédécesseur (François Legault) a laissé 250 millions de dollars à madame Fréchette pour qu’elle les utilise, alors utilisons-les et plaçons les femmes et les enfants en sécurité. Il faut que la première ministre reconnaisse que ça presse, que c’est une urgence nationale, parce que des femmes meurent. Elle a déjà dit qu’elle voulait agir, mais après ça, les paroles, je n’y crois plus. Il faut qu’il y ait des actions et c’est ce qu’on revendique. »

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Ses enfants conscientisés

Maman d’Émil, 8 ans, et belle-mère de Maël, 19 ans, et de Ilann, 14 ans, les fils de son mari Cédrik Reinhardt, Ingrid prêche par l’exemple. « Les enfants apprennent ce qu’ils voient. Chez nous, on est dans une relation totalement égalitaire, mon chum et moi, et les trois enfants à la maison sont très conscientisés. Ils ont des discours et des actions égalitaires. Ça fait partie de leurs valeurs fondamentales. C’est comme ça qu’ils vont grandir. Pour eux, les blagues sexistes n’ont aucun sens, et ils n’ont aucune difficulté à reprendre quelqu’un qui en fait. Mon fils de 14 ans joue dans une équipe de hockey mixte et c’est super. Il y a plein de gens qui ont des idées préconçues sur le féminisme, mais son but est d’être égalitaire. Pourtant, les femmes, on a toujours l’impression que nos droits peuvent être bafoués, et c’est ce qu’on voit chez nos voisins des États-Unis. C’est très important de réaffirmer nos droits jour après jour », conclut-elle. On peut entendre Ingrid à l’émission de Denis Lévesque au 98,5 le samedi, à Salut Bonjour, ainsi qu’au micro du balado Ingrid, Les Grandes Rencontres.

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