Ingérence étrangère: des Québécois victimes d’intimidation et de menaces de la Chine et l’Iran, selon la police
La Gendarmerie Royale mène actuellement des enquêtes à ce sujet au Québec


Sarah-Maude Lefebvre
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Des pays comme la Chine et l’Iran s’ingèrent dans la société québécoise et vont même jusqu’à intimider des citoyens, affirme la Gendarmerie royale du Canada qui mène actuellement plusieurs enquêtes à ce sujet.
«Il y a des gens dans certaines communautés du Québec qui ont peur pour leur vie. Ça nous préoccupe énormément», affirme le sergent d’état-major Danny Malone, de l’Équipe intégrée de la sécurité nationale (EISN) de la GRC.
Au cours des derniers mois, notre Bureau d'enquête est allé à la rencontre de ressortissants qui ont accepté de témoigner des représailles qu’ils craignent de subir de la part de pays étrangers ici, en sol canadien.
Une réalité parfois méconnue du grand public, mais qui n’étonne pas les policiers de la GRC qui enquêtent à temps plein sur de potentiels actes hostiles de différents pays dans la province.
«On a reçu des signalements de ressortissants d’origine chinoise qui se sentent menacés au Québec», illustre le sergent Nicolas Pilon, officier responsable par intérim des équipes stratégiques de l’EISN.
La Chine préoccupe toujours
L’ingérence étrangère ne vise pas que les individus, mais aussi les institutions québécoises.
«On a encore un gros travail à faire au Québec pour démystifier ce qu’est l’ingérence. On a beaucoup d’infrastructures essentielles, de sièges sociaux importants, ce qui fait en sorte qu’on est une cible pour différents États étrangers», affirme le sergent Nicolas Pilon.
L’ingérence chinoise demeure d’ailleurs un sujet de préoccupation majeur pour la GRC au Québec. «Ce n’est pas une tendance qu’on s’attend à voir disparaître bientôt», renchérit le sergent Malone.

Le corps de police affirme enquêter actuellement dans les milieux universitaires et scientifiques québécois à la suite de signalements reçus en lien avec le Programme des mille talents de la République populaire de Chine.
«C’est un outil qui est utilisé pour recruter des scientifiques renommés afin qu’ils donnent de l’information clandestinement, tant politique que militaire [à la Chine]», explique Nicolas Pilon, qui rappelle que le Québec possède plusieurs universités de «haut calibre».
Présumés «postes de police»
Par ailleurs, la GRC a bon espoir que l’enquête «extrêmement complexe» qu’elle mène actuellement sur deux présumés «postes de police» chinois au Québec connaîtra un dénouement.
«Mais ce qui est important pour nous, c’est la sécurité de la population avant tout», rappelle le sergent Malone.
«Le dépôt d’accusations criminelles n’est pas le gage ultime de succès en matière de sécurité nationale. Si une enquête se termine par des accusations, c’est bien, mais si ça se conclut plutôt par une perturbation [de la tentative d’ingérence], c’est aussi gagnant. La population ne le saura jamais, mais on aura réussi à la protéger», explique le sergent Malone.
Des actes de perturbation ont d’ailleurs été posés au cours de la dernière année en sol québécois, assure le corps policier.
«On a eu des dossiers qui ont fini en perturbation. L’objectif de la sécurité du public a été atteint, car les menaces ont été arrêtées», explique Danny Malone.
L’an dernier, l'ONG espagnol Safeguard Defenders a révélé au monde entier l’existence de présumés «postes de police» chinois dans une cinquantaine de pays, qui œuvrent notamment à traquer des ressortissants et à forcer leur retour en Chine.
La Gendarmerie royale du Canada a ensuite ouvert une enquête à ce sujet. Elle soupçonne notamment deux centres communautaires québécois, le Service à la Famille Chinoise du Grand Montréal et le Centre Sino-Québec de la Rive-Sud, d’être de présumés «postes de police», ce que ces derniers nient formellement. Les deux centres ont intenté une poursuite de 4,9 millions $ contre la GRC.
La GRC affirme ne pas considérer l’acquittement récent d’un ancien scientifique de l’Agence spatiale canadienne soupçonné d’ingérence étrangère comme un revers pour la sécurité nationale.
Wanping Zheng avait été arrêté par la GRC en 2021. Il était soupçonné d’avoir utilisé son poste pour favoriser les intérêts d’une entreprise chinoise de satellites.
Le juge qui a présidé son procès, Marc-Antoine Carette, de la Cour du Québec, a déclaré lors de son acquittement en avril dernier que le comportement de M. Zheng méritait d’être sanctionné, mais qu’il ne relevait pas de la faute criminelle hors de tout doute raisonnable.
«C’est sûr que notre objectif premier reste quand même une condamnation. Mais la perturbation a été là et ça a sensibilisé la population», a commenté à ce sujet le sergent Nicolas Pilon.
Selon ce dernier, la médiatisation de ce cas a entraîné une hausse des signalements en matière d’ingérence étrangère au Québec.
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