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Imprimé animalier: voici pourquoi ce motif rugit plus fort que jamais

Amélie Hubert-Rouleau

2026-04-14T10:55:00Z

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Pinterest l’avait prédit : l’esthétique inspirée du règne animal est là pour rester en 2026. En plus du léopard, on voit de plus en plus les imprimés python, tigre, zèbre, vache, dalmatien, poney. On plonge dans les raisons d’être de cette tendance sauvage et sa riche histoire.

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Joie, ludisme et maximalisme

Vue autant sur les passerelles des défilés printemps-été 2026 (chez Roberto Cavalli, Burberry ou Nina Ricci notamment) que sur des stars comme Rihanna ou, chez nous, Julie Bélanger, la tendance des motifs animaliers séduit plus que jamais. Selon Marie-Michèle Larivée, experte en tendances et chargée de cours à l’École supérieure de mode de l’UQÀM, cette omniprésence est cohérente avec le vent de nostalgie qui souffle sur la culture populaire présentement. « La nostalgie – celle des années 2000 notamment – est partout dans nos publicités et dans nos esthétiques », explique-t-elle.

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Même si les motifs animaliers ne sont jamais tout à fait absents de la mode, leur popularité actuelle est en quelque sorte le retour du balancier, après la période minimaliste de luxe discret (quiet luxury) qu’on a connu ces dernières années. Les imprimés inspirés des animaux ajoutent un côté ludique à notre quotidien et nos tenues. « On joue avec les matières et avec ce qui était considéré de mauvais goût ou dépassé. » Selon la chargée de cours, c’est cet aspect amusant ludique qui a grandement contribué à l’engouement pour ces imprimés.

Ils offrent aussi une sorte de bouffée d’air frais à notre quotidien qui peut être très anxiogène. « Il y a tellement de violences ou d’instabilités (économiques, politiques). Dans ce contexte, la mode peut agir à titre d’échappatoire, de moyen de s’évader. »

« J’observe un désir de retour à la nature, remarque quant à lui Guillaume Girard, chargé de cours en tendances et histoire de la mode au Collège LaSalle. Dans un monde ultratechnologique, on cherche à se reconnecter avec elle. » Celui qui détient également une formation en sociologie suggère que cette pratique vestimentaire pourrait être une façon inconsciente de retisser un lien avec le vivant. « Beaucoup de nos choix vestimentaires se font sans réflexion consciente. C’est rare qu’on s’habille le matin en se disant : “Aujourd’hui, je veux représenter telle chose” ».

Les origines des motifs animaliers

En étudiant l’histoire des motifs animaliers, on constate que leur signification et leur fonction a évolué selon les époques     ; autant que la place de la mode dans la société. « Porter une peau d’animal, notamment en Égypte antique, reflétait un certain statut social, un certain pouvoir », détaille Guillaume. Certains revêtaient notamment une peau de léopard, associée à la déesse Sheshat, souvent peinte vêtue dans cet habit. En portant des peaux de grands félins ou des tenues ornées de leurs motifs, on souhaitait aussi se rapprocher de ces divinités.

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Durant l’ère du Moyen-Âge occidental (entre les Ve et XVe siècle), certains portaient l’effigie du lion sur leurs vêtements, voulant ainsi signifier leur noblesse ou leur courage. « Au Moyen-Âge, les lois somptuaires limitaient ce que chacun pouvait porter, observe-t-il. Les peaux d’animaux, symboles de richesse, étaient réservées aux rois et aux reines. »

En Perse, pendant la période de Safavide (entre 1501 et 1736), on incluait souvent des motifs animaliers dans les tapis destinés aux gens qui occupaient un haut rang dans la société. « Ces motifs servaient de symboles aux significations religieuses, politiques ou culturelles », souligne Guillaume.

Dans les années 1800, les troupes de Napoléon décoraient leurs casques et leur équipement militaire de peaux de léopard ou de panthère pour évoquer l’image de la bravoure et de l’audace. Pendant cette époque, le militaire et homme d’État a voyagé en Afrique du Nord et a grandement contribué à populariser les motifs de grands félins en France.

Entre statut social et transgression

Il faut attendre les Années folles, période de libération sexuelle, pour que l’engouement pour ces motifs s’étende davantage. « En Occident, les imprimés animaliers tels que nous les connaissons aujourd’hui ont émergé très rapidement dans les années 1920 et 1930, période où la mode s’orientait vers une vision plus surréaliste », mentionne Darnell-Jamal Lisby, conservatrice adjointe de la mode au Cleveland Museum of Art, citée dans un article du média mode torontois Coveteur. La chanteuse et résistante française Joséphine Baker a notamment été l’une des premières stars de l’époque à populariser les motifs animaliers – dont le léopard.

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Puis, la haute couture s’en est mêlée. Dans les années 1930, Elsa Schiaparelli propose ses propres interprétations à saveur surréaliste, ouvrant la voie à la collection qui les propulsera véritablement dans la culture populaire : New Look, de Christian Dior, lancée en 1947. « Il y avait une robe qui s’appelait « Jungle », inspirée d’une des muses de Dior, Mizza Bricard », dit Guillaume. D’autres modèles, comme la robe de soirée en chiffon Africaine et la robe Reynolds, arboraient aussi l’imprimé léopard. « C’est une des premières fois que l’on passait de la peau à l’imprimé animalier dans la mode contemporaine », explique-t-il.

Au courant des années 1950 et 1960, on assiste à la montée en force de ces motifs et à leur « glamourisation ». « Beaucoup de manteaux en fourrure sont encore des symboles de statut     ; la peau de léopard, notamment, évoque l’ultraluxe, si on la compare à des fourrures de zibeline, de renard ou de lapin », révèle Guillaume. Pendant les années 1960, la Première dame des États-Unis Jackie Kennedy – une femme influente – contribue à leur essor en apparaissant souvent vêtue d’une veste en léopard. Puis, la tendance explose. Les imprimés animaliers se diversifient. « C’est à ce moment que les imprimés de zèbre et de tigre émergent davantage. » Pendant les Swinging Sixties, ces motifs demeurent surtout associés au pouvoir et à la bourgeoisie.

La dimension subversive et l’esthétique rebelle reliées aux motifs animaliers s’installent graduellement au fil du temps, alors que ceux-ci deviennent moins grand public. Dans les années 1970 et 1980, ils trouvent un nouveau souffle grâce aux mouvements punk et glam rock     ; Debbie Harry et Pat Benatar s’en font notamment porte-étendard. « Je pense au glam rock des années 1970, aux punks, aux drag queens, à David Bowie ou Mark Bolan, qui arboraient ces imprimés : on est vraiment dans l’idée de transgression », détaille Guillaume.

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Depuis ce temps, les imprimés animaliers n’ont cessé d’évoluer, se modulant en fonction des tendances de l’heure. Présents dans les années 1990, ils sont aussi remis au goût du jour la décennie suivante par Tom Ford, qui les associe à la figure de femme fatale, affirmée et « un peu aguicheuse ». Encore une fois, les imprimés animaliers évoquent l’idée de revendiquer la place qui nous revient.

Guillaume observe qu’« on est vraiment dans un renouveau » actuellement. Selon lui, le classique imprimé léopard, par exemple, cède désormais sa place à des motifs plus subtils comme le serpent. « On a souvent l’impression que la tendance revient, alors qu’elle est toujours un petit peu là, en trame de fond. Chaque décennie, on a des motifs animaliers, c’est juste qu’ils n’ont pas la même fonction et ils ne sont pas perçus de la même façon », résume le chargé de cours.

Une portée culturelle importante

Il est crucial de mentionner que les imprimés animaliers ont eu et continuent d’avoir une grande portée symbolique pour certaines communautés culturelles. Pendant les années 1970, les imprimés comme le léopard se sont ancrés dans la culture des communautés noires, notamment dans le mouvement de la blaxploitation. Ce genre cinématographique, conçu par et pour des artistes noirs, mettait de l’avant des personnages élégants dont les imprimés animaliers représentaient confiance, force et résilience.

Et encore aujourd’hui, dans certains textiles africains ou imprimés wax par exemple, « ces imprimés animaliers démontrent encore des symboles véritables de tradition, d’engagement communautaire. » Les motifs véhiculent certains messages ou certaines valeurs que ces communautés souhaitent préserver. « On a une vision tellement occidentale de la mode qu’on ne s’en rend pas compte. Dans certains tissus balinais, sur les bordures, on met des imprimés animaliers pour donner une signification spirituelle au tissu, pour représenter l’identité communautaire et la résilience culturelle à travers les animaux et la nature », fait valoir Guillaume. Dans nos contextes occidentaux, on a totalement désacralisé cette dimension spirituelle des motifs animaliers, détachant ces symboles de leur portée première.

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Identité unique

Historiquement, les motifs animaliers symbolisaient un certain statut social, l’idée de pouvoir, de la transgression et même une certaine sensualité. Mais la nouvelle génération de modeuses qui les récupère aujourd’hui s’en sert davantage pour montrer son unicité et son identité personnelle. On sort des codes traditionnels de la femme fatale ou de pouvoir pour s’affirmer dans tout ce qu’on est, en dehors de la binarité des genres et de ce qui est considéré comme kitsch ou à la mode. « Sur le plan de la mode, je pense qu’il n’y a plus de séparation au niveau des codes vestimentaires     ; et ce, même au travail », rapporte Marie-Michèle Larivée, chargée de cours à l’UQÀM.

Selon l’experte en tendances, les imprimés animaliers vont continuer de se réinventer dans les années à venir et de glisser tranquillement vers l’abstraction. Le faon, par exemple, pourrait être confondu avec une sorte de pois abstrait. « Cette abstraction est, selon moi, quelque chose qui va perdurer avec le temps. » Guillaume, lui, prédit que les motifs animaliers vont continuer de s’exprimer dans toute leur excentricité et dans des palettes de couleurs plus contrastées que celles des versions tempérées qu’on a connues dans les dernières années. « On va revenir à une expression plus concrète     ; je n’ai jamais vu autant de couleurs dans les défilés. On va recommencer à assumer les couleurs comme on le faisait », estime-t-il. La tendance des motifs animaliers est loin de s’essouffler     ; elle continuera à muer, d’une génération à l’autre, tout en exprimant nos paradoxes, nos désirs et nos identités.

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