Immersion dans le «March Madness»

Jean-Charles Lajoie
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Le Canadien ne sera pas des séries éliminatoires de la Ligue nationale de hockey. C’est connu depuis le tournoi de golf, alors aucune surprise ici...
Nous raccrochant à ce que nous pouvons, on a rapidement identifié la venue de Lane Hutson à Montréal comme un rayon de soleil dans une autre saison «sous un ciel variable», pour paraphraser Anne Boyer et Michel D’Astous.
Le fait est qu’hélas, le mirage Hutson ne risque pas de se traduire en vérité puisque le prolifique défenseur a inscrit le but vainqueur pour son club Boston «U», qui atteint le «Frozen Four», carré d’as du championnat universitaire américain de hockey sur glace.
S’il devait perdre en demi-finale, ce qui serait étonnant, Hutson pourrait rejoindre le CH à temps pour le match du 13 avril face aux Sénateurs d’Ottawa ainsi que ceux des 15 et 16 avril face aux Red Wings de Detroit.
Mais là n’est pas le point, puisque l’on sait qu’au pis-aller, Hutson sera le point de mire de l’ouverture du camp d’entrainement du CH en septembre.
La passion du sport universitaire
Ce week-end, je me suis rendu au «Elite 8», avant-dernière étape avant la grande finale du «March Madness» de basketball universitaire américain.
Après le Madison Square Garden en mars dernier, la finale de la région se déroulait cette année au TD Garden de Boston et opposait les Huskies de UConn aux «Fighting illini» de l’Université Illinois.
Comme si les champions nationaux défendants de UConn n’étaient pas déjà assez dominants, ils disputaient ce match à 1h30 de route du campus principal de l’université, imaginez...
L’Université Illinois se trouvant à plus de 15h de voiture, on comprend mieux pourquoi le Garden était tapissé du bleu blanc rouge de UConn.
Qu’importe, les partisans moins nombreux d’Illinois se sont quand même fait entendre, surtout en première demie alors que le match est demeuré juste un peu serré.
J’étais de ceux qui étaient rangés derrière Illinois et pas juste parce qu’ils étaient les «sous chiens». Ils alignent un certain Quincy Guerrier de Montréal-Nord, un autre produit de l’extraordinaire programme de basketball collégial du cégep de Thetford Mines.
Voir Quin se retourner et montrer le pouce en l’air lorsqu’il a entendu un Montréal bien senti et poussé avec le fort accent francophone a pratiquement été mon «highlight» de la fin de semaine.
Ça, et l’émouvante immersion au cœur du sport universitaire américain. Voir autant d’étudiants et d’ex-étudiants se déplacer, hurler pour et sous leurs couleurs, pour leur patrie, a quelque chose de poétique. De romantique.
Juste à ma droite, «court side» se trouvait un couple heureux et uni depuis plus de 50 ans. Ils ont voyagé tout le tournoi l’an dernier et font de même cette année. Ils visent un deuxième championnat national de suite. Ils sont «UConn» dans le cœur et dans le sang. Ils sont tous deux gradués de cette université du Connecticut et c’est en y étudiant qu’ils se sont rencontrés en croyant fermement se dire oui pour la vie.
Ils me trouvaient bruyant et fatiguant en début de match, c’était avant que je leur raconte la fabuleuse histoire de Quincy Guerrier. Amadoués et calmés, nous avons finalement passé un merveilleux moment et je sais qu’ils vont être à nouveau fous de joie lundi soir prochain lorsque UConn et son pivot de génie Donovan Clingan seront couronnés champions nationaux pour un deuxième printemps de suite.
Je ne sais pas combien d’entre vous avez déjà eu la chance de tremper dans une ambiance aussi délirante qu’une finale régionale de sport universitaire américain. Nous vivons un phénomène semblable ici au Québec avec le Rouge et Or et les Carabins. Semblable, mais pas identique.
L’effort que commande la naissance et le maintien des clubs sportifs sous la bannière de nos institutions d’enseignement au Québec est tel que l’on se demande souvent si le sport scolaire a un avenir et va survivre d’une année scolaire à l’autre.
Et pourtant, ce n’est qu’une question de culture. Il y a ici, chez nous, des gens aussi en moyens que de l’autre côté de la frontière.
La nuance est le culte voué l’éducation par les Américains. Ils y croient, ils portent les couleurs de leurs universités et ils savent, contrairement à nous, qu’ils ont le devoir de cotiser en dollars au succès de leur institution. Ici, on a encore trop tendance, hélas, à critiquer les gouvernements de ne pas en faire assez pour supporter notre jeunesse.
Je le déplore vivement encore ce soir, tout en saluant Robert Panet-Raymond, l’archétype du Québécois qui, avec sensibilité et intelligence, a compris la remarquable valeur associée au principe de supporter son alma mater, dans ce cas-ci l’Université de Montréal. Alors, n’est-il pas temps, partout au Québec, de nous dire collectivement que «l’heure est grave»?