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J’ai vu Imane Khelif gagner contre une autre femme

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Photo portrait de Jean-Nicolas Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2024-08-06T21:02:50Z

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PARIS | À la fois paria et héroïne, la boxeuse algérienne Imane Khelif participera à la finale olympique.

Le combat disputé en fin de soirée à Paris s’est terminé après les trois rounds prévus.

Les juges ont tranché en faveur de l’Algérienne de façon unanime.

Elle affrontait la Thaïlandaise Janjaem Suwannapheng, classée 6e au monde. Cette dernière avait un dossier de 14 victoires et cinq défaites en carrière.

Khelif se battra pour l’or vendredi, à 16h51, heure du Québec, contre la Chinoise Yang Liu, 32 ans.

Comme si toute cette histoire n’était pas assez folle, il faut savoir que Yang Liu est l’actuelle championne du monde. Elle avait remporté le dernier championnat après la disqualification de... la boxeuse Imane Khelif.

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C’était pratiquement plein au bouchon au stade Philippe-Chatrier, oui, oui, le mythique court central de Roland-Garros qui a été aménagé pour les finales de boxe.

Et la très grande partie de la foule était là pour Khelif, qui est devenue extrêmement populaire à Paris. Les estrades ressemblaient à une courtepointe de drapeaux algériens. Bref, peu de gens venaient vraiment pour les autres combats.

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La foule derrière elle

«Imane, Imane, Imane!» Dès qu’elle a été présentée, le stade a bondi. Comme avec Rafael Nadal quelques jours plus tôt avant qu’il affronte Novak Djokovic. Ça illustre plutôt bien le soutien de la foule à la boxeuse.

Dès le premier round, on voyait que son adversaire n’était pas intimidée. Ça ressemblait pas mal aux autres combats de la soirée.

Au deuxième round, l’Algérienne réussit à placer une bonne gauche. Suwannapheng est plus agressive et plus athlétique, mais Khelif esquive bien. On a un combat! On voit bien que Khelif a le dessus, mais on ne s’inquiète pas pour la sécurité de la Thaïlandaise.

Au dernier round, Khelif utilise sa puissance et réussit quelques combinaisons, dont une gauche plus puissante qui semble assurer sa victoire. La Thaïlandaise donne tout ce qu’elle a, mais ses attaques manquent la cible ou ne font pas fléchir l’Algérienne.

Et voilà, Khelif saute et danse sur le ring. Elle va en finale olympique.

Un objectif

Si la planète s’attendait à un K.-O., ceux qui suivent la boxe amateur n’étaient pas étonnés du contraire. Des 48 combats en carrière de Khelif, seulement six combats se sont terminés par knock-out.

«Comme tous les athlètes aux JO, je suis à Paris pour un objectif: la médaille d’or», a réagi, en arabe, la boxeuse quelques minutes après sa victoire devant beaucoup, beaucoup, mais beaucoup de journalistes. Ses propos ont été traduits au Journal par un journaliste de l’Agence de presse algérienne APS à mes côtés.

Dimanche, elle avait invité, lors d’une entrevue à l’Asssociated Press, la planète à stopper l’intimidation envers les athlètes.

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«Ça peut détruire des gens [...] Ça peut diviser, a-t-elle ajouté. Je suis en contact avec ma famille [...] J’espère qu’ils ne sont pas trop affectés. Ils s’inquiètent pour moi. Si Dieu le veut, cette crise va se terminer avec une médaille d’or et ce serait ma meilleure réponse.»

Les succès d’Imane Khelif ont pris des dimensions qui vont bien au-delà du sport. La droite et la gauche s’engueulent. La Russie et le comité international olympique s’engueulent. Les scientifiques s’engueulent. Tout le monde s’engueule.

Quel débat?

Le problème, c’est que beaucoup de gens participent au débat sans avoir fait leurs recherches, et ça rend le débat avec eux inutile. Pourtant, il y a effectivement de sérieuses questions à se poser, mais peut-être pas celle que certains se posent.

Le Boston Globe a par exemple qualifié Imane Khelif de trans, avant de s’excuser, illustrant à quel point le débat partait tout croche. Si elle était trans, c’est évident que ça ne ferait aucun sens qu’elle boxe contre d’autres femmes de son poids. C’est une question de sécurité des athlètes.

Mais elle n’est pas trans. Il faut encore le répéter, mais Imane Khelif est une femme. Elle est née femme. Tout simplement. C’est pourquoi elle peut boxer aux Olympiques. Son père s’est résigné à montrer son certificat de naissance à la télé, car il n’en pouvait plus.

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Née femme, élevée comme une femme, passeport de femme et qui fait du sport en tant que femme depuis des années. «C’est une définition claire d’une femme. Il n’y a jamais eu le moindre doute à ce sujet», a souligné Thomas Bach, le président du CIO. Voilà pourquoi elle peut se battre aux JO, tout simplement. Parce que c’est une femme.

«Nous ne contribuerons pas à des débats politiques et les discours de haine sur les réseaux sociaux sont inacceptables», a-t-il ajouté, pour défendre la boxeuse.

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Parlant de politique, Donald Trump a récupéré cette histoire en promettant qu’il «exclurait les hommes des compétitions de femmes» s’il était élu en novembre.

Et l’histoire de testostérone maintenant.

L’athlète de 25 ans a commencé à boxer sérieusement en 2018. L’année suivante, elle terminait 33e au Championnat du monde. Son début de carrière était excellent, mais pas incroyable non plus. Elle a perdu neuf de ses 36 premiers combats amateurs.

Mais en 2022, elle a commencé à s’imposer pour grimper jusqu’au 2e rang mondial. Elle n’a pas perdu à ses 12 derniers combats (incluant celui de mardi).

En 2023, quand sa carrière a bien pris son envol, après la demi-finale du Championnat du monde, elle a été disqualifiée pour avoir échoué à un test d’admissibilité de genre mené par l’Association internationale de boxe (AIB), qui organise le Championnat du monde de boxe amateur.

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Bon, ici, on peut se dire: même ceux qui s’occupent de la boxe trouvent que ça n’a pas de bon sens. Mais ce serait encore de ne pas faire ses recherches.

Premièrement, on ne sait rien sur la nature exacte des tests. Et l’AIB n’a pas voulu en dire davantage. S’il y avait eu dopage, on le saurait. Donc ce n’est pas ça. Ce serait donc un taux élevé de testostérone.

Deuxièmement, l’AIB, ce ne sont pas des champions, disons. L’an dernier, le CIO a décidé d’arrêter de reconnaître l’AIB, comme si ça n’existait pas tellement que c’était tout croche. La boxe aux JO de Paris est donc gérée par le CIO.

L’AIB gérait la boxe aux Jeux de Pékin, Londres et Rio. Les 36 juges et arbitres ont été suspendus après une enquête pour corruption. Certains ont été réintégrés au cas par cas.

Ça ne va pas bien

L’ancien président de l’AIB, qui y fut durant 11 ans, jusqu’en 2017, a été lié à des histoires de malversations financières. Celui qui l’a remplacé a été accusé par les autorités américaines d’être un parrain de la mafia russe et d’être un baron mondial du trafic d’héroïne.

L’actuel président (depuis 2020) est l’oligarque russe Umar Kremlev, un proche de Vladimir Poutine. L’AIB serait encore financé par la société russe Gazprom. Kremlev est soupçonné depuis plusieurs mois de vouloir déstabiliser l’organisation des Jeux de Paris. Il a qualifié Thomas Bach, président du CIO, de «sodomite en chef». Il a aussi suggéré aux athlètes russes à Paris de ne jamais retourner en Russie et exige une enquête sur la corruption du CIO.

Bref, vous comprenez qu’il y a beaucoup de politique derrière tout ça.

Selon le CIO, le test de l’AIB était illégitime et non crédible. Le CIO a aboli ce type de test il y a 25 ans, car c’était imprécis et déshonorant.

Ce qu’il faut savoir, aussi, c’est qu’Imane Khelif peut très bien avoir un taux de testostérone anormalement élevé. C’est très fréquent. «De nombreuses femmes peuvent avoir un taux de testostérone égal à celui des hommes», a expliqué Mark Adam, porte-parole du CIO, au média britannique The Guardian.

La question, ainsi, le journal Le Monde l’a posée très franchement sur sa une: à quel point faut-il prouver qu’on soit une femme pour participer aux JO?

Car si ce n’est plus d’être une femme depuis toujours, c’est quoi? Une femme qui a involontairement un haut taux de testostérone se retrouve où?

Ce n’est sûrement pas la faute d’Imane Khelif, en tout cas.

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