Ils sont fous, ces républicains


Luc Laliberté
Partager
Je couvre la politique américaine dans les médias depuis une vingtaine d’années et j’enseigne l’histoire de ce système politique depuis plus longtemps encore. Pourtant, je ne me souviens pas de la présence au sein d’une des deux grandes formations politiques d’un aussi grand nombre de candidats incompétents ou infréquentables.
Je veux bien qu’on invoque la polarisation ou la présence d’une faction progressiste jugée trop radicale au sein du Parti démocrate, il est malgré tout sidérant de constater que plusieurs électeurs s’apprêtent à voter pour ce qu’on appellerait ici, faute d’une meilleure expression, des «poteaux».
Ce n’est pas rare qu’une formation moins bien nantie, ou n’aspirant pas à prendre le pouvoir, recrute des candidats ou des candidates uniquement pour s’assurer d’avoir une représentation dans toutes les circonscriptions.
Il arrive parfois qu’une de ces recrues, à son grand étonnement, parvienne à se faire élire. Mieux encore, mais très rarement, ces «vainqueurs malgré eux» deviennent de bons représentants pour leurs concitoyens. Pensons ici à Ruth Ellen Brosseau.
Bras d’honneur
Pour les élections de novembre, le contrôle des deux chambres est en jeu. Les républicains devraient reprendre la Chambre des représentants, et la balance du pouvoir au Sénat se jouera sur le fil du rasoir.
C’est ce qui rend inquiétante la proportion démesurée d’hurluberlus, de complotistes et de candidats qui ont des démêlés avec la justice. Un peu comme si le Parti républicain servait un gigantesque bras d’honneur à la démocratie.
La caricature de cette manne peu glorieuse est sans aucun doute Herschel Walker. Celui qui n’est qu’à trois points de son rival démocrate présente toutes les caractéristiques pour lesquelles une carrière politique devrait échouer.

L’ancienne gloire du football n’a aucune compétence, il ment comme il respire et sa vie personnelle révèle un penchant pour la violence. Menacer sa conjointe à la pointe du fusil devrait suffire à discréditer n’importe qui.

Ajoutons à ce sombre tableau une hypocrisie flagrante sur la question de l’avortement. Il est contre, même en cas de risques pour la santé de la mère, mais il a payé pour celui d’une de ses maîtresses.
Autre «champion toutes catégories», Blake Masters, protégé de Donald Trump. Le candidat de 33 ans a déjà défendu les écrits d’un nazi et il fait la promotion de la théorie du grand remplacement.
Ses coffres sont bien garnis en raison des généreuses contributions de Peter Thiel, géant de la Silicon Valley. Thiel est le même homme qui a affirmé que liberté et démocratie sont désormais incompatibles.
S’il faut réserver une part du blâme au Parti démocrate pour son incapacité à élargir sa base, le Parti républicain semble ne plus avoir de morale ou d’éthique.
Je suis inquiet pour l’avenir du Parti républicain, mais surtout pour l’avenir d’un pays que j’affectionne. Nous devrions tous l’être. Nous ne pouvons que pâtir du fait que notre principal allié soit aussi près du chaos et aussi sensible à une possible dérive autoritaire.