«Ils sont aussi fragiles que nous»: la santé mentale, un enjeu important pour les athlètes

Laurence Morin
Partager
Si les athlètes olympiques performent, accomplissent des exploits inspirants et remportent des médailles, ils restent avant tout des êtres humains. Même au plus haut de leur carrière, ces athlètes subissent un lot de défis sur le plan psychologique.
La pression, les entraînements, l’épuisement professionnel, les compétitions, les médailles... Tous ces facteurs peuvent aggraver la santé mentale de ces sportifs si convoités.
Bien qu’ils donnent l’impression d’être «surhumains» à accomplir des exploits exceptionnels, ils restent des «êtres humains», commente le docteur en psychologie du sport, Sylvain Guimond, en entrevue à TVA Nouvelles.
- Écoutez la chronique de Marianne Bessette, journaliste à la recherche via QUB :
Une pause pour Simone Biles
La gymnaste Simone Biles, qui a remporté trois médailles d’or à Paris, est un bon exemple que faire un pas en arrière pour prendre soin de sa santé peut être bénéfique pour le futur.
Celle qui a renoncé à plusieurs épreuves aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021 a été la première à avoir brisé le tabou de la santé mentale des sportifs de haut niveau.
Elle a d’ailleurs publié une photo d’elle sur Instagram, la semaine dernière, assise les jambes croisées et les yeux fermés, avant une épreuve aux Jeux olympiques. Sous l’image, elle a écrit: «La santé mentale est importante».
«Ils sont aussi fragiles que nous»
En effet, prendre soin de sa santé mentale est important, et ce, pour «tout le monde», même les athlètes, précise le docteur en psychologie du sport.
L’athlète américain, Noah Lyles, a lui aussi partagé sur Twitter les problèmes qu’il affronte tous les jours en tant que sportif de haut niveau.
«J’ai de l’asthme, des allergies, de la dyslexie, un TDAH, de l'anxiété et de la dépression, a-t-il confié. Mais ce que tu as ne définit pas ce que tu peux devenir. Pourquoi pas toi!», a-t-il ajouté.

Biles, qui a décidé de prendre une pause pour revenir plus forte, souligne qu’il est «normal d’avoir des problèmes de santé mentale».
«Ils sont aussi fragiles que nous, on peut l’être», déclare le Dr Guimond, notant qu’ils ont la chance d’avoir accès à des ressources pour les aider à remonter la pente.
Simone Biles est «l’exemple idéal» qui prouve qu’on «peut tous s’en sortir et qu’on peut s’en sortir grandi», indique-t-il.
Une preuve de «courage»
Se confier sur ses problèmes de santé mentale, en tant qu’athlète de haut niveau, est une preuve de «courage», avance le médecin.
Il est important de demander de l’aide et se retirer, si les problèmes sur le plan psychologique sont trop grands, souligne-t-il.
La «peur de décevoir»
Dans le cas de Simone Biles, celle qui avait seulement 19 ans au moment des faits, avait «peur de décevoir», alors que la «barre était très haute».
La pression et l’anxiété que les athlètes s’infligent les poussent à craindre le futur. «Ils ont peur de décevoir [...] Ils envisagent le futur comme quelque chose d’épeurant, dans lequel on ne veut pas faire face», soutient Dr Guimond.
Lorsqu’ils frappent ce mur, l’anxiété peut vite se tourner en dépression. «Notre corps en peut plus et là une dépression s’installe», ajoute-t-il.
Lorsqu’ils réalisent qu’ils ont besoin d’aide et qu’ils se retirent, ils reviennent simplement «plus forts».
Des athlètes «invincibles»
Il est encore plus difficile pour ces sportifs de haut niveau d’admettre qu’ils ont besoin d’aide. «C’est encore plus difficile pour ces gens-là, parce qu’on les voit comme s’ils étaient invincibles, commente le spécialiste. Sous leur armure, il y a une fragilité», poursuit le médecin.
Le docteur affirme qu’il est important qu’ils se fixent des objectifs différents et, surtout, atteignables. «On veut un objectif spécifique, mesurable, atteignable et amusant», émet le Dr Guimond.
L’importance de s’amuser
Bien qu’ils sont aux Jeux olympiques et que le but est de remporter des médailles, il faut avant tout en profiter. «Il faut s’amuser avant de performer. On performe toujours mieux quand on est heureux», précise Sylvain Guimond.
Ce ne sont pas seulement ces athlètes renommés qui vivent l’anxiété de performance, mais également des jeunes sportifs. «Souvent, la pression peut venir de l’extérieur, par exemple, de leurs parents», mentionne-t-il.
Il ne faut pas «démolir l’athlète pour le rendre plus fort», mais bien de «le supporter et l’encourager», conclut le docteur en psychologie du sport.
Voyez l'entrevue complète avec Sylvain Guimond ci-dessus.