Il travaille 7 jours sur 7 pour rembourser l'argent volé dans son compte BMO
Quand les fraudeurs s'attaquent aux plus vulnérables, les conséquences sont terribles.


Valerie Lesage
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En dix ans, de 2011 à 2021, le nombre de fraudes au pays a augmenté de 93% selon Statistique Canada et les pertes des Canadiens s’élèvent à 16 milliards $ en cinq ans. Le Journal vous présente trois témoignages.
Ali Khalaf vit dans un appartement où il n’y a qu’un fauteuil pour dormir et il travaille sept jours sur sept depuis le début de juillet à cause des 3000$ qu’un fraudeur a volés dans son compte chez BMO.
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«J’imaginais une autre vie ici... Au Liban, on pense que le Canada est le paradis, mais... Peut-être que c’est juste moi qui suis malchanceux», dit l’homme de 25 ans, arrivé au Québec il y a trois ans comme étudiant étranger.
Dans la terrible explosion au port de Beyrouth en 2020, sa famille a perdu un logement. Ali est alors venu ici pour faire une maîtrise en génie. La bourse que son pays devait lui verser ne lui a jamais été donnée. Sans le sou, il a dû abandonner Polytechnique. Il a trouvé un programme moins cher: un DEP en secrétariat, et pendant quatre mois il a travaillé sept jours sur sept dans une usine et une épicerie pour amasser les 22 000$ de frais de scolarité. Après avoir reçu son diplôme, il s’est trouvé du travail dans un laboratoire.
Fraudé en installant l'application mobile
À la fin de sa journée de travail le 9 juin, il a tenté d’installer l’application mobile de BMO sur son nouveau téléphone cellulaire. Après plusieurs tentatives infructueuses, il a reçu un texto indiquant que sa carte était bloquée, avec un lien vers un site web qui avait toutes les apparences de celui de BMO. À ce moment, il a inscrit son numéro de carte débit et son mot de passe, avant de recevoir un courriel lui indiquant que 3000$ avaient été virés vers un compte inconnu.
«Si j’avais reçu un message comme celui-là à un autre moment, j’aurais soupçonné une fraude, mais alors que j’étais en train d’essayer d’installer leur application? Je pensais forcément que c’était la banque!» se désole le jeune homme.
«Ce n’est pas juste mon erreur! Il y a la négligence de la banque, qui n’a pas réagi en me voyant essayer 50 fois d’entrer dans l’appli. Ne pas m’appeler, ni m’envoyer [un vrai] message, ni bloquer mon compte: ça a généré mon erreur», plaide-t-il.

Vivre dans le vide
Quand la fraude est survenue, Ali venait de déménager dans un nouveau logement et il avait commandé des meubles, afin de se préparer à la venue de son épouse libanaise, qui viendra vivre avec lui en septembre. Il a dû annuler ses achats faute de fonds et recommencer à faire des heures supplémentaires pour payer sa dette.
Ali a porté plainte à la police, qui, faute de pistes d’enquête, a classé le dossier «inactif». Il s’est plaint chez BMO et a escaladé trois niveaux pour se faire refuser tout remboursement, sous prétexte qu’il aurait contribué à l’utilisation non autorisée de son compte bancaire.
Le 16 juillet, désespéré par ses démarches vaines, il s’en est remis à l’Ombudsman des services bancaires et d’investissement, qui donne rarement raison aux clients.
Chez BMO, on redit au Journal que «la protection des comptes est un partenariat entre les clients et leur banque et qu’il incombe au client de protéger à tout moment les informations relatives à leur compte».
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