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Il faut être cinglé pour être un libéro

François Robert, Gestev
Photo portrait de Jean-Nicolas Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2026-06-06T04:00:00Z

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Toi, tu fais quoi dans la vie ? Moi, les gens « smashent » vers ma face un ballon en cuir à 130 km/h. J’ai une demi-seconde pour ne pas qu’il me brise le nez et je dois ensuite le faire rebondir vers mes amis, avant que ça recommence. Profession : libéro au volleyball.

Dans toutes les positions sportives de la planète, celle-là arrive pas mal dans le top des plus difficiles, à mon avis.

J’ai passé mon mercredi soir au Centre Vidéotron pour aller voir le match des meilleures joueuses américaines de volleyball affronter les meilleures Canadiennes. C’est dans le cadre de la prestigieuse ligue des Nations.

Ça se joue jusqu’à dimanche. Le Canada croisera le fer avec la France samedi après-midi et avec le Japon dimanche en soirée.

François Robert, Gestev
François Robert, Gestev

Je ne suis pas du genre à faire de la pub gratuite. Mais si vous avez 35 $ de lousse, allez voir ça. C’est hallucinant. En quelques secondes, je suis devenu un fan de volleyball féminin. Je vous le jure.

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Il y a déjà 9000 billets de vendus pour le match Canada contre France. Ça risque d’être un méchant party.

Oui, ce qui frappe quand on voit le terrain, c’est la grandeur des athlètes. C’est évident. Une femme de 6 pieds 7 pouces, c’est assez impressionnant.

Surhumaines

Et quand on voit qu’elle est agile comme un chat, là, on réalise à quel point nous avons devant nous des athlètes qui semblent venir d’une autre galaxie.

Photo Stevens LeBlanc
Photo Stevens LeBlanc

Regardez l’historique de chaque joueuse, de chaque équipe. C’est assez impressionnant.

Une Canadienne est la fille d’un ancien Lakers, une autre est la sœur d’un joueur de la LNH, une Allemande de 19 ans est la fille d’un joueur légendaire, maintenant âgé de 44 ans, qui est encore dans l’équipe nationale... Une bonne partie des joueuses sont nées avec des capacités athlétiques hors-norme.

La folie pour ce sport

Si on entend moins parler de volleyball professionnel féminin au Québec, il faut comprendre que presque la totalité des joueuses en action ici n’a pas besoin de présentation ailleurs.

Elles empochent des belles sommes d’argent pour vivre du volleyball que ce soit en Europe, en Asie ou aux États-Unis. La crème de la crème, ça peut atteindre les sept chiffres. Une très bonne Canadienne peut aller chercher quelques centaines de milliers de dollars avec son club professionnel.

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François Robert, Gestev
François Robert, Gestev

Parce que le volleyball féminin, ça cartonne ! En Turquie ou en Italie, c’est la folie. Au niveau universitaire américain, pareil.

« Le volleyball féminin n’est pas un sous-produit du volleyball masculin. C’est un sport incroyable en soi », commente Gilles Lépine, président du comité organisateur de l’événement.

Les doigts croches et les réflexes de chat

Gilles Lépine a bien beau avoir 71 ans, il avait l’air d’un gamin après la victoire du Canada contre les États-Unis, mercredi soir.

Lui, c’est Monsieur volleyball au Québec, si ce n’est pas au Canada.

Après avoir été trop fort comme athlète avec le Rouge et Or volleyball, il a dirigé les équipes masculines et féminines, en plus de diriger le programme d’excellence du Rouge et Or, en plus de diriger le réseau sports-étude de la région, en plus d’aller gérer les sports à l’Université de la Colombie-Britannique. C’est aussi lui que vous entendez à la télé lorsqu’il y a du volleyball aux Olympiques. Il a aussi été l’instigateur du populaire mini volleyball au Québec. Il a déjà reçu plein d’hommages et de distinctions durant son inarrêtable carrière. Mais ça valait la peine d’en reparler car c’est un grand monsieur pour le sport au Québec.

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Photo Stevens LeBlanc
Photo Stevens LeBlanc

C’est lui qui m’a interpellé sur les capacités surnaturelles des libéros.

« Elles ramassent des balles inimaginables en une fraction de seconde ! » m’a-t-il lancé.

Effectivement, ça prend une demi-seconde (500 millisecondes) avant qu’un smash parte de l’adversaire pour toucher le sol.

Millisecondes

Le premier 120 millisecondes, c’est ce dont le cerveau a besoin pour voir ce qui arrive, avant de bouger. Puis, en 380 millisecondes, le libéro (celui qui reçoit le ballon) doit se placer pour recevoir le ballon.

Pour un athlète normal, ça prend 400 millisecondes. Or, une étude du Sport Journal a exposé qu’un athlète professionnel de volleyball était capable de le faire à 347 millisecondes.

Steve Kingsman / Steve Kingsman Photography Richard Boutin
Steve Kingsman / Steve Kingsman Photography Richard Boutin

Et si tu clignes des yeux au départ (un réflexe normal car un ballon t’arrive dans la face à 130 km/h) ?

« Oublie ça, c’est fini », réplique M. Lépine, en riant.

Des filles sautent aussi à plus de 3 mètres de haut. Même un kangourou peine à faire ça. Pensez-y, c’est plus haut qu’un bus scolaire.

Ayoye, tu me fais mal !

Je voyais tout ça et j’imaginais toutes les blessures. Aux chevilles notamment. Ou aux doigts. Un ballon en cuir à cette vitesse, c’est sur qu’il peut envoyer ton index dans un sens qu’il ne devrait pas.

François Robert, Gestev
François Robert, Gestev

« Oui, ça arrive. Les filles vont se le replacer ou prendre du ruban pour fixer ce doigt avec d’autres qui vont dans le bon sens. Parfois, ça revient correct, d’autres fois, le doigt reste comme ça », ajoute M. Lépine, en me montrant un de ses doigts qui ne semble clairement pas avoir apprécié sa carrière de volleyball.

Bon, je vous le dis. Il y a un batinse de show à voir à Québec ce week-end.

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