Jean L’Italien est solide dans le rôle d’un homme d’affaires dur et imprévisible dans le nouveau thriller Prescott d’illico+.
Nous lui avons parlé en marge du visionnement des deux premiers épisodes, en lui soumettant qu’il pourrait, grâce à sa prestation dans la peau de Gilles Meunier, être nommé au prochain Gala des prix Gémeaux pour un prix d’interprétation. Il a souri.

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C’est un personnage dur, dangereux même, Gilles Meunier. Il n’est pas unidimensionnel pour autant, n’est-ce pas ?
Pas du tout ! Gilles est un serpent qui veut du pouvoir. Il joue une game parce que, oui, il est dur, mais pour cacher sa faiblesse.
Gilles a une façade, en quelque sorte ?
Oui, lors d’un deal d’armes qui tourne un peu mal, j’ai voulu montrer son petit côté garçon. Le petit cul qui est effrayé. Et il fallait qu’il ait l’air idiot à des moments. J’adorais ça. Pour moi, c’est une écriture de ma part.
Ah oui, expliquez-nous ça, s’il vous plaît ?
J’écris dans l’écriture. Un comédien fait partie de la sculpture. C’est une matière dans la matière ou le match dans le match, comme dirait Martin St-Louis (rires).

C’est quand même un méchant comme on aime en détester...
Il répète ce que son père a fait, mais moi, la façon dont je le vois, c’est que ce n’est pas quelqu’un qui est une boule de méchanceté. C’est une victime de son éducation. C’est-à-dire qu’il vient sûrement d’un milieu rough.
Et qui a transmis ça à son fils Shawn...
Absolument ! C’est la répétition de gestes violents, ça fait partie d’un cycle de violence.
C’est dur, tout de même, comme univers...
C’est raide au départ, mais dès l’épisode 3, c’est l’éclaircie et on découvre des êtres profonds qui ne l’ont pas eu facile. Bref, on ne coule pas des gens dans le béton tous les jours...
Vous avez des scènes de sexe assez crues avec Caroline Néron...
Quand on tournait ça, j’ai dit au réalisateur que ce serait bien que ce soit un peu raté de la part de Gilles... Mais lui, il pense qu’il est un héros au lit ! (rires) J’adore ces dimensions, je me suis amusé avec ça.
Donc, jouer Gilles, c’est comme faire une rencontre importante pour un interprète ?
C’est Anie Pascale qui, au départ, est la source de tout ça. Quand je lisais les textes, je trouvais ça extraordinaire. C’est bien que ce soit une femme qui a écrit un rôle d’homme aussi profond.

J’imagine que cette liberté que vous avez prise ou qu’on vous a donnée, ça n’a pas été toujours le cas depuis le début de votre carrière...
J’ai déjà vécu, sur d’autres tournages, des moments où le réalisateur te dit : “Non, c’est trop, on ne va pas là !” C’est une espèce de paresse. Tu te demandes alors : mais que veut-il ? Avec Julien sur Prescott, je n’avais pas ça, je ressentais un sentiment de création collective. Le plus beau, dans la création, c’est d’essayer. Alors, pour demeurer positif et parler de Prescott, il n’y a pas une journée où je ne suis pas sorti rempli, en me disant “j’ai apporté mon épaule à la roue”.
Ça, c’est grisant...
C’est un sentiment extraordinaire dans ce métier-là.
Vous aviez travaillé avec Julien Hurteau dans 5e rang. Il était alors votre camarade de jeu. Mais sur Prescott, il vous dirigeait...
J’ai adoré ça. Je trouve que c’est un gars qui a une vision, qui a un style. Et il connaissait son “produit”, il était prêt !
Vous faites le métier depuis quatre décennies. C’est un accomplissement de durer, non ?
Je n’ai jamais été carriériste. Ça m’a pris trois, quatre ans avant d’avoir un agent ou des photos de casting à mes débuts. J’étais insouciant, même si j’avais le désir de jouer dès l’âge de 6 ans. C’est juste que je n’ai jamais forcé la note, je n’ai jamais dit à un réalisateur : “C’est moi que ça te prend.” Pour moi, ça sonne prétentieux.
On vous voit quand même moins...
Oui, on me voit moins, mais on me parle encore des mes personnages dans Doute raisonnable et Indéfendable. Je n’haïs pas ça, la rareté. Comme ça, quand j’arrive... on s’en souvient !
