Il ne devait plus courir selon les médecins, mais traverse la jungle de la Martinique sur 130 km, les «deux pieds dans la bouette sous les palmiers»
Quatre ans après la rupture de son tendon d’Achille, Eden Dubuc a participé à une épreuve extrême d’endurance.

François-David Rouleau
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Eden Dubuc

46 ans - Rive-Sud de Montréal
Inventeur et designer industriel
· TransMartinique 2023
Pourquoi?
«Décision prise sur un coup de tête à 4 mois de la course pour accompagner sa complice et faire une épreuve extrême.»
Après une opération d’urgence visant à réparer son talon d’Achille en décembre 2019, les médecins avaient averti Eden Dubuc qu’il ne pourrait plus jamais courir ni jouer au hockey. C’était bien mal connaître cet homme persévérant et déterminé à faire mentir les pronostics.
Un accident bête survenu à l'occasion d'un voyage familial au Costa Rica a toutefois changé sa vie à 42 ans: il a glissé sur une flaque de boisson gazeuse au sol durant un match de ping-pong endiablé.
«Mettons que ce n’était pas mon moment de gloire, dit le designer industriel et inventeur en riant de bon cœur lorsqu’il raconte son récit au Journal. C’était vraiment une malchance.»
Plan miraculeux
Suivant son instinct et décidé à poursuivre ses passions, il s’est donc lancé dans des plans de réadaptation avec des experts. Non sans aggraver son cas et vivre d’autres frustrations.
Mais rongeant son frein au fil des mois qu’a duré la pandémie, il a réussi à sortir la tête de l’eau et retrouver la mobilité de son pied. Et il a pu courir à nouveau.
Moins de trois ans après sa chirurgie, il a chaussé ses espadrilles pour deux épreuves d’endurance au Québec. Il a participé au Québec Mégatrail en courant 80 km dans les sentiers de Charlevoix. Puis il a répliqué sans souci avec 65 km à l’Ultratrail de l’Harricana.
Vient ensuite un autre coup dur l’été dernier quand il perd son emploi chez General Electric après 25 ans de service. Le choc lui ouvre toutefois les yeux et il décide de se lancer dans une préparation tardive à une épreuve d’endurance extrême quatre mois plus tard pour accompagner une amie.
La TransMartinique. Une course en sentiers hyper exigeante de 130 km sur la petite île française des Antilles. Les plus rapides profitent de conditions de parcours optimales à travers les montagnes, la jungle et les plages. Sous la chaleur écrasante des tropiques, le milieu de peloton en bave plus.

Exploration totale
«Je voulais vraiment participer à des courses extrêmes. je me suis informé sur l’épreuve. Les photos étaient tellement belles. J’ai donc engagé une coach pour m’aider dans mon alimentation, ma gestion d’énergie et mon entraînement, raconte-t-il avant de résumer son expérience éprouvante de 40 heures et 45 minutes.
«Tu commences à courir à minuit quand il fait 28°C. Il se met ensuite à mouiller et à faire frette en montant dans les montagnes. T’arrives au sommet du mont Pelée à près de 1400 m d’altitude et c’est tout juste s’il ne neige pas. Autour de toi, c’est la Martinique. Je ne m’attendais pas du tout à ça.
«Et tu descends dans la jungle, les plantations de canne à sucre et de bananes, les deux pieds dans la bouette sous les palmiers, poursuit-il avec passion. Tu montes et tu descends si souvent. Tu cours aussi le long de la plage. Le soleil plombe, il faut chaud. Mais c’est la meilleure expérience, car tu explores toute l’île et tu vois tellement de paysages différents.»

«Petit power nap»
Une course d’endurance semblable apporte toutefois son lot de défis. Entre autres, éviter de rompre son tendon d’Achille à nouveau sur les sentiers cahoteux. Il a aussi appris à gérer ses réserves d’énergie et s’adapter. Le coureur de 46 ans dit aussi avoir dormi 15 minutes en 48 heures et avoir révisé ses objectifs. Il croyait être en mesure de rallier l’arrivée en 36 heures.

«On se rend compte qu’on n’est pas dans les temps du tout. Il faut savoir contrôler son corps et ses limites ainsi que lâcher prise sur les temps de passage. Il faut rester humble, continuer d’avancer et persévérer, explique celui qui n’a jamais pensé abandonner.
En plus de déjouer les pronostics des médecins livrés quatre ans plus tôt par un jour de Noël, cette épreuve extrême lui a aussi permis de savoir rationaliser et d’être plus heureux. Il court et joue au hockey chaque semaine, contre tous les pronostics médicaux reçus à la fin 2019.
140 kilomètres plus tard, ils entrent au Club Med
L’image vaut mille mots. Après avoir franchi le fil d’arrivée au bout de 133 km et près de 41 heures d’efforts intenses, sales et gluants, Eden Dubuc et Catherine Dion ont ajouté un petit kilomètre pour s’enregistrer au comptoir du... Club Med!
Pas n’importe lequel, en prime. L’un des plus beaux des Caraïbes. Ils avaient bien besoin de la plage de sable blanc et de la mer turquoise pour décompresser et se la couler douce.

«C’était prévu comme ça. Il fallait profiter du moment et de l’endroit», affirme Dubuc.
«Mais ce qui n’était pas prévu, c’était d’arriver sale, plein de bouette et complètement exténué, rigole-t-il. Les gens ont eu un choc en nous apercevant. Avec notre médaille au cou, des vacanciers venaient nous féliciter d’avoir réussi l’épreuve. D’autres prenaient un air hautain ou montraient du dégoût.»
Les deux athlètes ne s’en formalisaient pas davantage. Après tout, ils avaient payé leur séjour.

Dubuc a mis trois semaines à se remettre de l’une des plus dures épreuves au monde au cours de laquelle bon nombre de participants se blessent. Le taux de réussite oscille autour de 70%.
Il a retrouvé son club de course des Pélicans, à Montréal, pour terminer l’année en beauté et arrêter son compteur à 1800 km grugés en 2023. Soit la distance entre Montréal et Myrtle Beach, en Caroline du Sud.
Pas mal pour un gars qui ne devait plus courir.