Tous les résultats
Publicité

Panneaux solaires du Xinjiang: Hydro-Québec ne pouvait pas ne pas savoir, estime le Parti québécois

Les panneaux solaires sur le toit du centre Apple Park
Photo portrait de Martin Jolicoeur

Martin Jolicoeur

2021-07-07T22:24:22Z
2021-07-07T23:50:38Z

Partager

Comment Hydro-Québec pouvait ne pas savoir que l’achat de panneaux solaires d’un manufacturier de la région du Xinjiang en Chine risquait de poser des problèmes éthiques? Le porte-parole péquiste en matière d’Énergie n’en revient toujours pas. 

• À lire aussi: Panneaux solaires: les problèmes éthiques chinois pourraient aider une PME québécoise

• À lire aussi: Les panneaux d’Hydro fabriqués en Chine dans des camps de travail?

En entrevue, le député provincial de Jonquière Sylvain Gaudreault se dit «renversé» d’avoir appris par le Journal hier qu’Hydro-Québec avait pris la décision de s’approvisionner en panneaux solaires dans la région du Xinjiang, en Chine.

« Je trouve ça incompréhensible et triste à la fois. La filière du solaire est un chantier important si l’on souhaite que la société d’État cesse de réfléchir comme un castor qui cherche constamment à construire des barrages. Au nombre de personnes qui travaillent chez Hydro-Québec, il est incroyable qu’aucune personne n’ait pu réaliser le problème avant.»

Des camps de travail chinois

Hier, Le Journal révélait que plus de 85 % des quelque 30 000 panneaux des deux premiers parcs solaires d’Hydro-Québec, sur la rive-sud de Montréal, ont été achetés d’une entreprise de la région autonome ouïghoure du Xinjiang en Chine, soupçonnée de profiter du labeur des détenus de camps de travail.

Publicité

Jinko Solar, retenue par Hydro-Québec, est l’un des plus importants fabricants de panneaux solaires de Chine. Le hic est que depuis le début de l’année, au moins deux rapports d’enquête, l’un américain et l’autre britannique, l’ont identifiée comme faisant partie de groupe de fabricants de panneaux photovoltaïques tirant avantage en Chine du travail forcé de membres de minorités ethniques persécutées.

Questionnée par le Journal à ce propos, la direction de la société d’État a soutenu qu’elle ignorait les renseignements rapportés par ces études au moment de commander les panneaux solaires. Et que lorsque le premier des deux rapports a commencé à circuler, en janvier dernier à la suite d’un reportage du New York Times, Hydro-Québec avait déjà reçu et terminé de les installer dans ses parcs solaires de La Prairie et Varennes.

Le député de Jonquière, également porte-parole de la troisième opposition en matière d’environnement et de lutte contre les changements climatiques, juge la situation d’autant plus décevante, qu’Hydro-Québec aurait contrevenu, ce faisant, à son propre Plan en matière de développement durable. Ce dernier s’exprime en trois axes, soit les critères environnementaux, les critères sociaux et les critères de bonne gouvernance (ESG).

«C’est inacceptable lorsqu’on y pense. Et, ce surtout, venant d’une organisation qui se targue à chaque fois qu’elle le peut d’être un leader de l’énergie propre. Si Hydro ne fait pas les vérifications qui s’imposent, qui va le faire?, demnde-t-il. Nous sommes en droit d’attendre plus de notre société d’État. C’est notre argent à nous, l’image du Québec à l’international. Hydro-Québec se doit d’avoir un comportement sans faille.»

Publicité

Transfert technologique

Si les investissements de Québec dans la filière du solaire devaient se poursuivre, l’ancien aspirant à la chefferie du PQ recommande à Hydro-Québec de s’assurer d’un transfert technologique vers le Québec en s’assurant d’un minimum de contenu québécois dans les prochains appels d’offre, comme elle l’a fait dans l’éolien.

Il prône la mise sur pied d’un plan qui permettrait aux entreprises québécoises de se tailler progressivement une place dans ce secteur, encore très dépendant de la Chine. Pour ses parcs solaires de La Prairie et Varennes, en banlieue de Montréal, seuls 15% des quelque 30 000 panneaux solaires ont été fabriqués par une entreprise québécoise.

Le défi est d’autant plus grand qu’on estime que la Chine domine la production mondiale du silicium, produisant plus de 70% du silicium de niveau requis à la fabrication des panneaux solaires photovoltaïques. Et de l’ensemble de cette production, soutien Emily de la Bruyère, co-fondatrice de la société de consultation Horizon Advisory, plus de la moitié est concentrée dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, cette région visée par les enquêtes récentes sur l’industrie et où les panneaux d’Hydro-Québec auraient été fabriqués.

Réalité de plus en plus gênante

L’industrie occidentale du solaire est de plus en plus préoccupée par cette situation, qui a pour effet de ternir l’image d’une « énergie propre » à laquelle elle tient et s’accroche.

L’Association américaine de l’industrie solaire travaille activement depuis des années à réduire l’exposition de ses membres aux risques que présentent les pratiques alléguées en matière de droits humains de plusieurs grands acteurs chinois de l’industrie solaire (dont Jinko, Daqo New Energy, GCL-Poly et Xinte Energy).

Publicité

L'administration de Joe Biden, qui a promis de réduire l’importance accordée aux énergies fossiles aux États-Unis, tente aussi de composer avec cette réalité de plus en plus difficile à ignorer.

Il y a deux semaines, à l’occasion de la 47e session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, le Canada a signé avec 43 autres pays membres, une déclaration commune sur la situation des droits de la personne au Xinjiang, où selon «des rapports crédibles», dit-on, plus d’un million de personnes ont été arbitrairement détenues (...) et où l’on fait état entre autres «de torture, peines et traitement cruels, inhumains et dégradants».

L’ambassadrice du Canada auprès des Nations Unies, Leslie E. Norton, s’est aussi dite préoccupée par les « allégations de détention, de travail forcé et de transferts d’Ouïghours et de membres d’autres minorités musulmanes » qui ont filtré de cette région du monde, interdite aux étrangers.

Les pays signataires demandent à la Chine d’autoriser un accès «immédiat, significatif et sans entrave» au Xinjiang pour les observateurs indépendants du Haut-Commissariat et de mettre en œuvre d’urgence les recommandations du Comité pour l’élimination de la discrimination au Xinjiang, notamment «en mettant fin à la détention arbitraire des Ouïghours et des membres d’autres minorités musulmanes».

Publicité
Publicité