«Hydro-Québec arrive à un moment charnière»
Olivier Bourque | Journal de Montréal
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La demande pour l’électricité verte est en croissance et Hydro-Québec se trouve à un moment charnière. Rénovations des barrages, nouveaux projets éoliens, mesures pour éviter le gaspillage, la patronne d’Hydro-Québec, Sophie Brochu, a présenté son plan de match, mais l’objectif n’est pas « d’aller chercher plus d’argent dans les poches du monde ».
« Hydro-Québec arrive à un moment charnière, c’est presque similaire à celui du début des années 80 quand on est passé du mazout à l’électricité et aux plinthes électriques. (...) C’est un peu la situation dans laquelle on se retrouve aujourd’hui », a expliqué Mme Brochu lors d’une entrevue avec le Journal.
« Il est grand temps qu’on reprenne une grande jasette collective au Québec sur le futur de nos approvisionnements en électricité », a-t-elle poursuivi.
Ces grandes discussions ont d’ailleurs servi pour l’élaboration du plan stratégique d’Hydro-Québec 2022-2026 déposé aujourd’hui par le gouvernement caquiste.
Ce dernier souhaite abaisser ses émissions de GES et plus de 100 terawatts heures d’électricité propre seront nécessaires pour atteindre la carboneutralité en 2050, plus de la moitié de la capacité actuelle d’Hydro.
« On sait qu’on a un problème de gaz à effet de serre, ça amène des changements climatiques et c’est pour cela qu’on doit faire une transition énergétique. On a une électricité propre et tout à coup, cette valeur-là accroît en importance », explique la dirigeante.
Production en augmentation
Dans un contexte de décarbonation, la demande pour l’électricité va donc augmenter lors des prochaines années, notamment sur le marché domestique avec les véhicules électriques et les grands projets industriels ainsi que pour les marchés à l’exportation notamment dans le Nord-Est américain.
« Depuis que je suis arrivée, je vois que les capacités excédentaires (NDLR : les surplus) sont de plus en plus restreintes », affirme Mme Brochu.
Hydro-Québec va donc accroître sa production de 5000 mw lors des prochaines années. La société d’État va notamment lancer des travaux de rénovations sur les barrages existants (2000 mw) et sur ses infrastructures, ce qui impliquera des coûts de 5 milliards $ lors des quatre prochaines années, ce qui aura assurément un impact sur les tarifs, sans qu’il ne soit détaillé.
Hydro-Québec mise également sur de nouveaux projets éoliens pour aller chercher 3000 mw supplémentaires. Des appels d’offres ont été lancés lors des derniers mois.
Il reste de la place dans l’autobus
Mais la société d’État va miser beaucoup sur l’efficacité énergétique. Autrement dit, on souhaite que les Québécois consomme différemment et évite le gaspillage d’énergie. En 2029, Hydro souhaite aller chercher environ 8,2 TWh en économie, ce qui représente grosso modo le contrat de New York.
« Je vais vous donner l’image d’un autobus, on va l’appeler l’autobus de la consommation d’électricité au Québec. On est beaucoup à l’intérieur, mais tous les bancs ne sont pas occupés. On a mis nos valises et nos manteaux sur les bancs. Mais là, il y a d’autres gens qui veulent embarquer », dit-elle.
« La question qu’il faut se poser, est-ce qu’on construit un autre autobus, ou on ramasse nos manteaux et nos valises pour que les autres viennent ? », se demande-t-elle.
Mme Brochu croit d’ailleurs qu’il est impératif de « faire mieux en efficacité énergétique », mais le but n’est pas d’augmenter la facture pour y arriver.
« L’objectif qu’on poursuit, comprenez-moi bien, c’est pas d’aller chercher plus d’argent dans les poches du monde, c’est pas ça. C’est de dire pour une même facture énergétique, est-ce que les gens pourraient consommer a meilleur moment d’une journée que d’une autre ? », explique-t-elle.
Dans son plan, Hydro souhaite aussi ajouter 4500 bornes de recharge standards dans les centres urbains d’ici 2028 et d’en exploiter 2500 autres plus rapides d’ici 2030. La société d’État souhaite aussi que les clients interagissent avec le réseau et qu’ils puissent produire leur propre électricité, notamment avec la batterie des véhicules électriques.
La société d’État s’engage aussi à atteindre la carboneutralité de ses activités à l’horizon de 2030.