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Hunter Biden le caillou dans la chaussure

Photo d'archives, AFP
Photo portrait de Luc Laliberté
2021-07-09T18:04:33Z

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Alors que les sondages lui sont favorables, Joe Biden doit une fois de plus se concentrer sur l’attention médiatique entourant les activités de son fils, Hunter Biden. 

Oui, encore et toujours Hunter Biden. Que ce soit pendant les primaires, la campagne présidentielle ou les premiers mois de son administration, Joe Biden est confronté régulièrement à un mal lancinant dont il ne parvient pas à se défaire, un peu comme ce caillou dans la chaussure qui rend plus pénible une longue randonnée ou une ascension.

Une fois de plus, ce sont les activités professionnelles du fils Biden qui rappellent la situation particulière dans laquelle se trouvent la plupart des enfants de politiciens ou de politiciennes aux États-Unis. La polarisation actuelle et la présidence de l’homme d’affaires Donald Trump ont exposé au grand jour une situation qui existe depuis bien longtemps.

Tous s’entendent pour dire que les enfants ou les membres de la famille des politiciens ont le droit de gagner leur vie. Comme leur vie personnelle est parfois exposée dans les médias contre leur volonté, on tolère généralement qu’ils bénéficient aussi de la notoriété de leurs parents pour se mettre en valeur.

Le sensationnalisme de la couverture médiatique nous fait souvent oublier que le problème de fond en est un qui relève de l’éthique et de la morale. À partir de quand les activités des membres de la famille deviennent-elles inacceptables? Les modalités prescrites dans la Constitution demeurent sujettes à interprétation et le potentiel de conflits d’intérêts est grand. Les Chelsea Clinton, Donald Trump jr et Hunter Biden ne sont donc pas dans l’illégalité, le problème est ailleurs.

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Donald Trump n’a jamais eu à se distancier officiellement de ses entreprises et ses enfants ont profité de ses séjours à l’étranger pour entretenir ou développer des liens avec des partenaires. Hunter Biden s’est également retrouvé dans l’eau chaude parce qu’il a obtenu un poste et une rémunération qui semblaient aller bien au-delà de ses compétences ou de ses expériences antérieures. 

Comme il accompagnait occasionnellement son père, alors vice-président, lors de déplacements à l’étranger, on comprend aisément la grogne des observateurs et les sorties intempestives des républicains. Quand on y regarde bien, toutes ces allégations de scandales, qu’elles émanent des démocrates ou des républicains, relèvent de l’hypocrisie, les deux formations politiques se refusant à modifier les règles du jeu.

Pourquoi Hunter Biden est-il de retour sur les pages d’accueil de presque tous les sites d’information aux États-Unis? Outre ses activités professionnelles, le fils du président aurait, semble-t-il, développé un goût pour la peinture, activité pour laquelle on lui reconnaît un certain talent. Assez pour justifier le prix de ses toiles, qui irait de 75 000$ à 500 000$?

Le fils du président est-il un nouveau génie dont le nom doit être intégré au panthéon des grands peintres de l’histoire? Le marché de l’art n’est assurément pas ma spécialité, mais on peut légitimement douter du fait qu’un tel talent ait dû attendre l’élection du patriarche à la présidence pour être récompensé à sa «juste valeur».

L’arrivée de Hunter Biden sur la scène artistique et l’exposition de ses toiles dans les musées ou les galeries d’art représentent deux irritants. D’abord, il est évident que son nom de famille lui rapporte beaucoup. Toutefois, il n’y a pas qu’en politique où jouir d’un nom de famille prestigieux permet de se distinguer. On peut considérer que cette compétition est déloyale, mais elle n’est pas illégale ou exceptionnelle. Nous connaissons au moins un premier ministre canadien qui ne s’y oppose pas...

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L’autre irritant me titille nettement plus parce qu’il relève de l’intégrité du système et de celle de l’administration en place. Qui est prêt à débourser autant pour se procurer les œuvres d’un peintre amateur? Tente-t-on ainsi de monnayer un accès direct à la présidence? L’acheteur est-il un acteur du jeu politique aux États-Unis ou le représentant d’une puissance étrangère?

Parce que le potentiel de conflits d’intérêts est bien réel, on a décidé de revoir le volet éthique des transactions. On a convenu de dissimuler à l’artiste l’identité des acheteurs. Un problème persiste malgré tout. Quand on a établi les nouvelles règles, la Maison-Blanche est intervenue pendant les discussions. Et le tout, négocié entre avocats, est demeuré confidentiel.

Naïvement, on pourrait toujours défendre cette intervention en avançant que les conseillers juridiques de la Maison-Blanche sont les mieux placés pour gérer ces questions. Même là, le malaise persiste, puisque la transparence n’est pas totale.

Une fois de plus, donc, Joe Biden est embêté par les activités de son fils. Le 46e président promettait de resserrer les contrôles sur les questions éthiques, condamnant au passage le laxisme de son prédécesseur. 

Je ne vois que deux solutions pour tirer Joe Biden et les politiciens américains du pétrin tout en rassurant les électeurs sur leur probité. Le processus entourant les négociations entre les acheteurs et le fils Biden doit être d’une transparence absolue et on doit s’attaquer à une révision sérieuse des règles floues qui encadrent les activités des membres de la famille des politiciens et des politiciennes. 

J’ai bien peur que nous n’assistions ni à l’une ni à l’autre des options. Les membres de la famille peuvent et doivent avoir le droit de bien gagner leur vie, c’est légitime, mais pas en bénéficiant d’avantages qui permettraient d’obtenir une oreille attentive auprès de leurs parents. Il y va de l’intégrité du système et des institutions.

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