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Huer l’hymne américain, est-ce huer Caufield? L’ancien interprète au Centre Bell Charles Prévost Linton prône le respect

Le chanteur a vécu les huées sous l’hymne américain en 2003

Photo portrait de François-David Rouleau

François-David Rouleau

2025-02-08T05:00:00Z
2025-02-08T15:17:26Z

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L’ancien interprète des hymnes nationaux au Centre Bell Charles Prévost Linton a beau vivre confortablement sa retraite aux abords de la rivière des Mille-Îles, la vague de huées qu’il entend déferler à travers les arénas et les amphithéâtres lors de l’interprétation du Star-Spangled Banner et de l’Ô Canada avant un match de hockey ou de basketball vient gratter sa fibre artistique.

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À l’aube de la visite des Devils et du Lightning au Centre Bell ce week-end, celui qui a livré de solides performances durant 12 ans avant les matchs du Canadien a bien voulu répondre aux questions du Journal sur la pertinence, encore aujourd’hui, des hymnes nationaux et sur ses expériences du passé.

Car il y a un peu plus de 20 ans, au moment de l’invasion américaine de l’Irak pour renverser Saddam Hussein en mars 2003, le chanteur de carrière a vécu exactement ce qu’ont expérimenté de nombreux interprètes depuis une semaine alors que le président Donald Trump souhaite imposer des tarifs douaniers à ses fidèles alliés.

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Charles Prévost Linton, le chanteur des hymnes nationaux au Centre Bell chante à La Taverne Normand durant les séries du Canadien maintenant que Ginette Reno a pris sa place. COURTOISIE
Charles Prévost Linton, le chanteur des hymnes nationaux au Centre Bell chante à La Taverne Normand durant les séries du Canadien maintenant que Ginette Reno a pris sa place. COURTOISIE Courtoisie


Aujourd’hui, que représentent les interprétations des hymnes nationaux avant une rencontre sportive, selon vous?

«À l’époque, c’était un moment calme avant la grande tempête. Tout le monde se recueillait avec le grand moment. C’était très rassembleur malgré ce que les gens pouvaient en penser selon leurs origines, francophones ou anglophones. Les hymnes représentaient aussi la grande fratrie sportive et athlétique. C’était aussi un très bon moment pour se concentrer.

Mais aujourd’hui, je n’ai plus tout à fait ce sentiment, à l’exception qu’il s’agisse d’un moment rassembleur avant un match. J’en vois moins la pertinence que celle de donner l’occasion à des gens d’exprimer leur mécontentement politique, social ou culturel.

MARTIN ALARIE/JOURNAL DE MONTRÉAL
MARTIN ALARIE/JOURNAL DE MONTRÉAL


Aviez-vous du plaisir à chanter l’hymne américain?

Oui, car c’est un hymne lyrique et plutôt difficile à chanter. Il n’est pas à la portée de tout le monde. Il exige un registre assez étendu d’intonations hautes et basses.

Il faut avoir des graves riches et bonnes ainsi que des aiguës faciles et belles.

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En général, les hymnes sont simples et relativement faciles à chanter. Mais le Star-Spangled Banner demande une voix plus opératique. De vrais grands chanteurs ou chanteuses comme Ginette Reno sont capables, car elles possèdent cette étendue vocale.


Dans le contexte politique actuel entre le Canada et les États-Unis, est-ce une bonne réaction, selon vous, de huer les hymnes nationaux?

Ça n’a pas sa place. Car il y a d’autres moyens de montrer sa désapprobation face aux mesures mises en place et aux décisions de [Donald] Trump. À une rencontre sportive, ce n’est pas la place et le bon moment. Car les gens ne huent pas les États-Unis, mais plutôt Trump et ses politiques économiques. Quand on dénigre l’hymne national, on insulte ou on blesse le peuple. Dans le cas présent, soit dit en passant, moins de 50% des Américains ont voté pour lui. Ça n’a donc aucune portée.


Si les hymnes nationaux étaient écartés des matchs sportifs, quelle serait votre proposition de remplacement à ce moment de rassemblement?

C’est une très bonne question à laquelle je n’ai pas réfléchi. En répondant sur-le-champ, je dirais qu’il faudrait peut-être que quelqu’un compose une bonne chanson rassembleuse. Si on le faisait dans cette optique, le moment de recueillement avant un grand évènement rempli d’émotions serait pertinent.

Pour l’instant, l’interprétation des hymnes nationaux est une tradition. Celle-ci change, évolue ou disparaît au fil du temps. Je crois qu’elle n’a plus la même portée qu’autrefois.


Racontez-nous comment vous aviez vécu les huées de mars 2003 quand vous chantiez le Star-Spangled Banner.

C’était arrivé à quelques occasions, peut-être deux ou trois fois. Lors des premières huées, je savais que je n’étais pas visé, que ce n’était pas ma manière de chanter. C’était une déclaration d’opposition à l’invasion en Irak que les spectateurs faisaient.

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Il aura fallu que le Canadien demande au grand Jean Béliveau d’expliquer sur une vidéo présentée à l’écran géant que ces huées n’étaient pas l’endroit où faire ça en encourageant plutôt l’esprit sportif. Les fois suivantes, les quelques huées qu’on entendait dans les gradins avaient été enterrées par la foule.


Si vous étiez dans les souliers de l’interprète des hymnes nationaux ce week-end au Centre Bell, comment réagiriez-vous en entonnant l’hymne américain et la possibilité qu’il soit hué?

Peu importe son domaine, un artiste doit être prêt à tout, que ce soit un problème technique ou des huées. Si je le chantais, je livrerais la même performance que j’ai toujours livrée et probablement, en mettant toute la gomme comme je l’avais fait à l’époque en 2003. Il faut accomplir son travail du mieux qu’on le peut.

Évidemment, selon le niveau d’expérience dans un moment si intense et devant cette foule et ces téléspectateurs, ça peut surprendre. Mais il ne faut pas s’enfarger ou se laisser dérouter.

Le chanteur ne doit pas se sentir visé par les huées. Personnellement, je n’avais rien contre les gens qui avaient hué à l’époque. Ils ont le droit de penser comme ils le veulent et manifester comme ils le désirent dans notre pays libre.

Toutefois, je crois que les huées envers l’hymne national américain sont mal dirigées. Dans ce cas, doit-on aussi huer les joueurs américains comme Cole Caufield?


À l’inverse, si vous étiez dans les gradins, touché par les mesures tarifaires et la possible guerre commerciale entre Trump et le Canada, est-ce que vous hueriez l’hymne américain?

Non, je ne huerais pas, car je ne verrais pas ce que ça apporterait à la situation. J’essaierais plutôt de boycotter les produits américains. C’est à peu près le seul recours.

En même temps, je me dis aussi que si quelqu’un veut exprimer son opinion, on ne peut pas l’en empêcher. Il n’y a pas beaucoup d’autres options. Pour les gens qui souffrent et qui sont malheureux dans cette situation économique, si huer l’hymne américain sert de soupape d’échappement, qu’ils le fassent. Moi, ce n’est pas ce qui me soulagerait.


Le Canadien n’a pas voulu s’exprimer sur la situation économique. Pour avoir œuvré 12 ans dans son giron, croyez-vous que le Tricolore aurait le cran pour se ranger derrière les intérêts du Québec et du pays dans cette situation économique précaire pour lancer un message fort?

Le Canadien se trouve en position difficile. Et même qu’il s’en fiche, probablement, car il ne répond pas et que ça ne change rien pour l’organisation. Il devrait peut-être revoir les raisons et la pertinence de chanter l’hymne national avant un match. Il pourrait prendre position et carrément l’éliminer. J’imagine que ça amènerait une réaction publique et créerait un débat pertinent. En fait, les hymnes n’affectent personne. C’est une tradition, parfois désuète et obsolète, qu’on n’a plus besoin.

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