Hockey mineur: «forcées» de jouer dans un niveau inférieur, elles accrochent leurs patins
Deux sœurs de Lachine ont été rétrogradées de niveau pour assurer la viabilité d’une équipe de débutantes


François-David Rouleau
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Un père et ses deux filles se trouvent en pleine bataille contre leur association de hockey mineur. Celle-ci aurait décidé de rétrograder des joueuses pour assurer la viabilité d’une équipe débutante en plus de refuser catégoriquement de leur permettre de jouer ailleurs et de rembourser leurs frais d’inscription. Se sentant lésées et laissées pour compte, elles ont perdu tout plaisir dans le sport. Si bien, qu’elles ont décidé d’accrocher leurs patins.
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Au bout du fil, Sabrina Battah explique le mauvais scénario dans lequel elle est plongée avec sa sœur jumelle, Jade, en raison d’une décision arbitraire de l’Association de hockey mineur Mont-Royal-Outremont (AHMRO).
«C’est une situation qui m’écœure, laisse tomber Sabrina, le trémolo dans la voix. Ils ont pris mon sport favori alors qu’on donne notre maximum depuis si longtemps.»

Âgées de maintenant 16 ans, les Battah évoluaient sans problème au niveau «A» depuis 10 ans, mais la naissance soudaine d’une équipe « B » cette saison, majoritairement composée de filles qui effectuent leurs premiers coups de patin, a fait dérailler leur passion depuis leur enfance.
En étant «forcées» de s’aligner avec des coéquipières qui peinent à patiner, faire des passes, jouer avec la rondelle et comprendre les règles du jeu, elles ont littéralement perdu le désir de simplement jouer.
Et en prime, les joueuses de Lachine ne peuvent jouer ailleurs, puisque leur association a refusé de signer la paperasse.
Elles disent payer pour un «problème de structure» dans le hockey féminin de leur association en plus de se faire imposer les volontés des dirigeants pour des décisions administratives.
Campagne de recrutement
L’histoire dans le groupe des moins de 18 ans, c’est que l’association s’est lancée dans une campagne de recrutement à la fin de l’été. Malgré un nombre record d’inscriptions dans les 11 équipes, celles chez les Banshees M18 n’ont pas permis de former deux alignements équilibrés.
L’AHMRO a donc décidé de rétrograder quatre filles au terme d’une évaluation. Un processus «douteux» et marqué par «des absences de joueuses sur la glace et des conflits d’intérêts», relatent des sources consultées demandant la confidentialité pour éviter les représailles. Les Battah et deux autres joueuses plus fortes que celles de la formation supérieure sont du lot.
Responsables des conséquences
L’histoire ne s’arrête pas là. Quand les Battah ont partagé et expliqué leur décision d’arrêter de jouer en octobre, la directrice du programme féminin, Stéphany Joureau, a ajouté une pression supplémentaire par courriel.

Dans sa missive dont le Journal a obtenu copie, Mme Joureau leur rappelle que leur décision entraînerait des conséquences, dont celle de dissoudre l’équipe «B» par manque de joueuses.
«Ce n’est pas notre responsabilité, plaide Sabrina en pointant le courriel de Mme Joureau. Je me suis sentie utilisée.»

Or, quatre mois plus tard, cette équipe est toujours active.
Quant à elle, Jade, ne digère pas qu’on lui ait demandé de coopérer pour aider les plus faibles à se développer pour «leur procurer de belles expériences», raconte-t-elle en brandissant un message de l’entraîneur.
«C’est ridicule. Le manque d’inscriptions ne doit pas être notre problème», insiste-t-elle.
Inscription dans une catégorie
L’AHMRO a refusé notre demande d’entrevue avec le président, John Burgess, et sa directrice, Stephany Joureau, en nous redirigeant plutôt à Hockey Lac-St-Louis (HLSL).

En estimant qu’il s’agisse d’une situation désolante, le directeur général de HLSL, Raymi Gélineau, affirme que les Battah ont fait leur choix.
«Quand on s’inscrit, on le fait pour la catégorie et non une lettre et une équipe, indique-t-il. La classification va dépendre du bassin.»
«Il n’y a pas de règle parfaite. Les explications de l’association auraient aussi pu être meilleures. Il y a toujours place à amélioration, mais notre rôle est d’assurer l’intégrité. Dans ce cas, l’association n’a pas brisé les procédures.»
«Les filles doivent jouer dans le bon calibre»

Le paternel, Michael Battah, jure que cette histoire n’est pas une simple affaire de lettre.
«C’est une question d’intégrité. Les filles doivent jouer dans le bon calibre, avec des coéquipières qui savent jouer au hockey, plaide-t-il, alors que cette saison à la poubelle a rendu ses jumelles malheureuses.
«En jouant avec des débutantes, elles n’avaient pas de plaisir, aucun défi et n’apprenaient plus. Elles ont perdu l’intérêt», ajoute celui qui ne décolère pas.
Au moment où le hockey féminin cherche continuellement à gagner en popularité, il se bat pour que les filles soient mieux encadrées et respectées dans la pratique de leur sport.
« Cette situation, c’est l’exemple parfait du nivellement par le bas. Le système est défectueux. Il faut régler les problèmes, car aucune fille ne mérite de subir de pareilles décisions », insiste M. Battah.

Refus net
M. Battah raconte aussi que des clubs d’autres associations ont cogné à sa porte pour offrir à ses filles l’occasion de jouer. Mais parce que l’AHRMO refuse de les libérer, elles ne peuvent accepter leurs invitations.
«Nous ne libérerons aucune joueuse aux profits d’un autre programme, ce qui porterait préjudice à nos propres intérêts», a écrit le président John Burgess par courriel à M. Battah à la veille de Noël après de nombreuses demandes.

Dans la réglementation d’Hockey Québec, une joueuse réclamant une libération doit d’abord le signifier à son association en mentionnant la raison. L’association doit ensuite prendre une décision et procéder au transfert avec l’accord de la «région».
Abandon?
Dans ce dossier, Hockey Lac-St-Louis, interprète que les sœurs Battah ont abandonné. Elles ne pouvaient donc pas obtenir leur libération.
«Elles avaient une place dans une équipe et elles ont décidé de ne pas jouer, résume le directeur général de HLSL, Raymi Gélineau. Il doit y avoir une bonne raison pour quitter un territoire.
On n’acceptera pas un transfert pour ça, fait savoir M. Gélineau. C’est peut-être injuste au cas par cas, mais il faut regarder le portrait général et éviter de créer un précédent. Il faut assurer l’intégrité des territoires.»
Qu’est-il plus important à HLSL : la protection du territoire ou le développement et le bien-être des membres ?
«Le respect du territoire est pris en très haute importance. Et ça se peut qu’un joueur soit exclu pour cette raison», répond M. Gélineau.
HLSL se dit toutefois ouvert à l’ajustement de certains règlements lors de sa prochaine assemblée.