Hockey féminin: les universités francophones doivent réagir


Patric Laprade
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Dans quelques jours, la saison régulière de la ligue de hockey féminin universitaire du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) prendra fin. Et même si on en parle de façon très positive avec la saison parfaite des Stingers de Concordia, l’équipe de hockey de l’heure à Montréal, l’avenir du réseau est moins rose.
À compter de la saison prochaine, la ligue perdra deux de ses six équipes. En effet, les deux équipes de la région d’Ottawa, les Gee Gees de l’Université d’Ottawa et les Ravens de l’Université Carleton, quitteront le RSEQ pour jouer dans la ligue de l’est de l’Ontario (OUA).
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Cela veut donc dire que pour la première fois depuis la saison 2008-09, le hockey féminin universitaire québécois n’aura que quatre équipes. Et puisque les joueuses universitaires sont le principal bassin des futures joueuses de la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF), la situation est inquiétante.
Ottawa et Carleton ont une équipe féminine de hockey dans la ligue québécoise depuis la saison 2001-02, alors qu’est-ce qui peut bien pousser ces deux universités à quitter la ligue après plus de 20 ans?
« Je ne peux commenter plus que ce que les universités nous ont dit, mais des raisons qui ont été émises. C’est une question financière, de recrutement et de rapprochement, a mentionné Stéphane Boudreau, directeur général adjoint du RSEQ, lors d’un entretien téléphonique. Ils nous ont quand même fait part de leurs intentions il y a environ 18 mois. »
Quand on regarde d’un peu plus près, la ligue de l’est de l’Ontario a présentement six équipes réparties dans les villes suivantes : Oshawa (1), Kingston (1), North Bay (1) et Toronto (3). De leur côté, les universités du RSEQ sont situées à Montréal (3), Sherbrooke (1) et Ottawa (2). En termes de proximité, les universités québécoises sont généralement plus près d’Ottawa que leurs consœurs ontariennes.
« Ça fait plusieurs années qu'on essaie qu’Ottawa et Carleton se joignent au RSEQ, non pas juste au hockey, mais dans tous les sports, a ajouté Boudreau. Mais ce qu’on se fait dire c’est qu’ils ont un problème de recrutement. »
Il est également important de mentionner que Carleton est une université anglophone, alors qu’Ottawa est bilingue et qu’il existe une intense rivalité entre les deux dans plusieurs disciplines. Les deux instituts veulent donc jouer dans la même ligue, peu importe le sport. Même si une des deux était plus encline à faire partie du RSEQ, elle ne le ferait pas sans l’autre.
Le futur du hockey féminin passe par le réseau universitaire
Peu importe les raisons et leur validité, les deux universités ont fait leur choix et il faut que le RSEQ se tourne vers l’avenir.
Contrairement au hockey universitaire masculin, qui est souvent une destination pour les joueurs juniors qui n’ont pas réussi à passer chez les professionnels, le penchant féminin est davantage comme la LHJMQ de la LNH, c’est-à-dire le dernier niveau amateur avant de jouer chez les pros.
À ce sujet, le RSEQ doit donc se battre avec les autres provinces et, bien entendu, la NCAA aux États-Unis. Pour ce faire, il doit être bien outillé.
« Le plus grand défi, et ce n’est pas juste en hockey féminin, c’est le manque d’infrastructures, le manque d’arénas », a expliqué Boudreau.
Des propos qui font échos du côté de Hockey Québec.
« Je comprends le commentaire de Stéphane. Il est extrême difficile d’avoir un inventaire sur les arénas, a dit le directeur général de Hockey Québec, Jocelyn Thibault, lorsque questionné à ce sujet. On a fait des recherches et ce n’est pas évident. Il y a en a moins qu’à certaines places, plus qu’à d’autres, il n’y a pas grand-chose qui existe là-dessus. »
Le nombre d’arénas est une chose, le bon état de ceux-ci en est une autre. Un rapport de Statistique Canada de 2018 dévoilait que le Québec était en retard sur les autres provinces en termes de qualité d’arénas, alors que 40% de ses arénas à une patinoire étaient en mauvais ou très mauvais état. En septembre dernier, on apprenait que des millions devraient être investis afin de mettre à niveau les arénas de la Ligue de hockey junior Maritimes Québec.
L’ancien gardien des Canadiens et des Nordiques est lui-même très proche de la scène universitaire de hockey féminin. Ses trois filles ont joué au niveau collégial, sa plus vieille a joué à l’Université Bishop’s et sa plus jeune, Zoé, joue, en ce moment, pour l’Université Concordia. Si le père veut voir un réseau universitaire encore plus fort, le directeur général a un rôle plus limité.
« Du côté de Hockey Québec, on est plus en support au RSEQ. On continue à travailler sur le bassin. Plus on va avoir de filles, de joueuses, plus ça va aider la cause. Ça va aider le hockey collégial, universitaire, le calibre de jeu. Il faut travailler sur la base. Hockey Québec est toujours là en support, mais ça demeure le carré de sable du RSEQ. »
Des statistiques intéressantes...à long terme
D’ailleurs à ce niveau, Thibault a partagé certaines statistiques.
Une fois le recensement terminé, il devrait y avoir plus de 8 000 joueuses dans le hockey associatif et scolaire au Québec pour la saison 2023-24. À titre comparatif, il y en a 42 500 en Ontario, un ratio très déséquilibré si on le compare à la population des deux provinces, où l’Ontario a environ deux fois plus d’habitants que le Québec.
Cependant, pour le Québec, la donnée est excellente puisqu’il s’agit de la première fois depuis au moins 2010 qu’il y a plus de 7 000 joueuses de hockey répertoriées par Hockey Québec, une augmentation d’environ 12% par rapport à la dernière saison. Plus de 75% de ces 8 000 sont présentement âgées de moins de 15 ans, avec une augmentation de 11% à l’entrée au niveau M7, soit les moins de 7 ans.
Toutefois, même si la LPHF connait un engouement chez les jeunes filles, le RSEQ n’y trouvera pas son compte immédiatement.
« C’est certain que ça peut être inspirant quand une jeune élève voit un modèle, a mentionné Boudreau. Alors oui, l’engouement créé par la LPHF est intéressant, mais avant que ces jeunes filles arrivent à l’université, on parle de plusieurs années. C’est donc un impact à moyen et long terme. »
Garder les joueuses au Québec
Quelles sont alors les solutions pour le RSEQ? Se joindre à l’Ontario? Jouer contre des CÉGEPS comme on a déjà vu à la fin des années 1980 ou comme on voit en match d’exhibition?
« Pour l’OUA, de part et d’autre, on ne veut pas faire ça. Les coûts de transport seraient trop élevés. Toronto ne veut pas plus venir jouer ici que nous on veut aller là-bas. Et pour les CÉGEPS, il y a des règles de sécurité qui entrent en cause. On demanderait à des filles de 17 ans de jouer avec des femmes de 23-24 ans. Il y a une grosse différence au niveau du physique, de l’exécution. En matchs d’exhibition, ça peut passer, mais pas pour une saison. »
Les prochaines joueuses à être repêché dans la LPHF viendront de la NCAA et du U Sports, anciennement appelé SIC (Sport interuniversitaire canadien). Présentement, le hockey féminin universitaire canadien comporte cinq divisions pour un total de 35 équipes : l’ouest canadien, l’ouest de l’Ontario, l’est de l’Ontario, le Québec et les Maritimes. Avec seulement quatre équipes, le RSEQ aura le moins fort bassin d’équipes et par conséquent, de joueuses. Il est donc important de garder une certaine compétition au sein du réseau universitaire québécois s’il ne veut pas perdre davantage de joueuses au profit de la NCAA.
« C’est sûr qu’on n’aime pas perdre notre talent à la NCAA, mais quand les joueuses se font offrir une bourse d’études pour toutes leurs années universitaires, elles vont y aller quand même, elles vont l’essayer quand même, a expliqué Boudreau. Ce qui est choquant c’est de les perdre pour une université en division III. Mais ce qui est important par-dessus tout, c’est de ne pas les perdre pour l’Ontario ou les Maritimes. »
Qu’est-ce qu’on attend chez les universités francophones?
Boudreau me confirme que la saison prochaine se jouera à quatre équipes, le minimum d’équipes que la ligue peut avoir.
« À court terme, une ou deux saisons, nous allons jouer à quatre équipes. À long terme, huit équipes seraient mieux, mais à six équipes, on va être super contents. »
Dans quelques années, la ligue aura besoin de plus d’équipes. Quelles sont donc ces universités qui pourraient se joindre à un réseau de hockey féminin universitaire entièrement québécois?
Présentement, il y a trois universités anglophones, soit McGill et Concordia à Montréal et Bishop’s à Sherbrooke, et une seule francophone, soit les Carabins de l’Université de Montréal. Le Québec compte 18 établissements universitaires, mais seulement huit font partie du réseau U Sports.
Il faut donc penser aux universités évidentes.
L’UQTR vient en tête de liste, alors que les Patriotes sont probablement l’équipe de hockey universitaire masculin la plus connue en province. D’ailleurs, de 1989 à 2003, l’UQTR a eu son équipe de hockey féminin. Il y a aussi le Rouge et Or de l’Université Laval, qu’on connait principalement pour son programme de football. Et ce n’est pas comme si le hockey féminin n’était pas populaire à Québec. Le programme des Titans de Limoilou au niveau collégial en est un de choix pour le hockey féminin, qui a vu des joueuses de la LPHF comme Gabrielle David, Catherine Dubois et Élizabeth Giguère y jouer lorsqu’elles étaient plus jeunes.
La situation géographique de ces universités est intéressante, encore plus qu’Ottawa. De Montréal à Québec, en passant par Trois-Rivières, c’est un naturel. Par l’autoroute 55, Sherbrooke-Trois-Rivières se fait très bien. Parlant de Sherbrooke, le Vert et Or de l’Université de Sherbrooke pourrait coexister avec Bishop’s et créer une rivalité naturelle entre les deux universités, tout comme celle perdue entre Ottawa et Carleton.
Et à Montréal? Vous serez peut-être surpris d’apprendre qu’il y a du sport universitaire à l'UQAM, alors que Citadins de l’UQAM ont une équipe de basketball, de flag football, de volleyball féminin et de soccer féminin. L’aréna Camillien-Houde, situé à un kilomètre du campus principal, pourrait facilement servir d’hôte à une équipe de hockey.
Un long processus
Les options sont donc là pour éventuellement augmenter le nombre à huit, même si aucune n’a décidé de plonger depuis l’Université de Montréal en 2009.
« Il y a des discussions avec les universités, mais entre la théorie et la pratique, il y a une différence, a déclaré Boudreau. Les enjeux sont les coûts. Construire des infrastructures, avoir des entraineurs sur place et ensuite procéder au recrutement. C’est un processus qui peut aller au-delà d’une période de 6 à 12 mois. »
Le hockey féminin universitaire québécois remonte à 1894. Il fait partie du patrimoine et de la riche histoire du hockey au Québec. Il serait dommage de le voir s’affaiblir de la sorte, alors que le hockey féminin connait un sommet de popularité. Il est donc primordial que les universités francophones joignent, enfin, la partie.
« Je ne manque jamais une occasion, a précisé Thibault, de passer un bon mot sur le hockey féminin quand je rencontre un recteur. »
En espérant que ces bons mots soient entendus.