Hockey Canada est dépassé

Jean-Charles Lajoie
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Équipe Canada junior 2023 a été un échec au championnat mondial.
Pour un pays comme le Canada, une élimination en quarts de finales face à la Tchéquie est inacceptable...
Les experts et autres qui prétendent en être se pourfendent d’explications afin d’atténuer l’effet négatif de ce résultat en deçà des attentes habituelles pour le pays le plus dominant de l’histoire de ce championnat.
Mauvaise sélection d’effectifs, mauvais système de jeu, mais surtout, manque cruel d’éléments dominants qui œuvrent au niveau de la Ligue nationale en dépit du fait qu’ils sont d’âge junior.
Ce dernier argument est incontestablement vrai dans le cas de Connor Bedard. En ce qui a trait aux Fantilli, Wright, Benson et Korchinski, quelles sont les garanties que ces joueurs auraient eu un impact majeur sur le rendement de la sélection?
Cette nomenclature aurait assurément inclus le nom de Matthew Poitras si les Bruins ne l’avaient pas prêté à Équipe Canada junior... pourtant, Poitras n’a absolument rien cassé dans le tournoi.
Toutefois, je veux bien admettre que ces quatre ajouts auraient certainement permis d’au moins battre la Tchéquie en quarts de finale...
Ce que je veux dire par là, c’est que je trouve qu’il y a un manque de nuance généralisé lorsqu’il s’agit de questions nationales comme Équipe Canada junior...
Une fois qu’on s’est dit ça, là on peut remonter aux éditions passées. Les statistiques sont ronflantes quant aux succès canadiens face aux meilleurs juniors au monde.
Il y a dans les titres précédents suffisamment de matière à réconfort. Il y a les trois médailles d’or lors des quatre derniers tournois.
Dans quatre des six dernières éditions... dans cinq des 10 derniers championnats... dans six des 15 derniers tournois... dans 10 des 27 présentations depuis 1998...
Bref, il y a de quoi s’endormir à poings fermés, moindrement que l’on se refuse à réfléchir à une tendance qui nous annonce une réalité à venir, disons, moins glorieuse.
Les États-Unis font maintenant l’envie du reste du monde
Les États-Unis sont un train lent, mais certain. La loi du nombre va inévitablement les amener à dominer la scène mondiale avant longtemps.
De nation faible en hockey qui développait essentiellement des bœufs de corridor il y a 30-40 ans, les Américains se sont retroussé les manches et, grâce à une volonté de Gary Bettman et d’anciens joueurs de la LNH, se sont dotés de programmes de développement qui font l’envie du reste du monde.
Le genre de programme que le Canada se refuse à mettre de l’avant... pourquoi? Seuls les dirigeants de Hockey Canada le savent, mais à les voir faire de l’aveuglement volontaire sur toutes sortes de questions, dont des questions criminelles - pensons à leur laxisme autour du viol collectif de London en Ontario en 2019 -, comment croire qu’ils ont ce qu’il faut pour se regarder dans le miroir et se dire que s’ils ne changent pas fondamentalement leur programme de développement, le Canada sera dépassé, et pas seulement par les États-Unis, avant longtemps...
Je reparle des Américains, car au calcul du nombre, on aura toujours le loisir de nous mettre la tête dans le sable, de nous dire qu’ils sont tellement plus nombreux que c’est normal qu’ils développent davantage de joueurs pour la Ligue nationale.
Mais est-ce que le Canada se départagera à parts égales les médailles d’or avec la Suède et la Finlande éventuellement? Sans compter quelques nations émergentes comme l’Allemagne ou la Suisse? Pas impossible... et alors on ne pourra évoquer le nombre pour justifier les résultats, car à elles trois, la Suède, la Finlande et la Suisse comptent 14 millions d’habitants de moins que le Canada.
Il suffit de voir le % décroissant de joueurs de la Ligue nationale qui sont d’origine canadienne pour comprendre que quelque chose ne va pas dans notre développement... et l’affaissement des frontières du hockey ne peut en être la seule explication...
Bref, Équipe Canada junior a échoué au Championnat mondial, tant mieux si elle nous fait honneur en se couvrant d’or l’an prochain, ce qui n’est pas impossible.
Mais je refuse d’ignorer que Hockey Canada est caduque et dépassée, tout comme ses subalternes, notamment Hockey Québec... alors, on agit quand?