Hockey au Québec : «on l’a échappé»

Jean-Charles Lajoie
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Mettons ça au clair en partant, il n’y a pas de scandale dans les sélections connues d’Équipe Canada junior (ÉCJ) et d’Équipe Canada en vue de la Confrontation des 4 nations.
Ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas scandaleux. La présence de Samuel Montembeault comme troisième roue alléguée du carrosse devant la cage de l’unifolié autant que la présence de deux Québécois seulement sur 32 invités au camp final d’évaluation d’ÉCJ amènent un constat sans appel : c’est une catastrophe!
Tout naturellement j’ai tendance à pointer le «all canadian club» et son légendaire mépris pour le Québec lorsque je réagis à chaud à ces minces sélections. Le «all canadian club» règne au bénéfice des anglophones canadiens depuis toujours et pour toujours.
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C’est vrai chez les juniors autant que chez les séniors. Le Québec est un mal nécessaire. Les «pea soup» et leur société distincte, les empêcheurs de juste parler et écrire en anglais, la seule vraie langue reconnue dans le trop grand pays sont autant de freins à un élan naturel d’unicité, de valeurs et de choix équitables de la mafia du Haut-Canada.
Hélas pas cette fois-ci. Cette fois, c’est le hockey québécois qui a tous les torts. Ça fait longtemps que plusieurs sonneurs d’alerte dont je suis agitons le drapeau rouge en disant que le Québec régresse dans sa capacité à développer des bons joueurs de hockey, que des nations moins populeuses en Europe et ailleurs sur la planète font les choses autrement et que le fruit de leurs efforts rapporte des dividendes exceptionnels.
L’exemple le plus probant est la Finlande, pays dont la population vient à peine de franchir le cap des 5,5 millions d’habitants. La Finlande compte plus de joueurs actifs de la Ligue nationale que le Québec qui vient de franchir le cap du 9 millions d’individus, soit 3,5 de plus que les Finnois. Je vous épargne la qualité des joueurs finlandais de la Ligue nationale, de loin supérieure à la qualité de nos Québécois.
C’est devant le filet que le fossé est le plus grand entre ce que nous étions et ce que nous sommes devenus. La pépinière exceptionnelle de gardiens québécois a fini par se tarir au bénéfice de nations comme la Russie, la Suède et la Finlande.
Autrement dit, on l’a échappé! On est plus dans le coup et même pas proche d’y revenir et encore, ça risque de se faire à grands coups de gars d’origine québécoise qui ont été formés aux États-Unis et qui avec une double nationalité pourraient même choisir d’endosser l’uniforme américain plutôt que l’uniforme canadien.
Et que fait-on ici chez nous? Rien! Lorsqu’on en parle, on se met d’accord pour dire que la situation est alarmante, mais personne n’agit sciemment afin de changer les choses.
Ça fait longtemps que je le répète, mais croire que Hockey Québec à la situation en mains et qu’elle est apte à opérer un virage à 180 degrés de ce fâcheux constat équivaut à croire au Père Noël.
Et croire que Hockey Canada va lever le petit doigt pour aider le Québec équivaut à croire pouvoir convoler en justes noces avec la Fée des étoiles. Les bonzes canadiens nous regardent avec mépris et sont juste heureux de ne plus être obligés de composer avec les Brodeur, Roy, Lemieux et autres grands joueurs d’une époque totalement révolue.
C’est à l’État québécois de se prendre en mains et d’agir. François Legault a bien d’autres chats à fouetter et ce n’est pas très gagnant politiquement d’attaquer de front le problème du développement de nos jeunes joueurs de hockey, mais chaque jour qui passe nous éloigne de retrouver la notoriété perdue au niveau national.
Le Québec est désormais pratiquement élagué de la scène internationale et je refuse d’avaler la couleuvre que ce n’est qu’une affaire de cycle, que ce n’est qu’un creux de vague, le Québec n’a plus force de loi, n’a plus de réel pouvoir de régner à hauteur de ce qu’il devrait auprès de Hockey Canada.
En attendant un vrai moratoire dont le comité mandaté aura du temps afin de pondre un rapport exhaustif autant que la garantie que celui-ci ne sera pas tabletté dans la seconde suivant une belle conférence de presse ou le verbiage stérile ne nous fera que comprendre que rien ne va changer.
En attendant qu’un chef d’État agisse concrètement suivant ses belles paroles, montrant qu’il a saisi l’importance de redorer le blason de ce qui fut notre sport national, que ce leader fera ce qu’il promettra et qu’il ira jusqu’à défendre à l’IIHF le droit au Québec de disputer sous sa propre bannière les championnats mondiaux juniors et séniors.
En attendant que vous pis moi autant que ce chef d’État saisissions l’urgence d’agir et le caractère fédérateur, le moteur de fierté que peut procurer le jeu du hockey sur tout un peuple.
En attendant... rien! On plie, on rampe, on est soumis au sinistre constat d’une société malade et incapable de se sortir du trou qu’elle s’est elle-même creusé à force de laxisme et d’aveuglement volontaire indécents.