Haltérophilie: un intello chez les hommes forts


Joseph Facal
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C’était ma première fois chez les hommes forts, les vrais de vrais. Sacrebleu!
Une chance que ma femme n’était pas là. J’aurais eu droit à des remarques ironiques.
Après mon escapade moderniste d’hier au breaking, je revenais vers l’un des plus vieux sports pratiqués par l’humain: je peux soulever plus que toi, OK?
Onze hommes s’affrontaient. Leur poids corporel ne devait pas dépasser 102 kg ou 224,8 livres.
C’est un peu ma zone actuelle, je le confesse, mais disons que c’est réparti différemment sur ma charpente d’Apollon.
Le champion chinois
Environ 4000 personnes, je dirais. Un public exclusivement d’amateurs de ce sport. Rempli à pleine capacité. Mais la disposition intérieure me surprend.
Vous avez des gradins sur trois côtés, mais aussi des sièges de parterre, comme lors d’un spectacle musical ou au théâtre.
Il y a deux concours en fait: l’arraché et l’épaulé-jeté.
À l’arraché, la barre doit aller du sol jusqu’au bout de vos bras en un seul mouvement continu.
À l’épaulé-jeté, vous procédez en deux temps: d’abord, la barre est amenée aux épaules, sous le menton, où vous faites une pause, puis, dans un second mouvement, au bout des bras.
Vous avez droit à seulement trois essais par concours. Le corps ne pourrait pas faire tellement plus de toute façon.
On additionne votre meilleur résultat dans chacune des deux épreuves pour faire un total qui déterminera le podium.
Il y a donc une dimension stratégique. Comme vous n’avez que trois essais, il faut soigneusement choisir à quel poids vous commencez.
Vous devez donc connaître vos capacités et celles des autres. Vous débutez prudemment ou audacieusement?
Logiquement, vous devinez qu’on soulève beaucoup plus à l’épaulé-jeté qu’à l’arraché.
Chez les gars de ce poids, le record du monde à l’épaulé-jeté est de 232 kg (511,4 livres) et appartient au Chinois Liu Huanhua, qui détient aussi le record mondial du combiné (413 kg ou 910,5 livres).
Bref, les gars soulèvent entre deux et trois fois leur propre poids corporel. Capoté!
Mais c’est aussi incroyablement technique. Il faut «exploser» au bon moment. La coordination et la synchronisation doivent être parfaites.
Les gars ont des corps incroyables, mais plus «normaux», moins «monstrueux» que ceux des culturistes.
Ils ne se regardent pas dans le miroir pour chercher ensuite à gonfler davantage telle ou telle partie de leur corps. C’est la quantité de fonte soulevée qui compte.
Le bruit que fait une barre de 500 livres quand le gars la laisse tomber au sol fait frissonner. Vous pensez inévitablement à vos orteils.
Arrive donc le fameux Chinois Liu Huanhua, 22 ans. Bâti comme une borne-fontaine. Des cuisses et des bras comme des troncs d’arbre.
Il commence quand la plupart des autres ont déjà soulevé le plus qu’ils pouvaient et ont terminé.
Une fois l’or dans la poche et tous les autres en congé, il s’essaie pour un nouveau record du monde à 233 kg.
Du délire. La foule pousse avec lui. Il y est presque, les yeux fermés, tout rouge, tendu au maximum, tout s’arrête pendant un instant, mais il lui en manque un tout petit peu.
Persévérance
Fantastique, l’haltérophilie, vraiment! Quand le gars a la barre au bout des bras, mais qu’il tremble tellement c’est pesant, et que tous, subjugués, retiennent leur souffle – parviendra-t-il à la stabiliser ou non? –, c’est un moment fantastique.
J’ai A-DO-RÉ l’haltérophilie, mais avec une pointe de regret. Ces athlètes fabuleux n’auront jamais le dixième de la notoriété d’un «pousseux de puck» ou d’un «goon» de 4e trio de la LNH.
Ils sont d’autant plus admirables d’avoir persévéré sur ces chemins qui ne seront jamais pavés d’or.
CETTE PATATE CHAUDE QUI BRÛLE LES MAINS DU CIO
De toute évidence, le CIO n’aura d’autre choix, pour l’avenir, que de se pencher sur cette difficile question des athlètes «intersexués», devenue sa nouvelle patate chaude.
Voyez en effet l’incongruité de la situation. Aux JO, une athlète féminine avec des caractéristiques biologiques partiellement masculines peut boxer, mais ne peut pas courir (Semenya).
C’est ainsi parce qu’en 2021, le CIO a renoncé à imposer des règles uniformes, préférant laisser les fédérations sportives se débrouiller avec le dilemme.
Certaines fédérations ont agi, d’autres non.
Il est vrai que la question est extraordinairement compliquée. La problématique d’un athlète intersexué n’est pas la même que celle d’un athlète trans (qui veut changer de sexe ou qui se sent appartenir à l’autre sexe).
Dans le cas de la boxe, le conflit très envenimé entre la fédération de boxe (l’IBA) et le CIO a conduit ce dernier à imposer sa loi pour les JO, d’où la présence à Paris des deux boxeuses dont on a tant parlé.
Critères
Prenons ici un peu de recul historique.
Les femmes intègrent les sports olympiques à partir des années 1920, à des vitesses différentes selon les sports.
Dès le départ, on réalise qu’il y a des différences physiques massives et on ajuste les épreuves en conséquence.
Par exemple, le javelot des femmes est plus léger et les haies sont moins hautes. À Paris, vous avez remarqué que les boxeuses portent des casques, mais pas les hommes.
Dès lors, quand arrive un athlète intersexué, les règles traditionnelles ne suffisent plus.
L’homme typique produit de 10 à 30 fois plus de testostérone que la femme typique. L’écart se creuse à la puberté.
À poids égal, l’homme typique aura en moyenne une masse musculaire de 30% supérieure à celui de la femme typique.
Imaginez maintenant une athlète avec des caractéristiques physiologiques typiquement masculines, dans un sport de combat, affrontant une femme à la physiologie strictement féminine.
C’est simple: sans critères scientifiques rigoureux de démarcation, vous ne verriez jamais une femme sur un podium olympique.
ÉTRANGE
Un haltérophile essaie de soulever sa barre, l’échappe et culbute vers l’avant. Rien d’effrayant. Zéro blessure. Mais deux préposés se précipitent avec un drap gris tendu par deux bâtons pour faire un écran, afin que le public ne voie plus. Je n’avais vu cela qu’à l’équitation après la chute d’un cheval.
ATMOSPHÈRE, ATMOSPHÈRE
Ma femme et moi étions dans un restaurant qui présentait cette finale du soccer masculin complètement folle entre l’Espagne et la France. Les serveurs avaient la tête ailleurs. Comment les blâmer? La Cage aux Sports n’est plus la même depuis que le Canadien n’a plus les Nordiques dans les pattes.
ET SI ON SE PARLAIT?
Un agent de sécurité me dit: «Monsieur, vous ne pouvez pas passer ici, il faut faire le tour». Moi: «Mais c’est votre collègue qui m’envoie ici». Lui: «Il ne travaille pas pour la même agence que moi, monsieur». Moi: «Et si vous vous parliez?». Fréquent. Un petit peu trop.
SENS UNIQUE?
Plusieurs lecteurs soulèvent une question massive pour laquelle j’attends encore une réponse satisfaisante. Si les chromosomes XY (homme) et XX (femme) n’ont plus guère d’importance, pourquoi ces athlètes «différents» veulent-ils toujours compétitionner dans les catégories féminines et jamais masculines?