Guylaine Tremblay : «Être grand-maman, c’est mon sport préféré»
Alicia Bélanger-Bolduc
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Guylaine Tremblay sera de retour au Théâtre Duceppe pour la pièce 24 poses (portrait), qu’elle avait déjà interprétée il y a 25 ans. De beaux souvenirs pour l’actrice, qui semble encore et toujours au sommet de son art.
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Guylaine, parlez-moi de la pièce 24 poses (portrait).
C’est le 40e anniversaire de Richard, le fils aîné de la famille. Tout le monde se réunit dans la cour de son bungalow pour souligner l’événement. À la lecture de la pièce, on pourrait croire qu’il ne se passe rien d’exceptionnel, mais justement, tout est dans les silences, les petits rires gênés, comme dans nos propres familles. Ce sont surtout toutes les choses qui ne sont pas dites entre les répliques qui sont intéressantes à observer. Les familles qui ont l’air parfaitement banales et normales ont toutes leurs petits trésors cachés ou leurs secrets qu’elles préfèrent ne pas exposer. C’est une famille qui s’aime, mais qui ne le montre pas toujours de la meilleure façon. Les enfants ont emprunté des chemins différents, ce qui fait qu’ils ne sont plus tous dans la même classe sociale. J’interprète la mère de famille, Claire, et Martin Drainville joue mon conjoint.
Est-ce que la force du texte est justement que tout le monde peut s’y reconnaître ?
Oui, absolument. Peu importe la classe sociale à laquelle tu appartiens ou le type de famille dans laquelle tu as grandi, il y a quelque chose de très universel là-dedans. Ce sont tous ces petits malaises qui, parfois, font rire... et d’autres fois, beaucoup moins. Comme dans toutes les familles, finalement. Il y a des moments où ça dérape, où la discussion prend une tangente à laquelle on ne s’attendait pas. Je suis certaine que des gens dans la salle vont se dire : « Oh non, ils ne vont pas aller là ! » Et pourtant, oui. Ce sont les paroles de trop, ce qu’on n’aurait pas dû dire. Ce sont des gens qui s’aiment, mais pour qui ce n’est pas toujours évident de le démontrer.

Vous avez interprété cette pièce il y a plus de 25 ans en jouant la fille ; aujourd’hui, vous incarnez la mère. Comment avez-vous redécouvert le texte ?
Je jouais effectivement Carole en 1999, et la mère était interprétée par Louison Danis. Ce n’est pas la première fois que je reprends un rôle de Louison au Duceppe ; Encore une fois, si vous permettez, de Michel Tremblay, avait été une autre expérience semblable.
C’est assez étrange, parce qu’il y a différentes étapes dans mon processus. D’abord, il a fallu que je me détache de la musicalité du personnage de Louison, qui était encore très présente dans ma tête. En relisant la pièce, je n’entendais qu’elle. Il faut maintenant que je trouve ma Claire à moi. Nous n’avons pas encore commencé les répétitions, mais je suis certaine que le travail collectif va beaucoup m’aider. D’un autre côté, je sais très bien ce que Carole pense de sa mère... mais comme personnage, je ne suis pas censée le savoir.
C’est une occasion incroyable de rejouer la même pièce et d’y incarner deux personnages totalement différents. C’est un privilège que l’âge permet.
Vous entretenez une relation particulière avec le Théâtre Duceppe ?
Oui, vraiment. Je serai même de retour plus tôt que prévu, puisqu’on reprend Janette en décembre ! J’ai commencé à jouer ici dans les années 1990 ; ma fille venait tout juste d’arriver avec nous. J’y ai toujours vécu des moments incroyables. Nous avons toujours été accueillis avec beaucoup de soin et de respect. Il y a un véritable esprit de famille au Duceppe ; on s’y sent chez soi. Jouer ici est quelque chose de très chaleureux et convivial. Chaque fois que je monte sur cette scène, dans cette salle incroyable, ça me procure un sentiment très spécial.
Quelle est l’importance du théâtre dans votre parcours, alors que plusieurs vous connaissent surtout pour vos rôles à la télévision ?
Je viens du théâtre. Il m’a fallu environ dix ans avant d’accéder à la télévision, notamment parce que j’ai passé les cinq ou six premières années de ma carrière à Québec, où je faisais beaucoup de théâtre. Il y a eu une période où j’en ai fait moins, surtout lorsque mes filles étaient très jeunes ; les horaires étaient plus difficiles. J’ai toujours dit, à la blague, que lorsqu’elles ont été plus grandes, elles étaient bien contentes que je sois absente le soir ! (rires) Le théâtre est une excellente mise au point pour un acteur. Ça le garde alerte, ça le sort de sa zone de confort, et ça demande une énergie très particulière. Tant que je le pourrai, je souhaite continuer à monter sur scène régulièrement.

Quels sont vos autres projets ?
Il y a la tournée de Fallait pas dire ça !, avec Denis Bouchard, qui tire à sa fin. J’ai aussi un petit rôle dans Antigang, et j’espère retourner en tournage avec eux bientôt. Et puis, Janette revient en décembre 2026 chez Duceppe. Je pense que ça résume pas mal tout !
D’un regard extérieur, vous semblez avoir toujours mille et un projets.
Je comprends cette impression, surtout parce que La Petite vie est encore rediffusée, plus de 30 ans après, et qu’on continue de m’en parler. Plusieurs de mes projets continuent de vivre à l’écran, ce qui colore la perception des gens. Il y a eu des années beaucoup plus chargées, mais en ce moment, je travaille sur des projets que j’aime profondément. C’est un immense privilège d’être encore là après 42 ans de carrière, qu’on pense toujours à moi et qu’on m’offre des projets aussi stimulants.
Est-ce que vous vous sentez occupée en ce moment ?
Pas tant que ça, honnêtement. Les tournages ont souvent eu lieu bien avant la diffusion. Depuis janvier, j’ai très peu travaillé, et on est déjà rendu à la fin avril. Pour moi, ce sont simplement des périodes plus calmes.
Qu’aimez-vous faire durant ces moments plus tranquilles ?
Je joue à la grand-mère avec ma petite-fille Amélia, c’est mon sport préféré en ce moment ! Je m’amuse énormément. J’en profite aussi pour voir mes amis et ma famille, et pour prendre soin de moi. J’ai davantage le temps, par exemple, d’aller marcher sur de longues distances.

Est-ce que la relation avec votre fille a évolué depuis qu’elle est devenue mère à son tour ?
Je la redécouvre complètement. Elle est passée de fille à femme. Je découvre sa force, son courage, son énergie et sa résilience. Je la trouve vraiment formidable et je prends soin de le lui dire. C’est une excellente maman ; je la sens solide, bien ancrée. Je l’admire autant comme mère que comme fille. Quand on élève ses enfants, on se remet constamment en question, on se demande si on a bien fait les choses. Je crois qu’on lui a transmis de belles valeurs, et elle est en train de faire la même chose avec sa fille.
Avez-vous des projets familiaux pour l’été ?
Je ne sais pas encore. Tout dépendra des tournages et des répétitions de 24 poses, puisque nous entrons en salle en septembre. Ce seront probablement de petites escapades ici et là, mais pas un long congé. Ça se décidera sans doute à la dernière minute.
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