Guhle n’est pas reconnu à sa juste valeur

Marc de Foy
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Lane Hutson par-ci, Lane Hutson par-là. On dirait un arbre qui cache la forêt de la brigade des défenseurs du Canadien. Vous pensez bien que le grand adepte d’analogie qu’est Martin St-Louis embarque dans le jeu.
«Ça prend plus qu’un arbre, enchaîne-t-il en riant.
«Quand on a une forêt, ça veut dire qu’on est en bonne shape. C’est ce qu’on essaie de bâtir. Ça prend des arbres différents, ça prend des bonnes racines.
«Je pense qu’on a ça.»
Développer ses atouts
Kaiden Guhle est l’un de ces arbres. Il ne reçoit pas le mérite qui lui revient, mais il est à la défense ce que Nick Suzuki et Cole Caufield sont à l’attaque. Un jeune joueur qui apporte beaucoup et qui n’a pas fini de grandir.
St-Louis est témoin de son évolution pratiquement depuis ses débuts dans la Ligue nationale. Il occupait le poste d’entraîneur-chef du Canadien depuis février 2022 lorsque Guhle est arrivé à Montréal l’automne suivant.
«Au départ, je voyais son coup de patin, ça l’aidait dans son jeu défensif, raconte St-Louis.
«En même temps, c’était fatigant pour l’adversaire. On sait qu’il a un côté offensif et qu’il va continuer à évoluer à ce chapitre.
«Hutson a pour sa part un côté défensif qu’il va continuer à développer.»
L’entraîneur poursuit son discours dans le même sens.
«On demande à Kaiden de relancer l’attaque, de faire une bonne première passe, dit encore St-Louis,
«On demande à Lane de gagner ses batailles à un contre un. Les deux joueurs ont des atouts que l’on aide à développer afin d’en faire des joueurs plus complets.»
Guhle a toutefois une force que Hutson ne possèdera jamais. Il lui arrive d’appliquer de solides mises en échec.
On l’a vu dans les premiers instants du match de lundi dernier contre les Canucks de Vancouver, alors qu’il a envoyé Jonathan Lekkerimaki sur les roses. On ne lui a d’ailleurs que deux des quatre mises en échec qu’il a distribuées dans ce match.
Son implication physique était au nombre des qualités qui avait incité le comité dse gestion de Marc Bergevin à en faire son choix de première ronde en 2020.
Deux choix s’offraient au Canadien: abandonner ou relever la tête
Un dicton sportif dit qu’on ne peut relancer une équipe en difficulté en pressant simplement sur un bouton. C’est pourtant ce que le Canadien a fait au cours du dernier mois. Bon, on l’a dit et on va le répéter alors que l’équipe s’apprête à attaquer la seconde moitié de son calendrier régulier. Elle n’a encore rien accompli, pour reprendre les mots exacts de Kent Hughes.
Reste que sa remontée des dernières semaines relève d’un coup de force. Après les deux premiers mois de la saison, tout le monde avait fermé les livres avec le souhait que la situation s’améliore la saison prochaine.
Tout le monde sauf les joueurs du Tricolore, à écouter Kaiden Guhle, ce brillant jeune défenseur de qui on devrait parler plus souvent.
«On a toujours cru qu’on avait le potentiel pour être meilleurs, lorsqu’on était dans le creux de la vague. C’est ce qu’on fait présentement, dit-il.
«On n’était pas contents de notre début de saison. On aurait pu balayer le reste de la saison du revers de la main et se dire que l’on tenterait notre chance à nouveau l’an prochain.
«On s’est plutôt craché dans les mains et on s’est mis au travail en travaillant fort pendant les entraînements et en regardant des quantités de vidéos pour étudier ce qu’on pouvait améliorer.
«On est contents où on est en ce moment, mais on n’est pas satisfaits. Il nous reste beaucoup de travail à faire.»
Pas facile de perdre à répétition
Les joueurs dont les équipes sont en reconstruction finissent souvent par dire qu’ils en ont marre de perdre. Connor McDavid l’a déclaré tout haut avec les Oilers d’Edmonton.
Depuis les débuts de Guhle à Montréal, le Canadien présente une fiche de 80-99-25 en deux saisons et demie. L’athlète albertain, qui célébrera son 23e anniversaire de naissance dans moins d’une dizaine de jours, a raté 54 de ces matchs en raison de blessures.
À peine la présente saison commencée, le discours du triumvirat Molson–Gorton–Hughes qui disait souhaiter que leur équipe soit de la course aux séries sonnait faux. Au lieu de voir de la progression, le Canadien avançait en arrière, comme le disaient les chauffeurs d’autobus dans mon jeune temps.
Ce n’était pas joli à voir, pas dans les autobus quoique...
Le Canadien encaissait des dégelées gênantes.
De quoi démolir le moral des joueurs pour qui la confiance est la base du succès.
«On n’était pas tant découragés que surpris par notre léthargie, raconte Guhle.
«Personnellement, j’entretenais de grandes attentes envers moi-même et l’équipe. Aujourd’hui, je ne suis pas étonné de voir où on en est.»
Bel esprit d’équipe
Guhle cite le bon esprit d’équipe parmi les causes qui ont contribué à ce retour en force.
«Notre groupe est tissé serré, affirme-t-il sur un ton qui ne peut être mis en doute.
«On joue ensemble, on est comme des frères. C’est la meilleure recette pour connaître du succès. L’unité est importante dans une culture gagnante.
«Je l’ai vécue avec les deux équipes championnes de la Ligue junior de l’Ouest dont j’ai fait partie.»
Martin St-Louis a son mot à dire là-dedans, bien qu’il ne soit pas facile de garder 23 joueurs heureux et sur la même longueur d’onde.
«Il en connaît beaucoup là-dessus pour avoir joué avec des équipes gagnantes durant sa carrière de joueur, enchaîne Guhle.
«Il n’est pas facile, effectivement, pour un entraîneur de satisfaire 23 joueurs. Mais c’est à chaque joueur d’accepter son rôle et la place qui lui est attribuée dans son équipe.
«Les gars doivent réaliser qu’ils ne peuvent pas tous être utilisés en supériorité numérique.»
C’est avec cette prémisse que le Canadien complétera sa première moitié de saison demain soir, à Washington, et entamera sa seconde samedi soir, au Centre Bell, contre les Stars de Dallas.
Pour le moment, on ne demande à cette équipe qu’elle continue à nous surprendre et à nous divertir. Pour le reste, on verra plus tard.