Groupe WhatsApp, textos supprimés, craintes de délation: la loi 2 a semé la panique au sein des médecins spécialistes
Des affidavits déposés dans le cadre de la contestation de la loi révèlent les craintes de représailles

Éric Yvan Lemay
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Utilisation de messageries cryptées, textos supprimés, peur de parler à son conjoint: les témoignages de médecins dans le cadre de la contestation judiciaire de la loi 2 montrent le sentiment de panique qui a gagné la profession.
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«J’ai pris des mesures tout à fait exceptionnelles que je n’aurais jamais imaginé devoir prendre et que je croyais réservées aux pays totalitaires: j’ai entrepris de supprimer les messages que j’ai échangés avec ma propre conjointe, de peur de faire l’objet de représailles», a indiqué un spécialiste en médecine interne dans un affidavit déposé à la cour.
Ces témoignages accompagnaient la procédure intentée par la Fédération des médecins spécialistes contre le projet de loi 2 adopté sous bâillon par le gouvernement.
Groupe WhatsApp
Ils craignent notamment d’être pénalisés financièrement en raison de la loi spéciale et certains ont demandé que leur nom soit gardé secret. Une demande qui a été rejetée par le juge après une contestation des médias. Or, plutôt que de rendre publique l'identité des médecins, les affidavits ont plutôt été retirés du dossier de la cour. Nous pouvons tout de même révéler des extraits non caviardés.
«Un collègue a même créé un groupe WhatsApp... par crainte que la discussion sur Microsoft Teams, hébergée par les serveurs de notre établissement, soit surveillée par le gouvernement», indique un directeur des services professionnels qui a remis sa démission comme chef de département dans son hôpital.

Un autre dit craindre que de discuter de la fermeture de sa clinique, faute de financement suffisant, ne soit considéré comme un moyen de pression concerté interdit par la loi.
Craintes des sanctions
Les médecins qui ont rédigé des affidavits ont pour la plupart entamé des démarches pour travailler en Ontario ou ailleurs au pays. Certains disent déjà magasiner les maisons ou regarder les écoles pour leur enfant.
Encore là, ils s’inquiètent que leur démission puisse être considérée comme un moyen de pression.
«Je suis donc hautement préoccupé qu’on traite mon éventuelle démission – et celle de ma conjointe – comme une action illégale qui justifie l’imposition de pénalités sévères», indique le spécialiste en médecine interne.
Un pneumologue qui songe lui aussi à partir avec sa conjointe envisage de séparer les démissions de six mois pour éviter les sanctions prévues à la loi.
«Depuis l’adoption de loi 2, je vis une charge émotionnelle écrasante», écrit-il en précisant que cela a des impacts sur sa pratique et sa vie personnelle.
Certains songent à fermer leur cabinet et à quitter la profession.
«Je n’ai plus non plus l’âge et l’énergie d’effectuer des gardes», indique un neurologue qui compte 25 ans d’expérience.
Il se dit très inquiet des impacts de la loi sur sa vie professionnelle et personnelle. La fermeture éventuelle de sa clinique est évoquée à demi-mot avec ses collègues.
«Cette situation est anxiogène», conclut-il.
- La FMSQ contestait entre autres l’article 31, qui interdit aux médecins de participer à des actions concertées pour faire diminuer ou ralentir leurs activités professionnelles.
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