Gretzky n’est coupable de rien


Marc de Foy
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Wayne Gretzky a perdu son immunité au Canada. Sa relation avec Donald Trump au moment où le président américain entend prendre des dispositions pour nous livrer une guerre commerciale ne passe pas.
Le Canada anglais, pour qui Gretzky représentait ce qui se rapprochait le plus de la royauté, est déçu et scandalisé. Rappelez-vous le faste de son mariage avec l’Américaine Janet Jones à Edmonton, en juillet 1988.
On n’avait jamais vu pareil mariage au pays jusque-là.
Trois semaines plus tard, le propriétaire des Oilers Peter Pocklington, aux prises avec des ennuis de liquidités, échangeait «la Merveille» aux Kings de Los Angeles.
L’affaire avait fait grand bruit. Les citoyens d’Edmonton voulaient expulser Pocklington d’Edmonton. Ils le pendaient en effigie partout dans la ville.
Ils criaient au scandale!
Un Américain avant tout
Gretzky est quant à lui devenu le promoteur numéro un du hockey aux États-Unis. Tout en remplissant sa mission de vendre son produit, il s’est américanisé.
Après Los Angeles, il a joué brièvement à St. Louis avant d’aller terminer sa carrière sur la grande scène de Broadway, à New York. Il n’est jamais revenu vivre au Canada, mais ils sont plusieurs anciens joueurs canadiens à s’être établis aux États-Unis.
Mark Messier et Martin St-Louis ont leur résidence dans la région de New York. Après plusieurs années passées à Denver, Pierre Turgeon vit maintenant en Floride. Patrice Bergeron demeure à Boston.
Depuis 38 ans qu’il réside aux États-Unis, Gretzky n’est plus vraiment Canadien. C’est la même chose pour Bobby Orr, Raymond Bourque et Mario Lemieux, qui ont commencé leur vie d’adulte là-bas.
Respirons par le nez!
Les apparences permettent de croire que Gretzky est un partisan de Trump, même s’il ne s’est jamais prononcé publiquement sur la question.
Mais mérite-t-il d’être traité comme un paria au Canada?
Devrait-on débaptiser le Wayne Gretzky Drive à Edmonton et retirer sa statue devant l’amphithéâtre des Oilers, comme le suggère un homme d’affaires en vue de la ville?
Il faudrait commencer à respirer par le nez.
Pour autant que l’on peut être déçus, Gretzky a droit à son opinion. On vit en démocratie, un régime que plusieurs pays n’ont pas la chance d’avoir.
Gretzky n’a rien fait de mal. Il n’a tué ni escroqué ou volé personne.
Si on reste dans le hockey, son cas n’a rien de comparable à celui d’Alan Eagleson, qui a été trouvé coupable de s’être servi dans la caisse de retraite des joueurs, quand il dirigeait leur mouvement syndical.
Eagleson a purgé une peine d’emprisonnement de 18 mois pour son délit et a été dépouillé de tous les honneurs que le hockey et le gouvernement canadien lui avaient rendus.
Un dernier exploit?
Gretzky est une légende vivante. Il a réécrit le livre des records de la LNH de fond en comble; il sera heureux d’être sur place lorsque Alex Ovechkin abaissera son record de 894 buts.
Tout comme Gordie Howe l’avait fait pour lui quand il a surpassé la marque de 801 buts que détenait son idole.
On en veut tous à Trump pour les folies et les grossièretés qu’il nous lance par la tête. Même nous, Québécois, on s’est découvert une fibre patriotique canadienne.
On ne veut rien savoir de Trump et on ne veut surtout pas l’avoir comme notre leader suprême.
À cet égard, Gretzky pourrait peut-être faire une dernière chose pour le Canada s’il est vraiment proche de Trump. Il pourrait tenter de le dissuader d’imposer des tarifs sur les produits canadiens et de parler d’annexion.
Ce serait son plus grand exploit, mais tout indique que Trump mettra ses menaces à exécution. Car il est bien connu qu’il n’écoute que sa petite personne.