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Grandeurs et misères des «lab-écoles»

Photo portrait de Antoine Robitaille

Antoine Robitaille

2020-08-25T09:00:00Z

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Les plans et maquettes de six lab-écoles présentés hier sont indéniablement très jolis.

Ils annoncent des lieux à la mode du jour – donc vaguement scandinaves –, où le sans-cloison et la transparence seront privilégiés. Des lieux colorés, où le bois (qu’on imagine venir du Québec) est omniprésent.

On éprouve à les regarder des sentiments analogues à ceux qu’inspirent des plans d’appartements de luxe en copropriété !

Excusez l’ironie. Car ce projet n’est pas sans vertus. On sent les trois gourous à la source de l’initiative (le chef cuisinier Ricardo, l’athlète Pierre Lavoie et l’architecte Pierre Thibault) sincères dans leur volonté de concevoir des écoles représentant de meilleurs environnements pour les enfants de la nation, au primaire.

Et le travail accompli, après consultations et concours d’architectures (les premiers depuis 50 ans pour des écoles !), a donné des résultats intéressants. Il y a dans cet effort un aspect « recherche et développement » qui servira à bien d’autres constructions ou rénovations scolaires. C’est le bon côté du « lab ».

Rassurant

Le besoin est grand. Plusieurs écoles existantes, conçues dans les années 1960, 1970, 1980, ont quelque chose de déprimant.

Surtout celles à l’architecture brutaliste (tout en béton, style bunker). Les gris y dominent. Les matériaux sont froids, les fenêtres petites et rares, les plafonds bas, les couloirs étroits.

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Nouvelles écoles caquistes, maison des aînés caquistes, lab-écoles lancées sous les libéraux : il y a quelque chose d’honorable dans ce Québec qui, tous partis confondus, souhaite désormais voir évoluer ses vieux et ses jeunes dans des endroits beaux. « La beauté sauvera le monde », on le sait.

Autre aspect à souligner : chaque lab-école aura quelque chose d’unique. Celle de Rimouski ne sera pas la réplique de celle de Gatineau. On a pris soin d’inscrire l’école dans son territoire.

« Réinventer »

Malheureusement, une fois de plus, le débat sur l’éducation au Québec porte sur le contenant et non sur le contenu. Aussi beau soit l’environnement, si on n’y transmet que fadaises, on ne sera pas avancé.

Justement, se dégage de ce projet un syndrome de la « réinvention », du rejet du passé. Peut-on apprendre dans de vieux bâtiments ? Parfois même très vieux. Bien sûr, et – si ces constructions sont saines, sans amiante ou champignons ! – l’expérience peut être des plus inspirantes. Le passé n’est évidemment pas que noirceur. Il faut constamment le rappeler à notre époque arrogante, qui se croit supérieure dans l’ouverture à tout, mais qui excelle dans sa fermeture face au passé.

Signe troublant : à Québec, pour construire un lab-école, on a démoli l’ancienne école Stadacona. Ce n’était pas une merveille patrimoniale, mais le geste radical, qui effacera entièrement le passé, m’a semblé illustrer cette propension à vouloir faire table rase ; à « réinventer ».

Or, on ne peut penser l’école d’aujourd’hui ou de demain sans se référer à hier. À l’école, on n’enseigne pas l’avenir. Ni le présent d’ailleurs.

L’école a pour fonction d’introduire le jeune tel un « ferment nouveau dans un monde déjà vieux », disait Hannah Arendt. Un monde nécessairement plus ancien que lui. Dont il est l’héritier, pas seulement le « réinventeur ».

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