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Grand Prix et prostitution: 20 ans de récits à glacer le sang

Pas question d’abandonner la lutte contre ce fléau pour notre chroniqueuse Maria Mourani

Photo fournie par Maria Mourani
Photo portrait de Maria Mourani

Maria Mourani

2025-06-11T04:00:00Z

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Notre chroniqueuse Maria Mourani est criminologue, sociologue et présidente de Mourani-Criminologie. Spécialisée dans les gangs de rue, le crime organisé, la traite des personnes et l’exploitation sexuelle, elle suit de près les activités illicites en marge du Grand Prix de Montréal.


La première fois que j’ai osé m’attaquer publiquement et directement au Grand Prix du Canada, c’était en juin 2012. J’étais députée fédérale pour le Bloc Québécois. Et ça a fait tout un scandale.

Un matin comme les autres à Ottawa. Je me prépare pour une journée classique de députée: comité, période des questions, votes, bureau, etc. La routine.

Et puis, sur mon fil Twitter, je tombe sur un article sur le Grand Prix. Comme toujours, les éloges pleuvent sur les superbes retombées économiques pour Montréal. Toujours la même cassette. Toujours le même aveuglement volontaire.

J’en ai eu marre de ce jeu de l’autruche.

Alors j’ai tweeté: «Grand Prix... un événement sexiste et polluant. L’eldorado des proxénètes, des touristes sexuels et de toute l’industrie de l’exploitation sexuelle. Cela nous rapporte moins que cela nous en coûte – socialement, économiquement et humainement».

Une journée qui s’annonçait tranquille a viré en tornade. Le tweet est repris par un média. Vous devinez la suite.

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Mon fil Twitter devient un champ de bataille. Les pour, les contre, chacun y va de son opinion. Un débat comme il s’en faut dans une démocratie.

Ce qui m’a laissée sans voix, c’est l’attitude de mon propre parti. Ils ont préféré se dissocier plutôt que d’ouvrir les yeux.

J’ai passé la journée à répondre, à encaisser, à argumenter. J’étais crevée!

Le soir, venu, j’étais fière, parce que ce jour-là, sans même l’avoir planifié, j’avais mis le doigt sur un tabou. Et l’avenir allait me donner raison.

Cessez de faire l’autruche

Aujourd’hui, plusieurs acteurs de notre société reconnaissent que le Grand Prix est un véritable moteur d’exploitation sexuelle.

Plus personne ne peut jouer à l’autruche. Enfin, sauf les organisateurs du Grand Prix et des festivités de la rue Crescent, à savoir The Feldman Agency (TFA) et l’Association des marchands de la rue Crescent, le milieu de l’hôtellerie et... je m’arrête là!

Du côté des gouvernements, il y a eu du mouvement. En 2024, Ottawa et Québec ont débloqué des fonds pour la prévention. On peut s’attendre à quelques actions sur le terrain cette année. Du côté de Montréal, je cherche encore.

Les forces de l’ordre, elles, sont actives depuis plusieurs années. Prévention, interventions ciblées, surveillance. Ça travaille dans l’ombre.

Cependant, la majorité des actions préventives s’adressent aux victimes. Rares sont les efforts qui s’attaquent aux vrais responsables de cette industrie de la souffrance: les prostitueurs. Ceux qu’on continue d’appeler des «clients».

Les avancées sont là, mais se font à pas de tortue. Et le nombre de victimes n’a pas diminué.

Lorsque je suis fatiguée de ma lutte, je m’accroche aux victoires arrachées au fil des années.

Mais surtout aux victimes avec lesquelles je travaille. Des survivantes chez qui je constate les dommages considérables laissés par leurs années de prostitution.

Leurs histoires, si je les portais à l’écran, vous feraient dire que j’ai tout inventé.

David contre Goliath

Ça allume un tel feu en moi, qu’il m’est impossible de me décourager. De cesser de répéter notre cri de ralliement: David contre Goliath!

Voilà pourquoi je suis toujours de cette lutte contre la prostitution que je mène depuis 20 ans cette année.

20 ans à entendre des victimes et des survivantes me raconter des histoires d’horreur.

20 ans à devoir constamment éduquer sur les ravages de l’industrie du sexe.

20 ans à devoir lutter contre cette banalisation de la prostitution et cette pornographisation de notre société.

20 ans à se battre contre un système à broyer des vies, une machine générant des milliards de dollars.

Pourquoi après de si longues années?

Un rêve, une idée, une espérance un peu folle que David gagne un jour.

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