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Frank Schorpion parle de son rôle de méchant dans «Antigang»

Il campe Dan Murphy, un bandit irlandais.

Daniel Daignault

2026-01-08T11:00:00Z

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On est habitués à le voir camper des hommes qui fraient avec le milieu criminel, des personnages louches et souvent peu recommandables. Il y est habitué lui aussi et le fait à la perfection, comme quand il incarne Dan Murphy, le bandit irlandais de la série Antigang. Rencontre avec un ex-professeur d’éducation physique qui, un jour, a décidé de donner un coup de barre à sa vie en devenant acteur.

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C’est dans la maison des Laurentides où il habite avec sa conjointe, la comédienne Brigitte Paquette, qu’a lieu la rencontre avec cet acteur chevronné au parcours particulier. Lorsque je lui fais remarquer qu’il est souvent cantonné à des rôles de criminels, il répond en souriant: «Je ne comprends pas, je suis tellement fin! J’aimerais ça, un jour, faire quelque chose de plus léger, de la comédie, par exemple.»

Pour l’instant, il savoure pleinement sa participation à cette série. «J’ai toujours eu un rôle qui arrivait, au cours des dernières années, mais ce n’était jamais quelque chose d’envergure comme maintenant avec Antigang. Une quotidienne comme celle-là, je n’en avais jamais fait auparavant, et je peux dire que ça roule! Ce n’est pas seulement trois, quatre semaines, c’est plusieurs mois. Les tournages ont lieu jusqu’en mars. Avant d’embarquer là-dessus, je dois avouer que j’étais nerveux. Je me demandais si j’allais être capable de faire le travail. Je connais des acteurs qui ont des années de métier et qui ont dû arrêter de jouer parce qu’ils faisaient des crises d’angoisse devant la caméra. Mais je peux dire que ça va, et j’ai du plaisir. Les jeunes qui jouent mes deux gars sont bien l’fun, ce sont de bons acteurs. On dirait une vraie relation entre deux frères qui sont toujours en train de se taquiner.»

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Frank Schorpion se trouve assez chanceux de faire partie de cette série, parce qu’il a, bien sûr, constaté que l’industrie a énormément changé depuis la pandémie. «Il n’y a plus beaucoup de productions anglophones comparativement à avant, quand les Américains venaient ici avec de grosses productions. Là, c’est mort.» La dernière fois que l’acteur a tourné en anglais, c’était sur la série Three Pines. Dans cette adaptation de la série de romans policiers écrits par la Torontoise Louise Penny, il incarnait un flic un peu croche. «Une grosse maison de production de Londres avait décidé d’en faire une série. On voulait faire quatre, cinq années, mais finalement, il n’y a eu que huit épisodes sur un an. Ç’a été décevant. Tout de suite après, il y a eu une grosse série qui avait pour titre The Venery of Samantha Bird, tournée à Montréal, et j’ai eu la chance d’en faire partie. Mais on n’a même pas eu le temps de terminer la première année que la production a été arrêtée en raison de la grève des scénaristes à Hollywood. C’était plate, mais on se disait qu’après la grève, on allait recommencer le travail. Et puis non, ça s’est terminé là et la série n’a jamais été diffusée. Je n’en suis pas revenu. Ils ont perdu des millions, et j’ai trouvé ça dommage, parce que je pense qu’il y avait beaucoup de potentiel. La pandémie, la grève des scénaristes et maintenant l’intelligence artificielle qui est là, tout ça a affecté la business. J’ai des amis acteurs à Toronto et à Vancouver qui me disent que c’est mort, ils n’ont jamais vu ça. Il y a beaucoup d’acteurs, de bons acteurs, qui ne travaillent pas en ce moment.»

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Frank, lui, a beaucoup tourné depuis ses débuts, autant à la télé qu’au cinéma, aussi bien en français qu’en anglais. Une belle feuille de route pour un acteur qui compte plus de 35 ans de carrière, et qui était autrefois professeur d’éducation physique dans une école primaire du Manitoba. «J’ai fait ça durant six ans, et dès le début, j’ai trouvé que je n’étais pas à ma place. Avant ma dernière année d’enseignement, un été, je suis venu au Québec avec un ami. On a passé beaucoup de temps à Montréal et on sortait tous les soirs. Ça fait longtemps, c’était en 1987. On capotait, on trouvait ça tellement l’fun! J’avais dit à mon ami que j’aimerais passer un an à Montréal, juste pour voir. Mais je suis retourné à Winnipeg, j’ai fait ma dernière année d’enseignement, puis j’ai donné ma démission pour venir m’installer à Montréal en 1988.» Jeune, Frank rêvait d’être acteur, mais il voyait ça comme un rêve impossible. «À Winnipeg, il n’y avait pas d’industrie de la télévision comme à Montréal, et je ne pouvais espérer faire ce métier là-bas. J’ai eu de la chance quand même assez rapidement, avec deux séries québécoises où on avait besoin d’un anglophone. C’était L’or et le papier, et ensuite Au nom du père et du fils. J’étais à la bonne place au bon moment, j’avais l’âge pour jouer ces personnages, je parlais déjà français, mais je n’avais pas étudié pour être acteur, alors oui, j’ai vraiment été chanceux.»

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Les rôles se sont enchaînés, il a fait beaucoup plus de cinéma que de séries télévisées, mais parmi celles-ci, on note Omertà, O’, Mensonges, Le dernier chapitre, District 31 et Dumas. «Pendant un certain temps, j’ai eu l’impression que je faisais l’anglophone de service. C’était moins l’fun. Mais j’ai aussi été appelé à jouer souvent en français, ajoute-t-il. Dans Antigang, je parle en français et en anglais, et j’aime ça. Comme c’est ma langue maternelle, les textes en anglais s’apprennent beaucoup plus vite. Je peux parfois improviser en français, mais c’est toujours plus difficile.»

Frank avoue que le fait de partager sa vie avec une comédienne permet à chacun de comprendre ce que l’autre vit. «On sait ce que c’est. Quand on a des hauts, c’est bien l’fun, et quand on a des périodes creuses, ce n’est pas l’fun, mais on se supporte. Les acteurs sont des gens très sensibles et ils ont choisi un métier qui est difficile. Ma sœur m’a déjà dit: “Frank, toi qui fais de l’angoisse, pourquoi as-tu choisi un métier comme celui-là?” Un comédien qui exerce son métier, c’est avant tout parce qu’il aime ça, c’est aussi simple que ça.»

Brigitte: d’abord une coach et une collègue

Brigitte et Frank se sont rencontrés alors qu’ils faisaient partie d’une petite troupe de théâtre qui faisait des Meurtres et mystères. «On faisait aussi des ateliers avec un professeur américain qui venait souvent ici, et on a joué ensemble dans la série Diva. Au début, quand je suis arrivé au Québec, je n’avais aucune formation d’acteur, et c’est Brigitte qui a été ma coach. C’est une très bonne actrice, elle avait une école, sa méthode, et elle me coachait. Ç’a été rough au début, parce que je ne savais pas du tout ce que je faisais, et elle me le disait. Mais avec les Meurtres et mystères, on faisait de l’impro et j’étais quand même assez habile», confie Frank, pour qui retourner enseigner au Manitoba était désormais impensable. «J’ai eu l’occasion de jouer toutes sortes de rôles, des flics, des bandits, un astronaute, des médecins, des avocats, mais je n’ai jamais joué un professeur. Ça pourrait être amusant, j’ai déjà la formation!» ajoute-t-il en riant.

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L’acteur avoue qu’un des rôles les plus importants qu’il ait été appelé à jouer, et qui a été marquant pour la suite de sa carrière, a été celui de Michael Burns dans Monica la mitraille. Le film, on s’en souvient, mettait en vedette Céline Bonnier et Roy Dupuis. «Au début, le réalisateur, Pierre Houle, voulait avoir un autre acteur anglophone, mais celui-ci avait un conflit d’horaire, et on m’a appelé à la dernière minute pour jouer ce personnage. Je n’avais pas beaucoup de temps pour me préparer, j’étais extrêmement nerveux, et comme c’était un voleur de banques écossais, on m’a demandé d’avoir un accent écossais, en français et en anglais. J’ai eu neuf jours pour me préparer et je n’avais pas de coach, alors j’ai joué le film Trainspotting, avec des acteurs écossais, et j’ai essayé d’imiter leur accent. Ç’a été marquant, ç’a été une bonne expérience.» 

Après une longue carrière comme la sienne, l’acteur caresse-t-il encore certains rêves? «Je pense qu’après toutes ces années, on ne se fait plus d’idées, dit-il en riant. Quand on commence, on a des projets, on pense à la possibilité d’avoir une grande carrière internationale. On se dit qu’on est jeune — sauf que moi, j’ai commencé quand même tard dans le métier, et avec le temps on retombe dans la réalité. Le rêve, maintenant, c’est juste de pouvoir continuer à vivre de mon métier.» Frank Schorpion suit évidemment de près la carrière de Charlotte Le Bon, la fille de Brigitte Paquette. Aimerait-il jouer dans un de ses films, être dirigé par la réalisatrice? «C’est sûr! Mais il faudrait qu’elle me paie», lance-t-il en riant.

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