François Legault face à Donald Trump: suspendre l’exportation d’électricité ou taxer Amazon?

Rémi Nadeau
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François Legault n’a pas écarté de suspendre l’exportation d’électricité québécoise au sud de la frontière en guise de représailles aux tarifs douaniers que veut imposer Donald Trump. En vérité, c’est la dernière des cartes que le gouvernement caquiste jouerait, et il réfléchit à d’autres façons de riposter, notamment en ciblant des symboles américains.
Contrairement à la PM de l’Alberta, Danielle Smith, qui a refusé de mettre en jeu ses exportations de pétrole, François Legault a choisi de faire partie du front canadien contre le belliqueux président.
Solidaire des autres provinces, il n’a pas écarté de suspendre les contrats de vente d’électricité aux Américains, au besoin.
Par contre, la véritable position du gouvernement Legault avait été exprimée plus tôt mercredi par la ministre Christine Fréchette.
«Ce n'est pas notre intention d'utiliser l'énergie ou les tarifs d'électricité», a-t-elle répondu spontanément à Québec, loin des projecteurs braqués sur la réunion au sommet des PM à Ottawa.
En coulisses, au gouvernement, on admet que ce scénario a bien peu de chance de se matérialiser.
Des contrats ont été signés avec les États de New York et du Massachusetts.
Redéfinir ces ententes conclues ferait mal à la réputation du Québec comme fournisseur.
Et en plus, le gouvernement raterait sa cible en attaquant des États, plutôt que le gouvernement fédéral de Trump.
Taxer... Amazon?
Dans les options envisagées, il y a celle d’une surtaxe sur les produits comme l’aluminium, que les Américains peuvent difficilement remplacer.
Trump a menacé d’imposer un tarif douanier de 25%.
Mais s’il décidait de commencer graduellement avec 5%, par exemple, l’effet de ce tarif serait à court terme annulé par le taux de change, qui favorise présentement les exportateurs d’ici.
En cas de tarif d’emblée plus important, une taxe sur l’achat en ligne sur des plateformes comme Amazon ou Walmart serait envisagée.
Cette possibilité n’a pas été discutée entre les PM à Ottawa, dit-on, mais est analysée par le gouvernement Legault.
De cette façon, ce sont des symboles américains qui seraient visés.
La mesure aurait aussi l’avantage d’inciter les citoyens à magasiner davantage dans les commerces d’ici.
Le gouvernement caquiste n’aime quand même pas l’idée de faire payer les consommateurs.
Aider les entreprises
Il pourrait mettre la pédale douce sur son intention de hausser les tarifs d’Hydro aux entreprises (François Legault a déjà évoqué une augmentation de 6%), puisqu’elles subiront une baisse de leurs affaires aux USA.
Mais puisqu’Hydro doit doubler sa capacité de production pour la transition énergétique, que quelqu’un doit payer la note, et qu’encore là, les caquistes ne veulent pas faire souffrir le consommateur résidentiel, ils se trouvent dans un autre dilemme.
Un programme d’aide aux entreprises qui subiraient les plus forts impacts fait également partie des réflexions.
Dans le contexte actuel de déficit de 11 milliards $, on se demande toutefois où le ministre des Finances, Eric Girard, pourrait prendre l’argent, sans devoir reporter l’atteinte du déficit zéro en 2030.
Il n’y aurait assurément pas de «mur à mur».
L’industrie du bois par exemple, déjà fragilisée, pourrait être plus fortement soutenue en compensation.
Peu importe les mesures que prendra le chef caquiste, des effets pervers sont à craindre, comme dans un jeu risqué de serpents et d’échelles.
Et en plus, la probable élection fédérale ajoute une couche d’incertitude avec laquelle composer.
Ce n’est pas une crise comme celle de la COVID-19.
François Legault doit tout de même avoir l’impression encore une fois de marcher sur un fil de fer, les yeux bandés...
EN VRAC
Pas tout de suite, le remaniement
François Legault procédera à un remaniement ministériel en 2025, mais pas tout de suite. Le contexte favorise une stabilité à court terme, bien que le PM pourrait dégainer la carte de la redistribution des rôles s’il en sent le besoin d’ici le printemps. Même si la tâche de Christine Fréchette est lourde, on dit au gouvernement qu’il n’est pas question de forcer les choses pour rescinder l’Économie et l’Énergie, intimement liées. Christine Fréchette demeure donc la superministre aux responsabilités cruciales, alors qu’un combat s’annonce avec le futur président américain.
