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Francine Ruel raconte l'histoire d'un père qui a quitté sa femme et ses filles – son père – dans son nouveau récit, «Mon père est un pigeon voyageur»

Il a quitté la maison quand elle avait sept ans

Ben Pelosse / JdeM
Photo portrait de Marie-France Bornais

Marie-France Bornais

2024-10-12T07:30:00Z

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Dans Mon père est un pigeon voyageur, un récit émouvant inspiré de son histoire familiale, Francine Ruel part à la recherche d’un père qui a abandonné sa femme et ses cinq filles, s’envolant un jour pour disparaître complètement de leurs vies. Elle avait sept ans quand c’est arrivé et toute sa vie, une question l’a hantée: Pourquoi?

Francine Ruel publie son 18e livre aux Éditions Libre Expression.
Francine Ruel publie son 18e livre aux Éditions Libre Expression. © Éditions Libre Expression

Avec les mots justes, beaucoup d’émotion, des citations d’auteurs qu’elle aime, de l’humour aussi, Francine Ruel raconte une histoire qu’elle connaît peu, celle d’un père mystère, un commis-voyageur qui a pris le large. Et une histoire qu’elle connaît: celle de sa mère qui est restée et qui a pris toute la charge, sans flancher.

Combler les vides

En prenant la voix de Franchon, la petite fille de sept ans, elle déroule le fil du temps et cherche à colmater les brèches, combler les espaces vides.

Francine Ruel avait déjà raconté l’histoire de sa mère dans Ma mère est un flamant rose. Et celle de son fils. Elle a senti que le temps était venu de raconter celle de son père et la charge émotive est grande. «Ça n’a pas été un livre triste pour moi à écrire. Je n’avais pas une urgence d’en parler mais, je ne sais pas pourquoi, ça a fait: ça y est, c’est le moment», dit-elle en entrevue.

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«Cette peine-là de mon père, ça s’est arrêté le jour où il a été enterré. J’en parle dans un chapitre. J’ai arrêté d’avoir de la peine, j’ai arrêté d’être inquiète, d’avoir peur de le croiser, d’avoir peur qu’il ne me reconnaisse pas, que je ne le reconnaisse pas. Que je ne saurais pas quoi lui dire.»

Elle ajoute que le père parti était dans leur entourage. «Il n’était pas dans un pays étranger: il était dans la même ville que nous autres sauf que sa famille a coupé les ponts complètement. On entendait parler d’eux...»

Une histoire de non-dits

«J’avais envie de raconter une histoire de non-dits, une histoire de racontars: t’as entendu dire que... mon dieu il paraît que...», ajoute-t-elle.

«On a pensé qu’on avait des demi-frères et des demi-sœurs tout le temps, nous autres, parce que tout le monde nous racontait des affaires. Mais je pense qu’à mon âge, je découvre que j’aurais préféré soit qu’il soit mort, soit qu’il soit parti, mais vraiment parti.»

Un passé effacé

Écrire le chapitre où elle décrit celui qui ne devrait pas être là, mais qui prenait toute la place a été dur pour elle. «J’aurais aimé tourner la page.» En quelque sorte, avoir une réponse définitive plutôt que projeter. «Il va-tu revenir? Il va-tu nous parler? Il va-tu s’excuser? Il va-tu raconter sa version?»

Son père n’a jamais voulu donner sa version des faits. «Il a eu une opportunité de le faire. Ma sœur l’a côtoyé un peu. Elle m’avait dit: Papa aimerait ça te voir. J’ai accepté. La réponse est venue: À une seule condition: on ne parle pas du passé. Ça n’a pas existé. J’ai refusé. J’ai fait: non. Ça va faire, là.»

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Pourquoi?

Francine Ruel ajoute qu’écrire Mon père est un pigeon voyageur n’a pas été une catharsis. «Ça n’a pas été obligatoire d’écrire cette histoire, mais j’avais envie de mettre les faits sur le papier. Je savais d’emblée que je ne voulais pas régler de comptes. Je posais des questions: Pourquoi? Pourquoi c’est arrivé?»

«J’ai eu ma réponse à la fin. C’est comme si j’avais bouclé ma boucle. Comme si j’avais découvert ce que ma mère m’avait apporté, ce que mon père m’a quand même apporté, et ce que moi, j’ai réussi à en faire. Je pense qu’il faut passer à travers la douleur. Il faut en faire quelque chose sinon on en meurt.»

Ben Pelosse / JdeM
Ben Pelosse / JdeM

Mon père est un pigeon voyageur

Francine Ruel

Éditions Libre Expression

200 pages

En librairie le 9 octobre.

  • Francine Ruel se consacre depuis plus de 50 ans à l’écriture, au jeu et à l’enseignement.
  • Elle a écrit pour la télévision, le théâtre, la chanson et le cinéma et a publié 17 ouvrages, dont sa fameuse saga du bonheur, qui s’est vendue à plus de 190 000 exemplaires.
  • Anna et l’enfant-vieillard a été un immense best-seller au Québec et s’est vendu à 75 000 exemplaires.
  • Elle sera présente au Salon du livre de l’Estrie et au Salon du livre de Montréal, entre autres.
«Je revois Marc, assis au salon, une bière à la main, tandis que ma mère s’affairait autour de lui. Les gens en visite ou de passage chez nous écoutaient religieusement mon père. Comme si ce qu’il disait avait de l’importance. Je faisais de même, assise sur ses genoux ou accroupie à ses pieds. Il faisait rire la galerie. Il racontait avec beaucoup de talent ses histoires de commis voyageur récoltées durant sa semaine de voyage dans l’est du Québec. Ses fameuses blagues qui débutaient toutes par: «Une fois, c’t’un gars...» »
- Francine Ruel, Mon père est un pigeon voyageur, Éditions Libre Expression

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