Football scolaire: des jeunes du secondaire visés par des propos racistes
«Pour une équipe qui travaille avec des jeunes sans aucun avenir, je dois avouer que c’est de l’excellent travail», a écrit un parent de l’équipe adverse de Lévis


Geneviève Lajoie
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Les jeunes d’une équipe de football scolaire de Lachine ont été la cible de propos racistes de la part d’un parent du club adverse de Lévis. L’entraîneur dénonce le comportement «méprisant» d’un adulte envers des enfants, qui ne peut plus être toléré.
Il y a une quinzaine de jours, l’équipe juvénile de l’École secondaire Dalbé-Viau a remporté la demi-finale provinciale de la division 2 par la marque de 42 à 0 contre le Collège de Lévis, une victoire décisive. Mais le père d’un joueur de l’établissement privé de la Rive-Sud de Québec n’a pas digéré la défaite au terme d’un match où les esprits se sont échauffés.
«Toutes mes félicitations pour votre victoire de vendredi dernier au football contre le collège de Lévis. Pour une équipe qui travaille avec des jeunes sans aucun avenir, je dois avouer que c’est de l’excellent travail. Au lieu de voler des voitures, ils intimident les autres sur un terrain de football... c’est moins pire», a-t-il écrit dans un courriel acheminé au coach, au Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) et à la direction de l’école publique Dalbé-Viau, située en milieu défavorisé.
Le parent s’en est pris à l’entraîneur, mais aussi au RSEQ pour la qualité de l’arbitrage. «Je me réconforte et console en me disant que mon enfant ne sera pas élevé dans votre ghetto. Comme ma grand-mère disait si bien: “La marde attire les mouches à marde”», conclut-il dans sa missive.
On doit dénoncer
Des propos «racistes» et «inacceptables» qui ne passent pas pour le coach Dominique Ménard, qui chapeaute un club composé à 85-90% de jeunes afrodescendants. «On parle énormément de racisme, mais on a l’impression que le problème ne se règle pas, insiste-t-il. Des propos comme ça, il faut les dénoncer, c’est inacceptable, on ne peut plus laisser passer ça, même si c’est derrière un clavier!».
Au terme du match, une plainte officielle a été déposée au RSEQ par l’école montréalaise visant le comportement de l’entraîneur lévisien, qui aurait notamment traversé la ligne du centre en plein match pour «engueuler et intimider» le coordonnateur offensif de l’équipe de Dalbé-Viau et profité de la traditionnelle poignée de main à la fin du match pour invectiver le coach adverse. Du vandalisme aurait aussi été commis dans l’école de Lachine après la partie. Il n’y a eu aucune plainte formulée par le Collège de Lévis en lien avec le match.
Pauvreté et violence
Le député du coin, le libéral Enrico Ciccone, qui connaît bien la dure réalité de ces adolescents, est découragé.
«Je sais ce que ces jeunes-là vivent, ce n’est pas facile, et de voir qu’au lieu de célébrer le courage de ces petits gars-là, on vient les insulter avec des propos racistes comme ça, ça me brise le cœur», confie l’ancien hockeyeur.
Le député de Marquette souligne que l’école est située dans un quartier bordé de HLM aux prises avec des problèmes de gangs de rue, de violence et de pauvreté. De nombreux adolescents restent accrochés à l’école grâce au programme de football, qui a vu plusieurs de ses athlètes atterrir dans des collèges américains ou la Ligue canadienne de football.
«Au lieu de les citer en exemple, on les regarde de haut et on a des propos racistes. Ce n’est pas la première fois, mais là, je pense que ça a débordé le vase, insiste Enrico Ciccone. En ayant des propos comme ça, vous faites honte à vos enfants. Vous êtes supposés être des modèles!»
Le Collège de Lévis se dissocie des propos
Appelé à commenter, le Collège de Lévis s’est dissocié lundi de «l’initiative personnelle d’un parent qui a tenu des propos complètement inacceptables et agi de manière disproportionnée».
«Non seulement ce type de comportement heurte profondément nos valeurs d’inclusion et de respect, mais il porte ombrage aux performances de nos équipes sportives et de nos jeunes», a fait valoir François Bilodeau, directeur des affaires corporatives et des communications, dans une déclaration écrite transmise à notre Bureau parlementaire.
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