Football NCAA: les nouveaux géants sortis de nulle part au championnat national


Stéphane Cadorette
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L’histoire et la gloire sont à la portée des Hoosiers de l’Université de l’Indiana, qui affrontent les Hurricanes de l’Université de Miami au championnat national américain, lundi soir. Pourtant, ce programme sorti de nulle part figurait littéralement parmi les pires qui soient, il y a encore deux ans à peine.
C’est une fichue de belle histoire, celle des Hoosiers! Au point où elle semble tout simplement surréaliste.
Pour ce programme qui a vu le jour en 1899, la vaste majorité de son existence a été vécue dans la médiocrité. Et pas à peu près!
Pendant 124 ans, jusqu’en 2023, cette équipe a connu seulement deux saisons de neuf victoires. Pire encore, avant que la présente saison prenne son envol, l’Université de l’Indiana avait encaissé plus de défaites que tout autre programme en première division dans l’histoire du football universitaire américain.
Les Hoosiers ont remporté leur dernier bowl en 1991 et ont été invités à seulement 13 bowls tout au long de leur misérable vie.
C’est quand même fou de se dire que c’est ce même club qui se bat lundi soir pour le championnat national et qui arrive de surcroît comme favori après avoir écrasé tel un rouleau compresseur ses rivaux en éliminatoires. Surtout qu’on parle d’institutions renommées et pleines aux as comme Alabama et Oregon. Hallucinant!
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Mario Dumont, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
L’arrivée d’un sauveur

Que s’est-il donc passé pour qu’un revirement de situation d’une telle amplitude soit orchestré? Les Hoosiers se sont tournés l’an dernier vers l’entraîneur-chef Curt Cignetti, et depuis, tout a changé.
À sa première conférence de presse, l’homme de 64 ans s’est fait demander ce qu’il allait apporter de différent.
«Je gagne. Googlez-moi!» a-t-il lancé devant une salle médusée.
Vrai que Cignetti avait gagné avec l’Université James Madison, à un calibre de compétition inférieur. Il avait aussi bien paru à d’autres niveaux. Mais c’était une tout autre histoire de faire le saut dans la conférence Big 10, avec de grands garçons comme Ohio State, Michigan et Penn State.
À la saison avant son arrivée, les Hoosiers ont présenté un dossier de 3-9. Il a amené à bord plusieurs joueurs de son ancienne université et il a mené l’équipe à la première saison de 10 victoires de sa longue histoire.
Cette saison, il a ajouté des éléments, mais le programme ne compte pas d’espoirs 5 étoiles, qui sont reconnus comme les plus talentueux aux États-Unis. Son plus bel ajout a été le quart-arrière Fernando Mendoza, qui a surpris tout le monde en performant au point de s’approprier le trophée Heisman, remis au joueur par excellence au pays.
Les Hoosiers misent sur plusieurs vétérans d’expérience, affamés de gagner. Si bien que l’équipe est la deuxième au pays, autant en termes de points marqués que de points accordés. Une machine!
Un exploit vieux de 132 ans?
Si Indiana l’emporte contre Miami, elle complétera du même coup la première saison de 16 victoires et aucune défaite depuis l’Université de Yale... en 1894!
La tâche ne s’annonce pas de tout repos face à des Hurricanes qui reviennent aussi de loin.
Ce programme a brillé avec cinq championnats nationaux entre 1983 et 2001, mais c’est la famine depuis. Cette année, l’équipe a été acceptée de justesse en séries par le comité de sélection, puis elle a renversé des géants elle aussi, comme Ohio State et Texas A&M.
La grande finale nationale a trop souvent déçu dans les dernières années, mais cette fois, peu importe le résultat, le conte de fées est juste fabuleux.
Les forces en présence
Même si les Hoosiers de l’Indiana (15-0) sont favoris par plus d’un touché contre les Hurricanes de Miami (13-2), peuvent-ils être surpris? L’équipe favorite au match ultime dans la NCAA n’a pas perdu depuis 2018. Voici, position par position, une analyse de ce duel.
Les quarts-arrière

Fernando Mendoza, le quart-arrière de l’Université de l’Indiana, n’est pas le potentiel futur premier choix au repêchage du printemps prochain par hasard. Il a excellé en saison et, voilà qu’en éliminatoires, il compte plus de passes de touché (8) que de passes incomplètes (5). C’est quand même hallucinant! Sous ses commandes, les Hoosiers ont amassé 770 verges d’attaque et ont marqué 69 points de plus que leurs rivaux à leurs deux derniers matchs. Carson Beck est un bon vétéran pour Miami. On vous disait avant les demi-finales qu’il excellait sous pression en troisièmes essais, et dans sa plus récente victoire, il en a converti 11 sur 15.
AVANTAGE: Indiana
Les porteurs de ballon

Les Hurricanes de Miami misent sur Mark Fletcher fils, qui est probablement le meilleur porteur de ballon sur le terrain dans ce match. Il a gagné 1080 verges au sol et inscrit 10 touchés cette saison, mais depuis le début des éliminatoires, son jeu a atteint un autre niveau. Il a accumulé 395 verges à ses trois derniers matchs. Dans l’ensemble, par contre, il est difficile de ne pas saluer le jeu au sol des Hoosiers. Roman Hemby présente des statistiques similaires à son vis-à-vis et il est superbement complété par Kaelon Black, qui a inscrit deux touchés en demi-finale contre Oregon. Même Khobie Martin participe à la fête, ce qui a procuré à l’Université de l’Indiana trois porteurs avec plus de 500 verges à leur fiche.
AVANTAGE: Indiana
Les receveurs

Entre Omar Cooper, Elijah Sarratt et Charlie Becker, les Hoosiers ont accumulé 32 touchés. C’est loin d’être banal pour ce trio d’ailiers espacés! Cela dit, le receveur recrue de Miami Malachi Toney est un monstre! Surnommé «Baby Jesus», à 18 ans seulement, le numéro 10 est une recrue, mais il réussit des attrapés spectaculaires comme un vétéran aguerri. Après réception, il devient hyper dangereux. CJ Daniels est peu visible depuis le début des éliminatoires, mais il est très expérimenté. Le groupe de l’Indiana montre plus de profondeur, mais puisque Toney est le genre de joueur qui a le potentiel de changer un match en un jeu, on va donner un peu d’amour aux Hurricanes.
AVANTAGE: Miami
Sur les deux fronts

C’est là que réside le débat le plus corsé dans cette rencontre. Miami mise sur trois potentiels choix de première ronde sur ses deux fronts avec les ailiers défensifs Rueben Bain fils et Akheem Mesidor, en plus du bloqueur étoile Francis Mauigoa. Le front défensif de Miami a été sauvage à souhait avec 12 sacs du quart lors des deux premiers matchs éliminatoires, mais a été quasiment invisible en demi-finale. Les Hoosiers pourraient imiter Ole Miss en y allant de courtes passes décochées rapidement, question de neutraliser cette arme de Miami. Indiana gagne depuis le début de la saison en s’imposant sur les deux fronts. Ils ont aussi un bloqueur qui fait saliver la NFL en Carter Smith, et en défense, leur total de sacs (45) se compare à celui de Miami (47). Lors des trois derniers matchs, les équipes adverses n’ont amassé que 2,5 verges par course contre Indiana.
AVANTAGE: Indiana
La tertiaire

Il y a d’excellents joueurs des deux côtés, mais les demis défensifs des Hurricanes sont éclopés. Louis Moore (Indiana) et Bryce Fitzgerald (Miami) sont à égalité au deuxième rang au pays avec six interceptions chacun, mais Fitzgerald est un cas incertain. En demi-finale, D’Angelo Ponds a frappé un grand coup pour Indiana avec un retour d’interception pour un touché en début de rencontre. Moore et lui ont fait partie de l’équipe d’étoiles de la conférence Big 10. Les Hoosiers ont totalisé 18 interceptions.
AVANTAGE: Indiana
Impondérables à considérer

Du point de vue coaching, Curt Cignetti a gagné partout où il est passé et il a transformé Indiana de fond en comble. Son opposant, Mario Cristobal, a fort bien recruté, mais certaines situations de gestion de match laissent à désirer. Impossible de passer sous silence le fait que les Hurricanes seront la première équipe depuis 1995 à disputer le championnat national dans son stade. Les «Canes» ont montré une fiche de 7-1 cette année à Miami et cette fiche s’élève à 18-3 dans les trois dernières années. L’avantage du terrain est non négligeable.
AVANTAGE: Miami