Football au secondaire: des parents et des enfants se sentent humiliés
Notre chroniqueur n’est visiblement pas le seul à trouver qu’il y a un problème.

Jean-Nicolas Blanchet
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De nombreux parents ont réagi à ma chronique publiée vendredi dénonçant que des jeunes de 14 à 16 ans soient cloués au banc dans plusieurs équipes de football scolaire dès que le pointage est serré. Je ne suis visiblement pas le seul à trouver qu’on a un problème.
J’ai reçu une quarantaine de courriels. Quelques-uns m’expliquaient respectueusement que je faisais fausse route, d’autres que je voulais tuer le football.
Un parent m’a souligné que c’était important que les enfants apprennent, au niveau secondaire, qu’on n’a pas toutes les mêmes chances dans la vie et que c’est normal que les moins bons restent sur le banc. Des Mini-Wheats m’ont sorti par le nez quand j’ai lu ça.
La très grande majorité des messages, néanmoins, étaient des témoignages qui rejoignaient l’essence de ma chronique.
J’ai récolté quelques-uns de ces témoignages, que vous pouvez lire plus bas. Pour protéger les enfants, j’ai évidemment enlevé tous les éléments qui permettraient de les identifier.
Bouger les choses? Bof
La plupart des parents me soulignaient qu’ils espéraient que ma chronique ferait bouger les choses.
Pour ça, j’ai des doutes.
D’abord, l’organisme responsable du football scolaire au Québec, le RSEQ, n’a pas de baguette magique pour intervenir. Ça doit venir des écoles.
«Je n’ai pas cette capacité sur le temps de jeu. Je n’ai pas de juridiction. Les écoles se dotent des règles et notre rôle à nous, c’est d’appliquer des règles. Je ne peux pas mettre en place une règle si ce n’est pas adopté par l’ensemble des écoles qui y participent», m’a dit Gustave Roel, président chef de direction du RSEQ.

À titre personnel, M. Roel estime que «chaque jeune doit se développer et avoir des occasions» et que «ce n’est assurément pas en restant sur le banc qu’il va se développer, là-dessus tout le monde devrait en être convaincu comme gestionnaire et éducateur».
Mais il invite les parents à s’adresser aux directions d’école. C’est à elles d’intervenir.
Bref, c’est pourquoi je crains que ça ne change pas beaucoup. La plupart des directions sont déjà au courant que ça fonctionne comme ça. Ceux qui soulèvent des questions se font répondre comme je me fais répondre par la plupart des gens impliqués dans le football: que ça marche comme ça, le football.
Ne rien comprendre du football
Au hockey, si le deuxième gardien de 14 ans ne joue pas une fois dans l’année sauf s’il y a six buts d’écart, c’est un scandale. Au football, c’est bien correct et si ça me renverse, c’est que je ne comprends pas le football.
À ceux qui m’ont lancé que je n’avais jamais fait de sport pour avoir écrit ça, je souligne que j’ai joué au football un an et que je n’étais jamais sur le banc. J’aime bien le football. J’ai joué et coaché au hockey. J’ai aussi joué junior élite au baseball, en plus de coacher durant dix ans midget AAA et junior élite. Je capote sur la compétition. Je ne suis pas la licorne porte-parole de la participation.
Au moins une réflexion?
J’aurais cru que la sortie d’une des plus grandes figures du football au Canada, Glen Constantin, aurait permis de crédibiliser une réflexion sur le sujet. «Gagner, ce n’est pas le but ultime. Au secondaire, c’est la participation, c’est le développement des jeunes comme étudiant-athlète et comme individu. C’est ça le but du sport», m’avait-il lancé.

Mais des gens visés par les propos de Glen Constantin croient que ce dernier a dit ça pour bien paraître.
Pourtant, je ne crois pas. Il aurait bien pu ne pas vouloir me parler sur le sujet.
Le directeur d’un des plus gros programmes de football secondaire au Québec a même partagé que «je ne connaissais rien au football» pour avoir écrit ma chronique.
Je m’en fous pas mal qu’il me critique. Ça fait 15 ans que je travaille au Journal. Tous les jours qui finissent par i, je me fais traiter de vidanges. Le dimanche, j’essaie de ne pas trop prendre mon téléphone. Et je n’ai pas la vanité de croire que le monde doit me lire et être d’accord avec moi. J’ai des enfants de 4 et 5 ans qui me rappellent chaque jour que je n’ai aucune autorité ou légitimité.
Mais là, ce n’est pas de s’en prendre à moi. C’est manquer de respect à tous ces parents qui s’inquiètent pour leurs enfants. C’est manquer de respect à Glen Constantin.
Voilà pourquoi je doute que ma chronique puisse faire bouger beaucoup de choses. Tant que les directions d’école n’y voient pas de problèmes, des parents ou des enfants pourront bien s’attrister, ça ne va rien changer. Et on restera au même point. C’est ça le football, après tout, ç’a l’air.
Mère d’un joueur en 4e secondaire
Cette année, mon garçon faisait partie d’une très bonne équipe. En série, son équipe menait par quatre touchés, et à l’offensive, seulement deux joueurs ont été remplacés. Il y a une eu rotation de plusieurs joueurs, mais seulement quand il restait deux minutes à la fin du quatrième quart. Sans parler des pratiques ou, trop souvent, seule l’équipe partante s’entraînait réellement. D’ordinaire, je m’adresse directement aux personnes concernées. Mais ai-je réellement la crédibilité pour m’adresser à un entraîneur de football? Mon fils m’a demandé expressément de ne pas intervenir par crainte d’être pénalisé ou ostracisé. Je ne suis pas la seule mère à se sentir profondément indignée. Mon fils envisage maintenant de changer d’école. Il veut jouer, tout simplement. Plusieurs de ses amis sont dans la même réflexion.
Mère d’un joueur en 2e secondaire
Il y a eu plusieurs matchs où mon fils n’a même pas mis un seul pied sur le terrain. Les seules fois où il a joué quelques secondes, c’était à la fin de la partie quand l’écart de points était de plus de 20 points. Ce qui a été le plus difficile, c’est de le voir revenir après les matchs avec le cœur lourd, découragé, se sentant invisible et inutile à sa propre équipe. Son enthousiasme s’est éteint semaine après semaine. Et il n’était pas le seul, malgré toutes les victoires de l’équipe, nous avons vu d’autres joueurs rentrer en larmes. Ce n’est pas normal pour du sport scolaire. À la rencontre de début de saison, on nous a clairement fait comprendre qu’il n’y aurait pas d’ouverture réelle à la discussion. On nous a dit que tout courriel envoyé dans les 48 heures après un match ne serait simplement pas lu. Nous avons finalement écrit un courriel à la fin de la saison au coach sur les impacts que cela a eus, sans jamais recevoir de réponse. Lorsque la victoire devient la priorité absolue, ceux qui sont plus petits, plus jeunes ou encore en développement sont laissés de côté sans explications, sans soutien, sans considération pour leur motivation ou leur santé mentale.
Ancien entraîneur au niveau secondaire
Les bons côtés du football sont bien présentés pour 45 à 55 joueurs dans les équipes. Ils sont impliqués. Ils jouent. Ce qui m’indigne, ce sont les 20 qui ne jouent jamais. Comme si c’étaient des nuisances ou des frais d’inscription. Et le pire, c’est à quel point beaucoup de monde encourage ce modèle. Des équipes l’échappent complètement pour la victoire à tout prix. Ce sont des jeunes du secondaire, câl&86!
Père d’un joueur en 4e secondaire
Mon garçon est dans cette situation. La réalité, c’est que la division 1 juvénile est tellement compétitive et serrée que les substituts n’embarquent presque jamais. Il est faux de dire qu’il y a un véritable effort de faire jouer tout le monde le plus souvent possible. Les équipes de milieu de peloton ont pratiquement juste des matchs serrés. Il est évident que les réservistes jouent encore moins dans ces écoles. La cerise sur le sundae, ce sont les jeunes qui jouent tant à l’offensive qu’en défensive, alors que d’autres ne jouent pas.
Mère d’un joueur en 2e secondaire
Mon neveu a joué en finale cette année. Quand il est embarqué sur le terrain avec moins d’une minute de la fin du match, pour la première fois, j’ai pleuré. Ces jeunes-là se font tellement dire que c’est normal de ne pas jouer qu’ils l’acceptent sans se poser de questions.
Père d’un joueur en 1re secondaire
Le problème, c’est que des parents décident d’envoyer leurs enfants au secondaire dans un gros programme de football, mais ces enfants sont déçus, car ils réalisent qu’ils n’ont pas la chance de jouer beaucoup. Mon enfant va dans une école publique dans un petit programme et tout le monde a du temps de jeu. C’est du développement. Ce n’est pas la victoire à tout prix. Si tu te traînes les pieds, ton temps de jeu va diminuer, ça c’est normal, peu important le niveau. Ça paraît toujours bien quand ton enfant joue avec un gros programme de football. Même si l’enfant ne joue pas trop et est triste, toute la famille est contente de dire qu’il joue pour une des meilleures équipes au Québec.
Mère d’un joueur en 2e secondaire
Ce que mon fils a vécu est alarmant. Les pratiques sont toxiques: nombreuses plaintes, culture du silence, représailles... La priorité n’est clairement pas de développer des jeunes. C’est de gagner, coûte que coûte. Mon fils n’a jamais rêvé à la NFL. Il voulait simplement étudier, jouer le sport qu’il aime, s’entraîner sérieusement et progresser. À la place, il a eu droit à de l’humiliation et à très peu d’interventions de l’école pour l’aider.
Père d’un joueur en 3e secondaire
Dans les gros programmes, c’est une farce. Les écoles misent sur la fierté de faire partie de l’équipe, sur le fait d’avoir le manteau. C’est malheureusement une fausse fierté. D’attendre ton tour quand tu es plus jeune, c’est une chose, mais certains auront joué au foot tout leur secondaire sans vraiment toucher au terrain durant plusieurs années. C’est triste.
Père d’un joueur en 4e secondaire
Mon fils joue dans la meilleure division. En trois ans, il a joué un gros total de trois attaques sans aucune signification. Se pourrait-il qu’il soit là pour les frais d’inscription? C’est une question de sécurité? D’après moi, c’est parfois vrai, mais on se sert de cette raison pour avoir l’air vertueux.